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Banderille n°2 : Un concept nommé « Ségolène » : la marche de l’Empereur ?
Par Toréador | octobre 3, 2006
L’irrésistible ascension de Ségolène R. pourrait se comparer sans peine à celle du si sympathique manchot Empereur, qui fit un tabac au cinéma il y a quelques mois. Sur les écrans – de télévision cette fois -, la France a découvert un animal politique sympathique qui chemine paisiblement vers le pôle (position ?) tandis que d’autres galopent. Serait-on en train de revivre un remake du lièvre et de la tortue ?
Car Ségolène progresse – lentement certes, mais sûrement …
Elle a même asphyxié/naphtalisé de manière extrêmement intelligente son principal rival, Lionel Jospin, en suivant une tactique éprouvée : pas d’agressivité envers les uns et les autres, humilité et solennité dans ses propos. Un vrai édredon ottoman.
C’est même un comble : son inexpérience télévisuelle (la lecture de ses notes, la voix un peu faible, le manque d’assurance) est devenu un atout contre Super Nicolas, roi des prime-times et des jités, voire une marque de fabrique. L’idée sous-jacente est qu’une femme politique qui apparaît un peu gauche (sans jeu de mots) cache vraisemblablement un fond de sincérité-vraie-et-authentique qui la différencie des professionnels. Voici donc un animal un peu rare dans cette jungle ! Que disais-je un manchot empereur : c’est un koala, affectueux et gentil, victime des méchancetés de ses collègues mais qui ne dit mot et reste concentré sur son objectif.
Et donc Ségolène progresse…lentement…
Et pourtant, selon moi, il y a un mystère voire une mystification Royal. Tout d’abord, l’adhésion qu’elle génère - et c’est encore plus marqué que pour Nicolas Sarkozy – est artificielle. En effet, ce que les sympathisants PS plébiscitent, ce n’est ni une idéologie, ni même un programme mais … un concept. Ségolène Royal, c’est avant tout un concept marketing, une publicité vivante. :
- C’est une femme (mots-clés : sensibilité, sérénité, modernité. Un croisement réussi entre la Madonne et Marianne. Appliquez ça à Edith Cresson ou Margareth Thatcher et vous verrez que ça prête à sourire)
- … qui n’a jamais gouverné (mots-clés : renouveau des générations, fin de la « vieille garde », adieu aux « éléphants », pas de casserole, etc…)
- qui dit la vérité vraie (mots-clés: authenticité, sincérité, fraîcheur, rupture, honnêteté, etc…)
Or, je crains plutôt qu’elle ne s’apparente à ces marques qui vous mettent en avant Cindy Crawford pour vous vendre du yoghourt sans sucre. Car au-delà de ce concept, c’est un programme sans sel, le vide sidéral le plus complet : son site-blog consiste à écouter les citoyens et bâtir avec eux un programme. Est-ce là la démarche d’une future (et possible) femme d’Etat?
Selon moi, non. Etre un(e) femme/homme d’Etat, c’est tout d’abord être un chef, c’est guider et pointer une direction. Ce qu’on a reproché (justement) à Jacques C., c’est d’être une véritable girouette. Et bien, chez Ségolène, le vice devient vertu : c’est tellement moderne, chère madaâme, d’être à l’écoute des gens ! Néanmoins, si vous le faites avec des sondages, vous êtes considéré comme démagogique alors que si vous organisez vous-même la remontée des infos via des blogs et des chats, alors ça, c’est du désir d’avenir. Remarquez, si Ségolène échoue à l’Elysée, elle pourra toujours réutiliser le nom pour sponsoriser un parfum !
Ce qui est désolant dans cette affaire, c’est que l’arbre cache la forêt. Il ne faudrait pas trop hâtivement déduire de la popularité de Ségolène R. que le parti socialiste (et la gauche dans son ensemble) n’aurait pas besoin de clarification programmatique, bien au contraire ! Même plus, c’est au niveau des choix idéologiques que le noeud gordien doit être tranché : il va un jour falloir se décider entre social-démocratie et socialisme.
Or, est-ce Ségolène R. qui incarne le mieux la clarification des choix ? Certainement pas. Elle ne rend pas service à son parti en courant après les idées des autres, et en monopolisant l’attention, alors que le véritable débat pour le PS se situerait plutôt entre un Emmanuelli et un DSK.
Finalement, le problème du parti socialiste aujourd’hui, c’est qu’il est dirigé par des hommes et de femmes de droite…Les sympathisants PS n’auront pas droit à un débat de fond car ils auront face à eux Laurent F., un centriste avec une feuille de vigne rose pâle; Dominique S.K, un libéral de droite qui a fait carrière à gauche (on dit un « social-démocrate ») et Ségolène R., qui innove à gauche en empruntant à droite.
Il serait vraiment grand temps que l’on sélectionne des candidats qui aient une vision et des convictions. Il ne suffit pas de sortir de l’ENA ou de polytechnique, encore faut-il sortir de l’ordinaire…
Sujets: Banderille, Toréador critique la Gauche | 5 Comments »





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