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    Banderille n°23 : Les faux-débats de la présidentielle (IV) : Qui sera au second tour ?

    Par Toréador | décembre 14, 2006

    Il est temps de prendre le taureau par les cornes. Car s’il y a bien un mauvais débat, c’est bien celui-ci, l’oeil droit fixé sur les sondages, l’oeil gauche fixé sur les blogs, qui consiste à se creuser la tête pour décrire par avance ce qui va se passer. Règle n°1 : Il ne se passe JAMAIS ce qui doit se passer. Simplement, l’homme a toujours une tendance à vouloir expliquer l’avenir en s’appuyant sur sa perception du passé, en oubliant souvent les différences du contexte qui ont fait toute la différence.

    Exemple n°1 : « Le Pen sera au second tour, car il aura 17% des voix, comme en 2002, donc il affrontera Ségolène ou Nicolas. » – ce type d’affirmation reproduit le modèle de 2002 pour 2007 alors que certains éléments ont disparu : en 2002, il y avait non pas 1 mais 2 têtes de l’exécutif qui se représentaient après 5 années de pouvoir partagé, d’où la tentation de voter protestataire. A nombre de voix stable, les 16% de Le Pen valaient peut-être « ticket au second tour » en 2002 mais pas en 2007. Si je prends une élection où aucun sortant ne se représente, cela m’amène à 1969 où le ticket de 2nd tour valait 23,31% (cf. http://francepolitique.free.fr/FPR.htm) ou encore 1974 où il « coûtait » 32,6% ! L’élection de 2002 a été l’élection présidentielle où le ticket d’entrée au 2nd tour a été le plus faible de toute la cinquième République.

    Ce premier principe étant posé, voilà ce qu’on nous propose :


    Thèse n°1 : Barbie et Ken

    Cela devient horripilant cette campagne où l’on s’ennuie parce que l’affiche du second tour est donnée depuis novembre. Ce n’est plus Nicolas et Ségolène, tous les soirs c’est Nicolas et Pimprenelle null. Après le JT, deux images du gentil Nicolas et de la jolie Pimprenelle et hop ! Bonne nuit les petits…(le marchand de sable va passer). Du coup ça donne cette campagne complètement irréelle que j’ai surnommée celle de « Barbie et Ken ». Vous savez, ce sont ses jouets en plastique que les enfants aiment bien acheter pour leurs changer leurs vêtements. On vous vend « Barbie chez le coiffeur » ou « Ken à la plage ». Là, c’est la même chose. Au choix :
    - Ken et les keums de banlieue (ou son modèle féminin : Barbie avec Cali chez les non inscrits)
    - Ken et les chasseurs
    - Ken et les bloggueurs
    - Barbie au Liban (modèle vendu sans burka)
    C’est complètement ridicule. Les deux candidats sont pétrifiés d’avancer une idée alors ils se contentent de tourner autour. On fait campagne sur des thèmes consensuels : « Il faut voter », « Il faut gagner plus quand on travaille plus », « Le net c’est bien »…et j’en passe…

    Au coeur de ceux qui pensent que « tout est joué », une perception mal assise : le score du candidat « hégémonique » est directement corrélée au nombre de petites candidatures qui viendront se soustraire à son score. Or, tant que la campagne n’a pas débuté, on ne connait pas leur nombre.

    Thème n°2 : La Belle et la Bête
    Là, on verse dans le catastrophisme. C’est un peu le fond de commerce de certains blogs et la rumeur qui court dans certains cercles germano-pratins… La Belle, c’est évidemment Sainte Ségolène, « Belle du Seigneur » (ou du Saigneur ? à voir…). La Bête, … cela dépend des analystes. Chacun voit midi à sa porte !

    Certains vous diront que la Bête, c’est Jean-Marie, la Bête immonde, éléphantman, Faust, etc… (qui pèse quand même 6 millions de voix, rappelons-le). D’autres voient le Diable partout : Nicolas S., ce n’est pas Ken, ce serait… la Bête ! C’est ainsi que, par un paradoxe qui doit sembler assez savoureux à Jean-Marie L., calé confortablement dans son fauteuil à saint-Cloud, certains tapent avec une haine incroyable sur le candidat de la droite tout en laissant tranquille le type qui était lui, bien réel, au second tour en 2002. On accuse Nicolas S. d’avoir « volé les libertés », « asservi le peuple »… avec encore plus de violence que sur jean-Marie. cherchez l’erreur.

    Cela m’a toujours fait marrer les petits révolutionnaires du Dimanche, les analphabètes de l’Histoire qui ne savent pas grand chose sur le régime nazi mais qui se permettent de donner des leçons à tout le monde Enfin, je passe…

    Au final donc, quelque soit l’identité de « la Bête », cela risque d’être Jean-Marie au 2nd tour, car les « anticipations irrationnelles » de ces néo-résistants de 2006 (qui voient Vichy partout) conduiront peut-être à affaiblir Nicolas S. en laissant Jean-Marie tranquille dans son coin.

    Thème n°3 : Le Bon, la Brute et le Truand
    Ca ce n’est ni la version des médias (qui penchent pour « Barbie et Ken », ni celle de certains blogs (qui font dans le « la Belle et la Bête ») mais celle de François B. Le Truand, c’est Ségolène ou Nicolas. La Brute, c’est Nicolas ou Ségolène. Et « le bon », celui qui vient du Béarn où il fait bon vivre, c’est lui. Ah, le mythe du « troisième homme » qui fera exploser la bipolarisation. « Notre François, qui êtes à l’UDF. Que ton indépendance soit sanctifiée. Que ton règne vienne. Que le bipartisme cesse, à Paris comme au Béarn…. »

    Là encore, à mon sens, les perceptions sont faussées. Chaque fois qu’il y a eu effectivement un troisième homme (Chirac en 1995, le Pen en 2002 pour ne prendre que ceux-là), c’était toujours par rapport à deux candidats incarnant « le système ». Or, tant Nicolas S. que Ségolène R. font campagne sur la « rupture » par rapport au système.

    En conclusion de cette banderille, je concluerai sur ma propre théorie en énonçant la troisième loi dite de Toréador (que je viens de trouver). Pour ceux qui ne me lisent pas tout le temps (vous avez un travail à temps plein, vous avez charge de famille, vous trouvez mes posts trop longs, vous vous êtes perdus sur ce site..) le premier théorème est que « Toute connerie plongée remontera indifféremment à droite ou à gauche » et le second postulat général que « Les opinions c’est comme un anus : tout le monde en a un. Donc je montre rarement le mien, ça n’intéresse personne« . Donc en violation du second postulat, j’énonce ma troisième loi : « Lorsqu’une démocratie est divisée en quatre camps à peu près égaux, les candidats des pôles les moins fragmentés seront ceux qui atteindront le second tour ».

    En effet, on parle beaucoup de « bipolarisation », mais ma thèse à moi, c’est celle de la quadripolarisation de la vie politique française. Si la dissension au sein du pôle de la Droite (Bayrou, de Villiers, Sarkozy) devient réelle, Nicolas S. pourrait se « jospiniser ». En effet le pôle « extrême-droite » et le pôle « gauche » sont relativement unifiés. Reste l’inconnue de la gauche de la gauche mais il semblerait que les perspectives d’une union s’éloignent de jour en jour…

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    Sujets: Banderille, Toréador critique la Droite, Toréador critique la Gauche | 14 Comments »

    14 réponses “Banderille n°23 : Les faux-débats de la présidentielle (IV) : Qui sera au second tour ?”

    1. côme Says:
      décembre 14th, 2006 at 10:39

      Voilà La question la plus fascinante.. Qui au deuxième tour? Je vous rejoins Toréador sur ce point.

      Les instituts de sondages balancent des chiffres et on voit bien dans leurs analyses qu’ils n’osent pas vraiment y aller de plein pieds.

      Et si Sarkozy et Royal se détachaient vraiment. Sarkozy attirant les électeurs de Villier et Le Pen et Royal une grosse partie de l’extrème gauche?

      Nous rentrerions dans un véritable système de bi partisme. Bon ou mauvais je ne sais pas mais si cela arrivait des candidats comme Bayrou et Le Pen prendraient un sacré cou. en outre on verrait la disparition des Verts et du PC.

      Certains spin doctors doivent avoir une calculette à la main 24/24 et doivent être branchés sur les chiffres des instituts aussi souvent.

      En fait la question qui ressort de tout ça, effet 2002 oblige, est selon moi : comment cette nouvelle donne va être gérée dans le discours des différents candidats?

      Soit ils font mine d’ignorer les raisons de 2002 et se concentrent sur l’hypocrite « vote utile » soit ils prennent position et expliquent pourquoi voter pour eux offrira une vraie perspective nouvelle…

      Enfin dernier point : et si Bayrou parvenait à devenir la deuxième force politique du pays?? Récupérant une partie de la gauche DSK et une partie de la droite anti-Sarkozy…

      On dira ce qu’on veut mais je trouve cette campagne particulièrement ouverte. Bayrou président… quand on y pense il a raison d’y croire!!

    2. côme Says:
      décembre 14th, 2006 at 10:41

      (pardon pour les fautes… je ne me suis pas relu avant de poster… bien fait pour moi!!)

      Et j’oubliais : excellent choix d’illustrations ;)

    3. Toréador Says:
      décembre 14th, 2006 at 10:42

      Côme, je vous attiré par François B. Avez vous lu ma toute première banderille ? Elle était pour lui !

    4. côme Says:
      décembre 14th, 2006 at 11:24

      Je viens de la lire…

      Bon en même temps on ne peut pas reprocher à Bayrou de renvoyer dos à dos le PS et l’UMP…D’autant que sur le fond difficile de comparer Bayrou à Le Pen (encore plus peut être sur la forme d’ailleurs: niveau charisme… dommage pour Bayrou et dommage pour Le Pen concernant les gens qui ne l’aime pas comme moi).

      N’empêche qu’un Bayrou / Royal au deuxième tour ça serait une drôle de surprise! je crois beaucoup moins à un Sarkozy / Bayrou…

      Il doit y avoir des sites où parier sur ces élections ça vaut le coup de miser sur certaines combinaisons et surtout de voir les côtes de chaque candidats!!!!!!!

    5. Toréador Says:
      décembre 14th, 2006 at 11:28

      L’objet de mon post est surtout de dénoncer les projections fondées sur des perceptions erronées. Visiblement, mon cher Côme, vous êtes dans la logique du Bon, de la Brute et du Truand :-)
      Personnellement, je ne pense pas que Bayrou ait sa chance. Et je pense qu’il le sait. Mais on ne peut jurer jamais de rien et son début de campagne est bon.

    6. côme Says:
      décembre 14th, 2006 at 12:01

      Non je suis dans la logique du choeur de la tragédie greque…

      En fait à chaque début de campagne on se dit les mêmes choses : cette fois ci c’est spécial, il va se passer un truc, il y en a qu’on ne reverra plus…

      Bon bha au final à chaque élection c’est le même processus, les partis perdants accusent le coup, les partis gagnants font la fête… Au bout de quelques mois tout le monde a repris sa place et c’est reparti pour un tour…

      Le temps, l’hiver, la pluie et les vacances sont les quatre piliers d’une carrière politique tranquille.

      Enfin bon… Bayrou / Ségolène au deuxième tour… je parie sur Bayrou… ça n’arrivera pas… mmmh??

    7. Toréador Says:
      décembre 14th, 2006 at 12:05

      Regardez les résultats du sondage sur mon site :-) . ça vous donne une idée de vos chances !

    8. côme Says:
      décembre 14th, 2006 at 12:34

      Ah non cher Toréador… Je prie pour que votre sondage se révèle complétement à côté de la plaque. Je n’ose même plus aller voir les résultats :) . Ah c’est clair que si votre sondage se révèle exact ça risque d’en surprendre plus d’un, d’en faire fuir plus d’un et surtout d’en tuer plus d’un.

    9. Toréador Says:
      décembre 14th, 2006 at 13:43

      Il faut attendre une centaine de personnes votant pour que ça commence à être représentatif !

    10. FrédéricLN Says:
      décembre 31st, 2006 at 13:53

      Bonjour, je découvre votre blog avec intérêt, j’aurais bien cliqué sur votre post-it mais il manque la possibilité « centre » … zut … j’imagine que s’il peut en exister des déclinaisons « centre-gauche » et « centre-droite », c’est que le centre lui-même existe aussi, non ? 2/3 des Français ne font confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner le pays ; ça ne prouve pas qu’ils feraient confiance à qui que ce soit d’autre, mais ça suggère que d’autres lignes politiques que « de gauche » ou « de droite » ont aussi leur chance de convaincre. A mon avis !

    11. Toréador Says:
      janvier 1st, 2007 at 18:50

      C’est car je place l’UDF au centre-droit. De plus, je ne pense pas qu’on puisse caracteriser le centre comme une absence de droite ou de gauche mais plutot comme un melange des 2. C’est comme pour les couleurs !

    12. “Toreador, un oeil noir te regarde… dans l’arène politique !” » Olé n°24 : Les Présidentielles, acte III Says:
      janvier 26th, 2007 at 12:21

      [...] Trois hommes et un couffin A l’aune de ces enseignements, et en prenant garde à ne pas vouloir systématiquement prédire le futur avec le passé, on s’aperçoit que tant Nicolas que François, et à un moindre degré Ségolène et même Jean-Marie, font une campagne de second tour. Tous se veulent rassemblateurs “au-delà” de leurs sensibilités. [...]

    13. “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” » Olé n°28 : Le Pen, pétard mouillé, feu d’artifice ou bombe à retardement ? Says:
      février 3rd, 2007 at 19:37

      [...] L’option “Le Pen” pétard mouillé, c’est celle qui consisterait à ce qu’il parvienne à se présenter à l’élection présidentielle mais que, contrairement à 2002, il ne soit pas au deuxième tour. A mon sens, c’est plus que probable. Ce serait la solution que toute la classe politique applaudirait des deux mains : le vieux pirate coulerait avec son paquebot et, sur le Titanic de Saint-Cloud, Bruno disputerait le droit à (la) Marine les canots de sauvetage. Et après ? Après s’ensuivra une onde de choc électorale que j’étudie dans le cas n°3. N’oublions pas que lorsqu’un navire coule se produit un effet d’aspiration vers le bas… [...]

    14. “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” » Banderille n°123 : Notre-Dame-des-Fêtes-et-des-Victoires Says:
      mai 12th, 2007 at 1:57

      [...] R. soit contre le cumul des mandats, c’est éminemment respectable, comme toute opinion (cf. second postulat général de Toreador). En même temps, rien ne l’empêchait d’abandonner sa présidence de [...]