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    Désir de Rupture n°7 : Euthanasie, Avortement, et autres sujets dits « de moeurs »

    Par Toréador | mars 14, 2007

    Ce désir de rupture n°7 est dédié à ces fameux sujets « de moeurs » qui sont incroyablement complexes et sensibles tant ils mêlent réalités sociales, convictions religieuses et impératifs moraux. Ne pas les affronter, ce serait évidemment la solution de la facilité.

    Et pourtant, c’est mal me connaître. Déjà, j’affiche des photos de corrida sur internet alors, vous pensez bien … Je note toutefois avec amertume qu’à chaque rubrique Désirs de rupture, un ou deux quidams claquent la porte en hurlant !

    Principes de base

    Avant d’en venir aux solutions pratiques, je tiens à poser en préliminaire les principes d’action qui, selon moi, doivent gouverner les choix publics sur ces sujets de société.

    Principe n°1 dit de légitimation consensuelle - L’Etat légitime des choix de vie en les tolérant explicitement. la reconnaissance institutionnelle ne saurait donc pas procéder d’une volonté de faire « bouger » la société mais plutôt d’adapter la législation à l’état d’esprit d’une société. Le consensus – plutôt que la victoire d’une majorité sur une minorité – est nécessaire. Une grande avancée sociale finit toujours par être remise en question si elle ne recoupe pas l’âme d’une Nation.

    Principe n°2 dit de prudence - L’Etat peut et doit ramer à contre-courant d’évolutions sociales s’il a le sentiment que ces évolutions risquent de fragiliser la protection juridique des individus ou le tissu social plutôt que de la renforcer.

    Principe n°3 dit de générosité marginale maximale - Les meilleurs droits sont ceux qui accroissent la satisfaction d’une partie de la population sans léser les autres.

    Ceci étant dit, lançons-nous : euthanasie, avortement, et mariage homosexuel.

    1 – L’Euthanasie

    Je propose que l’euthanasie soit admise car en vertu du principe n°3, le choix d’un individu de mettre fin à son existence ne regarde que lui et, en toute théorie, ne me coûte rien à moi (cyniquement, il me ferait même plutôt gagner, mais passons). Néanmoins, l’Etat doit faire en sorte que ce droit ne se transforme pas pour le malade en mal, c’est à dire que des personnes mal intentionnées ne soient en mesure de l’utiliser pour accélérer la fin de leur tonton d’amérique ou de leur vieille tatie richissime.

    Aussi, dans cette optique, l’euthanasie serait soumise à un certain nombre d’étapes :

    - Deux diagnostics vitaux pratiqués par deux médecins différents concluant à l’impossibilité de rémission du malade;

    - Une demande explicite du malade visant à ce que ses souffrances soient abrégées;

    - Un entretien avec une personne extérieure membre d’une association anti-euthanasie OU le représentant d’un culte religieux si la personne est croyante. Il s’agit là d’offrir au malade la possibilité de discuter des conséquences de son choix, mais également de faire intervenir un élément hostile au principe d’euthanasie, en partant du principe qu’ils seront les gardiens les plus vigilants de la vie humaine;

    - Habiliter des médecins (Des « Thanatologues ») ayant plus de 10 années d’expérience, et ayant suivi une formation spécifique. Le nombre de personnes pouvant pratiquer l’euthanasie serait donc restreint.

    2 – L’avortement

    Ici, c’est le même raisonnement qui s’applique, sauf que le coût et le risque diffèrent. Le coût tout d’abord : en tant que contribuable, je paye le remboursement du prix d’un avortement. Le risque, enfin, est beaucoup plus limité que pour le malade euthanasié. Reste la problématique du droit de l’enfant, qui rend toujours sensible ce problème puisqu’il n’y a pas consensus.

    L’idée serait donc de modifier le régime actuel en permettant aux contribuables qui le souhaitent de ne pas « payer » pour les avortements, puisque ces derniers leur posent un problème moral. Symboliquement, une fraction des cotisations maladie, consacrée à ces coûts, serait transformée en surcotisations de la branche famille pour ces citoyens précisément. Pas d’impact budgétaire sur les comptes de la sécurité sociale.

    3 – Le mariage homosexuel

    Le risque d’accorder le mariage est nul en lui-même. Il est finalement surtout limité aux 2 individus. En revanche, il y a un coût : les abattements fiscaux qui sont réservés aux couples mariés, par opposition aux célibataires.

    Ma thèse est que la reconnaissance symbolique du mariage en lui-même accorde un droit qui ne coûte rien aux autres membres de la collectivité. Le coût débute à partir du moment où ce mariage ouvre des droits, notamment fiscaux.

    Or, si l’Etat favorise la famille, ce n’est pas par altruisme : c’est car elle est un relais indispensable pour la formation et l’éducation des générations futures. En quelque sorte, l’Etat favorise la « forme » familiale parce qu’elle « stabilise » la société. Le coût élevé du divorce autrefois participait de cette même réflexion : lutter contre la tendance naturelle de l’homme et de la femme « d’aller voir ailleurs ».

    Par conséquent, si à mon sens, le mariage civil devrait être reconnu aux couples homo, il n’en est pas de même au niveau des avantages fiscaux. En effet, c’est assez cynique, mais l’Etat a plus d’intérêt à promouvoir les unions hétérosexuelles plutôt que les unions homosexuelles car les premières produisent naturellement des enfants.

    Une alternative serait de modifier la définition du concubinage dans le code civil : en un coup de cuiller à pot, on donnerait exactement les mêmes droits aux concubins hétérosexuels et aux concubins homosexuels. Il ne s’agirait plus de discrimination fondée sur la préférence sexuelle puisqu’une partie des hétérosexuels seraient dans le même cas, ce qui fragiliserait l’argument de certains lobbys.

    Cette idée étant posée, reste donc le problème de l’adoption. En me référant au point n°1, je considère qu’un référendum est nécessaire sur ce sujet et que l’adoption ne devrait être accordée que si une large majorité de Français le souhaitent(plus de 60%). Si le oui devait passer, seuls les couples adoptant des enfants devraient se voir accorder la totalité des avantages (notamment le quotient familial) qui sont liés à la politique fiscale pro-famille de la France.

    Sujets sensibles : alors « OUI », « NON » ou « BOF ». A vos commentaires !

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    Sujets: Désirs de Rupture | 14 Comments »

    14 réponses “Désir de Rupture n°7 : Euthanasie, Avortement, et autres sujets dits « de moeurs »”

    1. Blanc Cassis Says:
      mars 14th, 2007 at 5:40

      En Belgique l’euthanasie et le mariage homosexuel sont légaux.
      Il n’est donc pas difficile pour certain(e)s de se délocaliser dans ce pays.

    2. lecteur d'arriere plan Says:
      mars 14th, 2007 at 8:53

      Sujets sensibles en effet, tranchant meme avec la banderille d’hier…
      Sinon :
      Pour l’euthanasie, les propositions me semblent tomber sous le sens a la condition que la « contre personne » soit autant de bonne foi et non manipulatrice que le docteur qui le préconise…
      Pour l’avortement, je pense que chacun a droit à l’avortement du moment qu’il est voulu ardemment. Reste le probleme des remboursements. Je pense que votre proposition n’est pas viable, elle contient par trop de « border line » : Je suis contre, je paye pas la cotis… Ma fille en a besoin, du coup ELLE est pour (moi aussi mais je le dis pas, et j’en profite) Comment peut on s’en sortir et faire le tri..? impossible… Reste peut etre a faire entrer la prise en charge par les mutuelles et donc des contrats avec options spécifiques… (on peut cotiser de 20 à 45 ans mais apres ca n’a plus bcp d’intéret…)
      Pour le mariage Homosexuel, je suis d’accord sur le fait de leur accorder les memes droits qu’au concubinage. Il est vrai qu’il est difficilement concevable que des « couples » ne pouvant fourir de « main d’oeuvre » future a la nation, profite des avantages fiscaux de ceux qui le peuvent.
      De même je suis pour l’adoption des enfants pour ces couples homosexuels (sous conditions identiques que celles des couples heterosexuels) en leur accordant les avantages du quotient familial. Mais avec la restriction d’un engagement moral de solidarité en cas de rupture du couple pour assurer la vie decente de l’enfant apres la rupture.
      Sur ce, bonne journée.

    3. Toreador Says:
      mars 14th, 2007 at 10:58

      @ Blanc Cassis : Johnny, on t’a reconnu, tombe le masque !
      @ Lecteur d’arrière plan : Finalement, nous sommes plutôt d’accord !

    4. lecteur d'arriere plan Says:
      mars 14th, 2007 at 11:15

      @ Toreador,

      Comme assez souvent finalement…
      mais si c’est trop de 2 commentaires en 2 jours, je vais retourner à mon arrière plan…

    5. Toreador Says:
      mars 14th, 2007 at 11:18

      Vous savez, un blog sans commentaires, ça décourage rapidement le bloggeur…

    6. Seb Says:
      mars 14th, 2007 at 11:25

      IL faut tout d’abord saluer le talent avec lequel tu exprime clairement ces problèmes et les remèdes auxquels tu penses.

      Cependant…

      Autant la « solution » pour l’euthanasie est elle, à mon sens, aceptable (quoique compliquée à mettre en oeuvre, notamment sur la déclaration de culte qui, doit rester dans le cadre strictement privé…) autant celle pour l’avortement reveille en moi un gros doute, certainement du, par ailleurs, à mon jeune âge !

      Bien sûr, l’avortement doit exister pour donner l’occasion aux femmes qui ne désirent pas de leurs enfants d’avorter. Cependant, le côté éthique de ce geste me gène un peu. A l’inverse de l’euthanasie, la personne « effacée » de la vie ne décide rien, ne vaut presque rien. il faudra poser, un jour ou l’autre, les questions qui fachent. L’enfant « dans le ventre » appartient il à sa mère ? Est il d’ores et déjà une personne, un être à part entière ? Je prefère donc ne pas prendre position sur ce sujet…

      En revanche celle du mariage et de l’adoption homosexuelle est bien claire dans ma tête. Le mariage est une institution, base solide de notre société latine occidentale. Le mariage homosexuel n’a pas lieu d’exister. D’autant que l’on offre les mêmes droits « sociaux » et « fiscaux » avec le « pacte civil ».

      Je considère ensuite, sûrement de façon stupide pour la plupart d’entre vous, que l’équilibre d’un enfant passe par une parentalité Homme-Femme. il suffit, pour s’en apercevoir, de regarder la proportion des enfants dit « turbulents » ou pire « délinquants » dont les parents sont séparés, en froid ou divorcé.

      Evidemment je sais bien que la majorité des familles recomposées vivent bien. Loin de moi l’idée de mettre tout le monde dans le même panier..

      Bref des sujets « chaud », mais il faut bien entrer dans l’arène !

    7. Seb Says:
      mars 14th, 2007 at 11:28

      Et je confirme, un blog sans vie, s’essoufle rapidement !

    8. Jean-Paul Says:
      mars 14th, 2007 at 19:38

      NON.
      Franchement,il ne faudrait pas mélanger les genres. Le dérapage est ensuite facile. Je me souviens d’une affaire (à l’hôpital général de Vienne, en Autriche, il y a une trentaine d’année) où des DIZAINES (!) de vieillards avaient été assassinés, de nuit, par des « aides-soignantes » qui les jugeaient (trop vieux, trop exigeants) et les condamnaient (à mort). Alors, franchement NON. Quand on entre à l’hôpital c’est quand même dans l’espoir de ne pas en sortir les pieds devant, après un séjour au frigo (la morgue, pour préciser). Et ces gens en blanc doivent soigner, guérir si possible, assister sinon, mais en aucun cas se transformer en Jack l’éventreur ou Hannibal Lecter..

    9. Toreador Says:
      mars 14th, 2007 at 20:15

      Tu as donc l’impression qu’avec le dispositif proposé, ceci pourrait quand même arriver, comme en Autriche ?

    10. Xavier Says:
      mars 15th, 2007 at 17:22

      NON A LA MORT! OUI A LA VIE!
      C’est pourquoi, je dis non à la peine de mort, non à l’euthanasie, et non à l’avortement (pour empecher celui qui est permissif tout en autorisant l’avortement progressif qui permet de soigner et/ou sauver des vies).
      La loi doit correspondre aux idéaux universels de la vie humaine en société, et donc ne pas se fourvoyer par suivisme populiste dans le nivellement par le bas des valeurs démocratiques!

      Un Etat de droit se rabaisse quand il légalise le meurtre sous toutes ces formes! Contre la liberté et les droits de l’Homme, il permet indirectement le foisonnement de toutes les dérives! Tant qu’il y a de la vie, même dans la souffrance, il y a de l’espoir!Nous ne sommes pas des chiens qu’on euthanasie dans une clinique vétérinaire! Sur ce point, tout à fait d’accord avec Jean-Paul: on signale également des cas de derives graves aux Pays-Bas et en Suisse où l’euthanasie est légale! L’actuelle loi française dite Léonetti est un bon compromis voire un modèle législatif mondial dans ce domaine!

      Quant à l’union homosexuelle, c’est un faux problème, moralement et philosophiquement rien ne s’y oppose!
      En revanche, le terme « mariage » est à proscrire, y compris pour les contrats hétérosexuels puisqu’il fait référence à la religion donc à la sphère privée. En remplacement du mot mariage, l’expression laicisée d’union civile est donc souhaitable dans la loi. En conséquence, l’union civile conférant les mêmes droits que le mariage permettrait le droit d’adoption, évidemment sous les mêmes réserves actuelles de restrictions psychologiques et socio-économiques pour les adoptants.

      « On ne vous force plus à penser comme tout le monde, vous le faites. » Eugène Ionesco, 1991.

    11. Gilbert Sorbier Says:
      mars 15th, 2007 at 17:30

      « Connait toi toi même »

      C’est la première lesson que j’ai apprise en pratiquant les blogs. Tant la majorité des blogueurs, à les entendre, semblent ne pas avoir de pulsion sexuelles, ni d’égoïsme, ni aucun instinct de mamifère.

      A lire les blogs sur les sujets « brûlants » ou à l’impression de vivre dans un milieu virtuel dispensé des viols, des meurtres, de la jalousie, de la cupidité, de la mesquinerie.

      Des entités vertueuse et policées du monde d’Aldous Huxley comme l’a très bien vu Toréador.
      Les milieux de gens normaux comme je les ai cotoyés dans les barres d’immeubles ou comme dans les films de Ken Loach ou de Larry Clark, n’existent pas pour ces vertueux virtuels.
      Les milieux des assistantes sociales non plus encore moins celui des femmes et des enfants battus et violés.

      Je me suis exprimé une fois sur l’intérêt supérieur de l’enfant à faire passer avant toute autre considération.

      L’infernale hypocrisie bien-pensante de la pensée unique « tendance » m’avait alors pofondément éffrayé.
      Je ne m’exprimerais pas une deuxième fois sur le sujet.

    12. Xavier Says:
      mars 17th, 2007 at 23:33

      Le populisme est insupportable, tout comme l’élitisme d’ailleurs!
      Ce n’est pas parce qu’on n’a fait pas la guerre, qu’on ne peut pas la comprendre!!!
      Un peuple sans populisme et des élites sans élitisme, cela reste très utopique en France, pays des extrêmismes de gauche et de droite, et même du centre à l’heure actuelle….!!!

    13. Vincent Says:
      janvier 14th, 2008 at 16:09

      « on signale également des cas de derives graves aux Pays-Bas et en Suisse où l’euthanasie est légale! »

      Absolument pas, l’euthanasie active n’est pas légale en Suisse. Seul le suicide assisté est admis, c’est une autre manière de voir les choses puisque c’est le malade qui prend la potion, accompagné de ses proches et parfois « d’accompagnateurs » faisant partie d’association comme Dignitas ou Exit.
      Notons que certains hôpitaux Suisse (CHUV notamment) acceptent que ces pratique ce déroulent dans leurs murs.

      L’euthanasie passive est elle par contre autorisée.

    14. Paso Doble n°61 : La Résurrection de Lazare | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      mars 20th, 2008 at 5:01

      [...] A-t-elle été manipulée ? Qu’importe. Je viens d’apprendre qu’elle s’est éteinte, vraisemblablement suicidée après un refus de la Justice de lui accorder le droit de mourir dignement. La France peut-elle, doit-elle oublier ses principes pour célébrer le symbole ? J’ai déjà donné mon avis sur l’euthanasie ici. [...]