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    Banderille n°94 : La néo-économie de Gauche

    Par Toréador | mars 30, 2007

    J’entendais hier certains candidats de gauche critiquer voire contester les bons chiffres du chômage en avançant un nouveau concept : 11,4 millions de Français seraient « mal employés », une idée renvoyant aux travailleurs précaires, aux chômeurs ne rentrant pas dans la définition BIT ou ANPE, aux emplois mal payés… Le « mal-emploi », c’est un nouvel axiome de la « néo-économie« , qui permet très souvent de s’attaquer aux théories économiques en mêlant le subjectif et l’objectif, le qualitatif et le quantitatif. Petit tour d’horizons de la néo-réalité :

    Les « mal-logés » : La fondation Abbé Pierre parle de 8,6 millions de « mal logés » en France, soit 14% de la population, à comparer aux 86 000 SDF. Ne pas avoir de toit, c’est une chose que je peux comprendre. Après comment on évalue si on est « très bien », « bien » ou « mal » logé, cela me dépasse. Par exemple, prenons l’ exemple réel d’un type que je connais et qui vit place Saint-Michel à Paris. Un jour, il organise un petit happening et je lui dis : « Quelle chance d’avoir un superbe 60 m2 place Saint-Michel, en plein coeur de Paris !« ‘. Et lui de me répondre : « Tu parles : je vais avoir un enfant, nous allons être trop à l’étroit mais les prix de l’immobilier ont tellement grimpé que je suis bloqué. L’appartement de 80 m2 est hors d’atteinte pour moi dans un quartier similaire, et, ironie du sort, mon appartement coûte trop cher pour le type qui vit dans un 40 m2 et voudrait acheter plus grand« . Dois-je le considérer comme « mal-logé » ? On le voit, c’est un concept éminemment subjectif !

    « L’emploi inadéquat ». Cela recouvre les bas-salaires, les contrats précaires, le déclassement professionnel, le travail dangereux pour la santé, d’après les promoteurs du concept (Collectif « Autres Chiffres du Chômage« ) : 11,4 millions de personnes en 2005. Je suis dubitatif, car on retrouve certains présupposés idéologiques. Le « bas-salaire » est un concept relatif qui s’inscrit dans une hiérarchie nationale des salaires (un bas-salaire en France est un très-haut salaire dans un PMA). Par conséquent, l’idée qu’il y a derrière, c’est que tous les salaires devraient être hauts et égaux, indépendamment du travail réalisé, de la pénibilité et du niveau d’études. Sur le « travail dangereux pour la santé », normalement, cela devrait être interdit donc je ne comprends pas le concept. Quant au travail dit « précaire », l’adjectif même implique un jugement de valeur. Par définition, mis à part les fonctionnaires, tout le monde a un travail précaire.

    Les « exclus ». Ca, c’est la tarte à la crème du discours politique. Avant, on parlait de « prolétaires » et de « travailleurs », voire « de pauvres ». Depuis la chute du mur, la Gauche a modernisé son discours et inventé ce terme forcément flou puisqu’il renvoie à une séparation entre deux catégories de citoyens dont la limite est difficile à fixer. Il y a une ligne claire, celle entre ceux qui ont un travail et ceux qui n’en ont pas, qui correspond à une théorie économique (Insiders et outsiders), mais ce n’est pas cela dont il s’agit. Il y a un premier pool évalué par le monde diplomatique à 6 millions de personnes dites « paupérisées ». Je vous conseille de lire l’étude de Beatrice Mesini et son analyse : « En tant que groupe réalisé dans l’imaginaire, les « exclus » ne font pas que pervertir le modèle économique d’une démocratie libérale garante en théorie des droits du citoyen (…) s ’agit-il alors pour les « exclus » d’obtenir le droit d’avoir des droits en multipliant à l’infini les dispositifs dérogatoires au droit commun, ou de penser l’élaboration des préceptes de ceux que l’imprescriptibilité rendent « particulièrement nécessaires à notre temps ? ». Au gré des analyses, on en arrive à inclure les classes moyennes (ce que l’Express appelle les « nouveaux exclus »), soit finalement quasiment un Français sur deux : une patrie d’exclus ! Finalement, si ça continue, seuls les plus riches seront les marginaux, les vrais exclus !

    Ce que je conteste dans cette néo-économie, c’est son caractère éminemment politique. L’économie n’est déjà pas une science exacte, qui permet au politique de prétendre à peu près n’importe quoi (exemple : « Les 35h ont créé 350 000 emplois » et « les 35h ont détruit des milliers d’emploi » sont deux affirmations soutenues simultanément dans le débat politique). La « néo-économie« , terme forgée par votre serviteur, brouille encore plus les repères en voulant avoir le même impact que la science économique (notamment fonder des politiques publiques) alors que ses catégories sont aisément manipulables (encore plus que les définitions du BIT, qui ont le mérite d’exister) et car elles découlent d’appréciations subjectives qui sont critiquables et reversibles.

    Arrêtons donc d’incanter des sortilèges politiques avec des concepts économico-sociaux approximatifs. Les outils économiques sont déjà très grossiers, mais bien utiles. Ne perdons de vue que ce qui importe, ce n’est pas le chiffre ou la valeur, mais bien la tendance.

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    Sujets: Banderille, Toréador critique la Gauche | 9 Comments »

    9 réponses “Banderille n°94 : La néo-économie de Gauche”

    1. Gilbert Sorbier Says:
      mars 30th, 2007 at 15:05

      Cher Toréador,
      La néo-débilo économie politique du PS n’est pas une réalité, c’est une nébuleuse inspirée par Elie Cohen et deux ou trois soit disants « experts » médiatiques.
      Elle est uniquement destinée au service presse et n’est pas une science appliquée (ni applicable).

      Parce qu’en privé, ils savent tous (c’est ce qui se dit en tous cas) que le socialistes n’ont pas d’autre porte de sortie que la flex-sécurité.

      Les média leur ont tellement mis dans la tête qu’on ne pouvait pas dire la vérité si on voulait être élu que voilà le résultat:

      Moi qui suis socialiste et (peut-être) d’accord avec ce qu’ils pensent, je ne vais pas voter pour eux parce qu’il n’ose pas dire ce qu’ils pensent…. ouf !

    2. pier21 Says:
      mars 30th, 2007 at 16:35

      C’est au nom de ces présupposés que l’on accorde en Ile de France les transports GRATUITS aux RMIstes et à leurs ayant droit!
      Autant je pourrais admettre que l’on permette, moyennant une participation symbolique (90% de réduction sur le titre de transport par ex., comme en bénéficient les employés desdits services) car tout ce qui est gratuit ne vaut rien, de se déplacer pour chercher un emploi, en semaine, autant je trouve qu’une fois de plus les Socialistes prennent les Travailleurs pour des cons!
      A quoi bon bosser si c’est pour perdre le RMI, l’APL, la CMU, payer des impôts et à partir de Dimanche sa « carte orange »!
      Alors Sarko, quand il dit qu’il est scandaleux que celui qui travaille gagne moins que celui qui ne fout rien et que toute prestation suppose une contre partie en travail ou en service? Il a tort?

    3. Erasme de Metz Says:
      mars 30th, 2007 at 17:07

      @ Toréador, il y a un présupposé dans ce briallant article qui voudrait que l’économie soit une science (dure comme on dit) … au fur et à mesure que je viellis, elle me semble de plus en plus molle et relève plus de la psycho-socio que d’autre chose (surtout la macroéonomie)
      Que l’économie soit politique me semble donc fort naturel

      @ Gilbert Sorbier, un peu de mal à vous suivre car le Pacte Présidentiel de Ségolène Royal me semble être très exactement ce que vous demandez (le mot flex-sécurité n’y est pas tel quel certe .. mais tous les outils y sont) et si vou sne votez pas Ségo, j ene vois vraiment pas où vous trouverez de la flex-sécurité

    4. Toréador Says:
      mars 30th, 2007 at 17:20

      Merci Erasme d’abonder dans le sens de mon billet qui indique bien, à propos de l’économie : « L’économie n’est déjà pas une science exacte, qui permet au politique de prétendre à peu près n’importe quoi (exemple : “Les 35h ont créé 350 000 emplois” et “les 35h ont détruit des milliers d’emploi” sont deux affirmations soutenues simultanément dans le débat politique). (…) Les outils économiques sont déjà très grossiers »

      Au fait, Erasme, quand est-ce que vous me rédigez un petit CV pour ma rubrique « les amis de Toreador » ?

    5. Bruno Millerioux Says:
      mars 30th, 2007 at 22:21

      Tous les politiques prétendent à peu près n’importe quoi en matière d’économie, à quelques exceptions près, car ils tablent sur le degré d’ignorance plus ou moins grand de l’électeur français moyen sur le sujet. Et puis les économistes n’ont jamais prétendu pratiquer une science exacte, du moins ceux qui sont honnêtes…
      Il suffit de dire les choses simplement, sans recourir à la nouvelle langue de bois maniée par les escrocs intellectuels type Bourdieu. Exemple: Pourquoi les 35 heures créent du chômage? Réponse: le patron de PME (85% des emplois dans une économie capitaliste) qui vient de passer aux 35 heures, perd du jour au lendemain 4 heures de production par semaine et par employé (qu’il doit néanmoins continuer à payer). Embaucher quelqu’un pour produire ces 4 heures perdues relève du suicide économique, étant donné la rigidité absurde du code du travail et l’écrasant fardeau fiscal et administratif qui accable les entreprise françaises. Seule solution: survivre avec les effectifs existants, rogner les dépenses au maximum pour faire face à la concurrence étrangère. On produit moins, l’activité et le chiffre d’affaires se réduisent, donc les bénéfices aussi. Spirale descendante, dont l’aboutissement logique ultime est… encore plus de chômage.

    6. pier21 Says:
      mars 31st, 2007 at 12:51

      Ben oui Bruno,
      tant les raisonnements les plus logiques sont les plus incompréhensibles!
      Mais en économie, le sophisme est roi du genre
      du « temps pour moi, du travail pour les autres!

    7. Gilbert Sorbier Says:
      mars 31st, 2007 at 14:08

      « Alors Sarko, quand il dit qu’il est scandaleux que celui qui travaille gagne moins que celui qui ne fout rien et que toute prestation suppose une contre partie en travail ou en service? Il a tort?
      Commentaire par pier21″

      Il a raison, Sarko, dans tout ce qu’il dit, puisqu’il dit ce que nous voulons qu’il nous dise.
      Le problème est que l’Etat UMP vient précisément de faire l’inverse de ce qu’il dit depuis toujours être une drame pour la France: passer les PME de plus de 2O personnes aux 35 heures… dans le silence radio de son patron !

      De toutes manières, mon cher quai21, Sarkozy va être président et nous aurons l’occasion de voir s’il va mieux respecter sa parole de président qu’il ne l’a fait en tant que ministre de l’intérieur: ce que je souhaite de tout coeur pour la France !

      Dieu que j’envie les croyants !

    8. Gilbert Sorbier Says:
      mars 31st, 2007 at 14:28

      « @ Gilbert Sorbier, un peu de mal à vous suivre car le Pacte Présidentiel de Ségolène Royal me semble être très exactement ce que vous demandez (le mot flex-sécurité n’y est pas tel quel certe .. mais tous les outils y sont) et si vou sne votez pas Ségo, j ene vois vraiment pas où vous trouverez de la flex-sécurité
      Commentaire par Erasme de Metz »

      My dear Erasmus,
      To be able to conduct a flex-security policy, implies for instance a drastic cut in social ceiling levels.
      It also implies a completely different organisation of unumployment fundings and job offers. And above all it demands a strong (at least 50%) reduction of salary taxes !

      Je n’ai aucun doute quand au désir secrets de Mme Royal à vouloir se diriger vers une économie Scandinave !
      Et bien si elle veut mon vote: Il lui suffit de la dire au lieu de dire officiellement qu’elle reste dur le vide sidéral du programme économique (non) socialiste, du PS.

    9. Banderille n°186 : Le “pouvoidacha” | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      janvier 9th, 2008 at 23:39

      [...] l’antienne du moment que les néo-économistes de gauche entament avec enthousiasme : le gouvernement ne fait rien pour le pouvoir d’achat. Le pouvoir [...]