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    Banderille n°38 : Les faux-débats de la présidentielle (V) : Le « Changement »

    Par Toréador | janvier 16, 2007

    « La victoire, en changeant, nous ouvre la barrière, la liberté guide nos pas… » (air connu)
    Il en est du changement comme du sapin de Noël, des grèves de fin d’année ou de la prière vers la Mecque : c’est une tradition, un rite, un passage obligé qui revient de manière cyclique, et que tout homme (politique) se doit d’honorer. « Changer la vie » disait le P.S en 1972, « Changement dans la continuité » osaient Pompidou en 1969 puis Giscard en 1981.

    Chaque élection se répète le même abus de pensée : c’est décidé, cette fois-ci on va tout changer, le grand chambardement, le grand soir, on-va-voir-ce-qu’-on-va-voir. Ironiquement, alors qu’une nouvelle génération d’hommes politiques entonne bras dessus-dessous en choeur l’hymne à la modernité, elle le fait toujours en voulant couvrir de sa voix les dissonnances présumées de la précédente chorale, celle qui officiaient il y a 5 ou 7 ans. Eux chantaient un faux changement, nous c’est le vrai ! Et tant pis si certains chanteurs ont juste changé leurs vêtements ou retourné leur veste ! Le plus étonnant est que le peuple – décidément sans mémoire – écoute sans broncher, quoique légèrement dubitatif, ce récital dont seules les paroles sont légèrement modifiées d’un quinquennat à l’autre.

    « Non je n’ai pas changé… »
    Changer est donc le verbe à la mode en France, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche. Sans doute un héritage psychologique de la Révolution : rien ne peut se faire sans que des têtes tombent, que quelques barricades se dressent, que quelques mesures symboliques viennent montrer au peuple qu’il est passé « de l’ombre à la lumière » (J.Lang). Les Anciens ont mauvaise presse. 1789, 1793, 1815, 1830, 1848, 1852, 1870, 1877, 1940, 1945, 1958, 1968, 1981, 1995. Que de fois la France aura entendu cette gigue bien française !

    Toutefois, le thème du changement est, selon moi, au mieux une douce utopie, au mieux une escroquerie intellectuelle d’envergure. Il n’y a qu’à écouter Nicolas Sarkozy : on aurait envie de lui chanter « Non, je n’ai pas changé… ». lorsqu’il prétend, tel Saint Pierre, renier trois fois ses croyances atlantistes. Jean-Marie ou Arlette qui prétendent tout changer alors qu’on dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis sont à la même enseigne. Ne parlons pas de Ségolène ou de François, qui prétendent incarner un changement alors qu’ils sont de vieux routiers de la politique. François Bayrou particulièrement, ne connaît rien au changement : son passage à l’Education Nationale, où il s’est contenté de faire la danse du ventre aux syndicats pendant plusieurs années pour que sa tête ne soit pas mise à prix, l’a prouvé. Enfin, en même temps s’il fallait ne parler que des choses qu’on connaît, pour plagier Desproges, Sarkozy parlerait-il des pauvres ? Ségolène parlerait-elle de la démocratie en Chine ? D’ailleurs, Ségolène parlerait-elle tout court ?

    « Changer le monde, puis changer le monde que l’on vient de changer » (Bertold Brecht)
    Dans le rang des utopistes, je suis tombé dernièrement sur un blog caractéristique de ce mouvement de pensée, celui de Quitterie Delmas, charmante et sympathique maman, porte-parole des jeunes de l’UDF tendance « Peace and Love » (http://lesjeuneslibres.hautetfort.com/). Il y a un peu plus d’une semaine, celle-ci a publié un manifeste pour le changement intitulé « Avis de recherche : Le vrai changement en 2007, la vraie (r)évolution c’est d’obtenir en 2007, une Assemblée qui ressemble à la France dans sa réelle diversité, tant dans les visions politiques, dans ses origines, dans ses sexes, que dans ses âges ».

    Le titre est long mais évocateur. S’ensuit une ode au bougisme, dont le vocabulaire vous sonnera familièrement aux oreilles : vrai changement (Attention : les autres vous vendent le faux changement), vraie (r)évolution, émerger, nouveau patron, pratiques politiques vont changer, renouvellement, « crise » (je l’aime particulièrement celui-ci : il y a toujours une crise qui justifie le changement), notre vision de l’avenir, etc…Je vous laisse aller voir, c’est assez naïf (quoique respectable) mais instructif.

    Il est toujours malaisé de tirer sur les idéalistes, car être cynique ou réaliste a toujours été mal considéré. Néanmoins, je pense que notre société souffre de changite aïgue, qui se manifeste par de très nombreux symptômes :
    - La société de consommation pousse au renouvellement. Ce qui est « vieux » est « démodé ». Le temps s’accélère d’ailleurs. On compte les modes en mois, voire en semaines, plutôt qu’en années.
    - La société de voyage l’emporte sur la sédentarité. Voyager, communiquer, s’ouvrir, c’est cool. Rester, s’enraciner, c’est « pas top ». L’internet l’emporte sur la territorialité.
    - Le syndrôme de la vitesse et de l’immédiateté, assimilable en réalité à une sorte de frénésie, de griserie du mouvement. Rester en place, c’est risquer de ne pas redémarrer. Il faut par exemple changer de poste pour évoluer professionnellement, et le plus rapidement possible. Télécharger le plus vite possible. Tout se raccourcit: même le mandat des politiques.

    Eloge de la lenteur et de la nostalgie
    On change pour changer: voilà le drame de la changite aïgue. . On change tout, … pour que rien ne change. Cette manie civilisationnelle qu’on pourrait résumer en « New is Beautiful » se double en politique d’une espérance : qu’un autre lendemain est possible, totalement différent. C’est une brisure civilisationnelle car, pour les anciens, le possible se situait dans le passé : on imitait pour recréer, on discutait des exemples du passé, on passait pour cultivé « quand on connaissait ses classiques ». Aujourd’hui, le citoyen désemparé, a l’impression de vivre une époque à nulle autre pareille, où le passé n’est plus d’aucun secours pour décrypter l’avenir. C’est à mon sens une erreur.

    La vérité, selon moi, est que « la politique de demain », pour reprendre les termes du débat du Politic Show, sera celle d’aujourd’hui, avec les hommes et les femmes de demain. C’est triste, mais c’est comme ça. En effet, la démocratie est un régime qui modèle les comportements, comme tous les régimes politiques qui l’ont précédé. La Politique, ce n’est donc pas « changer » (la vie, les comportements, le candidat, etc…) mais bien conduire le changement de la société qui, lui, est bien réel. C’est orienter le changement. D’ailleurs, « si les élections changeaient la vie… elles seraient interdites ! » (Samuel Benchetrit)

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    Sujets: Banderille, Toréador critique la Droite, Toréador critique la Gauche | 6 Comments »

    6 réponses “Banderille n°38 : Les faux-débats de la présidentielle (V) : Le « Changement »”

    1. Toréador Says:
      janvier 16th, 2007 at 11:54

      Une première réponse à cette banderille vient … d’un autre post sur un autre blog. Et zou, vive le débat !

      http://blondeapart.hautetfort.com/archive/2007/01/16/la-blonde-repond-au-torero.html

    2. Gilbert Sorbier Says:
      janvier 16th, 2007 at 14:53

      Nicolas Sarkozy feraient de bons discours ?
      Quelle découverte !
      Gaino lui écrirai de bons discours ?
      Quelle nouveauté !
      Niqueaulit Sarkoza change d’avis à chaque discours ?
      Quelle risque ! ça ne l’engage guère puisqu’il n’a même pas réussi à débarbouiller ses propres « racailles »!

      Je suis persuiadé que dans 5 ans il y aura un nouveau dicton en vogue: « Con au point de croire un Sarkozy ! »

    3. Gilbert Sorbier Says:
      janvier 16th, 2007 at 14:56

      Au fait j’oubliais de dire qu’il se pourrait quand même que je vote pour Sarkoblabla, tellement Hollande me gonfle les gonades !

    4. Toréador Says:
      janvier 16th, 2007 at 16:21

      Gilbert, vous devriez créer un tabloïd. Je vais finir par me demander si vous n’êtes pas le fameux « SArkophage » tant vous avez d’appétit !

    5. Pierre21 Says:
      janvier 22nd, 2007 at 22:44

      Je viens de découvrir le blog à partir de « Sarkozyetmoi », comme quoi…
      C’est finement écrit, mais laissons un instant le pamphlet pour la réalité!
      Le changement est inéluctable et dire qu’ »on fera demain la politique d’aujourd’hui avec les hommes ,et femmes, de demain » témoigne à mon sens d’un optimisme béat ou d’une méconnaissance profonde de la société!
      Un seul exemple,la situation économique et financière: il y a 45 ans j’annonçais à mes jeunes la montée démographique et économique de ceux que l’on appelaient alors les « PSD » en posant la question: « serons nous prêts à leur faire la place qu’ils convoitent(d’aucuns ajoutent « justement »? » On l’a fait, mais contraints et forcés à entendre les imprécations contre la mondialisation et les problèmes posés par une immigration incontrôlée sinon incontrôlable!
      Et si nous avons pu maintenir depuis 20 ans notre niveau de vie, car soyons honnêtes, on ne vit pas plus mal aujourd’hui q’il ya 30 ans, ou alors c’est que les besoins ont CHANGE (tiens donc), c’est en nous endettant au delà du raisonnable!
      Le jour, peut-être pas si lointain, où les prêteurs internationaux refuseront d’assurer nos fins de mois, il faudra bien se résoudre à changer (lisez donc le bouqun de Ph Jaffré »Le jour où la France a fait faillite »)!
      Donc le changement s’impose et mieux vaut l’accompagner que le subir
      Quant à N. SARKOSY, qui affirme vouloir faire ce qu’il dit, son analyse est pleine de bon sens, donc nécessairement nuancée!
      Est-ce une raison pour lui faire un procès d’intention?Comme Pascal je fais le pari de la bonne foi, car s’il fallait traiter de c… tous ceux et celles qui croient au ciel, les intelligents n’auraient pas trop de leur vie entière pour faire l’appel!

    6. Toreador Says:
      janvier 22nd, 2007 at 23:53

      Si tu réduis le changement à une gestion plus saine des finances publiques, ma foi nous ne sommes pas opposés. Ce que je critique, c’est que pour certains « Tout doit disparaître ». Commençons par décider ce que nous voulons garder de notre modèle actuel, et ne changeons que d’une main tremblante.
      Tu es le bienvenu !