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Paso Doble n°2 : Kouchner, l’ouverture néo-conservatrice
Par Toréador | mai 14, 2007
Qui connaît Monsieur Irving Kristol ?
Le mot néo-conservateur est à la mode. Pendant la campagne, cet adjectif qualificatif qui nous vient des Etats-Unis et qui désigne les faucons et ex-faucons de la Maison Blanche (Cheney, Wolfowitz, Rumslfeld, Perle, etc …) a été employé pour caractériser (le passeport de) Nicolas Sarkozy. Il s’agissait pour la Gauche d’agiter l’épouvantail Sarkozy = Bush*. Si elle avait pu, elle lui aurait bien reproché aussi la Guerre en Irak, Guantanamo, et le 11 septembre, mais cela ce serait vu…
En réalité, on se méprend souvent sur la doctrine néo-conservatrice, dont on aurait trop hâtivement tendance à croire qu’elle est synonyme de « droite réactionnaire unilatéraliste ». En effet, les « néo-cons », historiquement, sont des gens … de gauche. Voilà pourquoi, Nicolas Sarkozy est tout, sauf un néo-conservateur, n’en déplaise à M. Besson.
Les premiers néo-conservateurs étaient des étudiants trotskistes de l’Université de New-York, qui n’étaient pas assez fortunés pour aller dans les grandes universités privées américaines du type Harvard. Nous étions alors dans les années 40, et le grand débat qui agitait la faculté voyait s’opposer les communistes et les trotskistes, c’est à dire ceux qui croyaient en Staline et ceux qui s’y opposaient. Ces gens de gauche – qui sont devenus ensuite la première génération de la gauche anti-communiste – prônaient une politique étrangère implacable à l’égard de l’URSS. Ils avaient pour nom I.Krystol, ou M. Diamond. Mais leur anti-communisme était différent de celui de la droite conservatrice. C’était justement parce qu’ils reprochaient à Staline d’avoir détourné Marx que ces idéologues étaient violemment anti-communistes.
Les néo-conservateurs, qui ne portaient pas encore ce nom, étaient ainsi à l’opposé des thèses réalistes d’un Henry Kissinger qui prônait le dialogue avec la Chine Communiste et des négociations pour limiter les armements. Leur vision du monde était beaucoup plus manichéenne : une démocratie ne peut pas, ne doit pas s’allier à une dictature.
Le moment-clé pour eux a été Ronald reagan, véritable Nicolas Sarkozy avant l’heure, puisqu’il arracha aux démocrates des électorats qui leur étaient autrefois attachés (comme par exemple le vote catholique) et débaucha une partie de la gauche. En politique étrangère, le nouveau président américain avait quelques idées simples qui s’accordaient très bien avec la politique très dure prônée par ces théoriciens. Certains passèrent dans le camp républicain. Ce n’est qu’en 1996 cependant que dans National Strategy fut synthétisée et mise à plat la doctrine néo-conservatrice, grâce à un travail réalisé par Krystol et Robert Kagan.
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Néo-conservateurs sans Frontières
Bernard Khouchner a le profil typique du néo-conservateur, même s’il vient d’une autre tradition, celle des ONG favorables au droit d’ingérence, une gauche droit-de-l’hommiste, le sans-frontiérisme. En France, à ma connaissance, un des seuls et uniques représentants du courant néo-con est Pierre Lellouche, qui d’ailleurs espère lui-aussi obtenir le maroquin des relations internationales mais dont les sympathies clairement pro-Israël tranchent résolument avec 40 ans de diplomatie Française.
Les convergences entre le néo-conservatisme et le sans-frontiérisme sont réelles. J’en veux d’ailleurs pour preuve que, lors de l’intervention en Irak, les ONG favorables au droit d’ingérence ont applaudi des deux mains. Les deux courants ne sont guères regardants avec la souveraineté des Etats. Les deux prêtent une attention certaine aux régimes politiques et se méfient de l’inertie institutionnelle des grandes organisations. Les deux sont révolutionnaires par rapport au droit international public qui est frileux sur ces questions et ne discrimine pas en fonction de la forme de gouvernement.
Nicolas Sarkozy, jusqu’il y a quelques jours, n’avait pas de doctrine véritablement de politique étrangère. Son admiration pour le modèle américain l’avait poussé à aller s’afficher avec G.Bush mais il n’y avait pas de théorisation derrière. Sarkozy est un pragmatique. Or, les néo-conservateurs sont à l’inverse des idéalistes, des wilsoniens (du nom du président W.Wilson) à gros bras, des gens de principe.
Si Bernard Kouchner devait accéder aux affaires étrangères, ce serait d’une importance considérable pour la politique extérieure de la France. D’une part, la présidence Sarkozy jouerait le même rôle que la présidence Reagan (basculement d’une partie de l’élite de gauche à droite). D’autre part, elle porterait aux manettes de la politique étrangère une idéologie cousine du néo-conservatisme, un peu plus respectueuse de l’ONU, mais tout aussi révolutionnaire dans ses principes (utiliser des méthodes fortes au nom de principes supérieurs).
Ne nous agitons pas trop quand même sur nos sièges. Rappelez vous la symétrie par rapport à 1981, que j’aime à développer sur ce blog. François M., voulant initier une rupture dans la politique africaine, nomma à la Coopération Jean-Pierre Cot, un autre « idéaliste ». Dix-huit mois plus tard, l’expérience prit fin, et jamais qu’autant dans les années 80, la France ne fut aussi interventionniste en Afrique… Le réalisme, mes chers amis, le réalisme impose aux principes, parfois, de manger leur chapeau…
* A noter que si Nicolas Sarkozy a aussi mal réagi à ces accusations, c’est probablement parce que la plupart des néo-conservateurs sont d’origine juive (comme lui) et traditionnellement pro-Israël. L’attaque pouvait donc être interprétée, au-delà des mots, comme une allusion à ces origines.
Tags: France, Kouchner, néo-conservateur, Nicolas-Sarkozy, politique-étrangèreSujets: Paso Doble | 16 Comments »





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mai 14th, 2007 at 9:50
Toréador,
Vous ne mettez pas Dick Cheyney, Donald Rumsfeld et Condoleezza Rice parmis les « faucons » ?
A noter la savoureuse expression de Jon Stewart sur CNN qui dit que Cheyney is an « UNGOOD » person.
L’ouverture, encore l’ouverture, toujours l’ouverture pour Nicolas Sarkozy, dit N. Domenach: Bernard Koushner, « l’homme politique français le plus populaire » pourrait devenir ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine n’a pas définitivement dit non, Hervé Morin et Maurice Leroy (UDF) pourraient aussi avoir un poste ministériel.
Bien joué, NON, pour couper l’herbe sous le pied du PS et du Mo-Dem !
mai 14th, 2007 at 9:59
La liste n’est pas limitative vous avez raison. Rice, c’est plus compliquée : ce n’est pas la même école de pensée, comme vous avez pu le constater d’ailleurs sous le 2nd mandat.
mai 14th, 2007 at 10:25
Très intéressant cet article. Passionnant même. Je crois surtout que si les neocons étaient d’abord issus de la gauche, c’est en raison de l’opposition aux isolationnistes, traditionnellement de droite aux States.
Wilson avait rompu avec eux en convainquant, tant bien que mal, le pays à intervenir en Europe pendant la guerre de 14-18. Enfin je crois.
Et puis, s’il y a bien une valeur ancrée à la gauche de la gauche, c’est bien l’internationalisme! La condamnation des frontières qui aliènent l’humanité…
mai 14th, 2007 at 10:30
Wilson était démocrate. Mais à l’époque, la gauche comme la droite étaient isolationnistes. N’oublions pas que les démocrates du sud des etats-Unis n’ont rien à envier au FN. Ils sont d’ailleurs protectionnistes, à défaut d’être isolationnistes.
Il faudrait remonter à la querelle pour la succession de G.Washington entre les Fédéralistes Jeffersoniens (ancêtres des républicains modernes) et les Hamiltoniens pro-Français, qui voyaient dans la révolution américaine essentiellement une question de victoire des principes démocratiques.
mai 14th, 2007 at 13:40
merci de ce texte
cela nous en apprend plus!
bisous
mai 14th, 2007 at 14:27
« Son admiration pour le modèle américain l’avait poussé à aller s’afficher avec G.Bush »…
Ah?
mai 14th, 2007 at 18:36
Très intéressant.
Mais, franchement, quel intérêt Sarkozy a-t-il à nommer un néo-conservateur à la tête de la politique étrangère ? Alors qu’il n’est pas, comme vous venez de le démontrer, néo-cons lui-même, et que l’UMP (à part Lellouche que vous citez) non plus ?
mai 14th, 2007 at 20:00
C’est pourquoi il s’agit d’une banderille et non d’un olé.
Soit le président défend une rupture, mais il s’est bien gardé d’en faire état avant. Soit il n’y pas de raison objective, et c’est inquiétant…
mai 15th, 2007 at 15:59
[...] une partie de ses intellectuels et de son électorat, comme je le soulignais déjà dans mon paso doble n°2. De plus, loin d’être un libéral, Reagan s’est révélé être un keynesien de [...]
mai 16th, 2007 at 8:24
Merci pour cet article, aussi intéressant qu’instructif !
Je ne savais pas trop pourquoi l’idée de voir Kouchner au quai d’orsay ne me plaisait pas. Maintenant je sais !
mai 19th, 2007 at 11:46
Pour Kouchner, malgré tout, et sous réserves…
http://bboeton.wordpress.com/2007/05/19/pour-bernard-kouchner-sous-reserves/
Cordialement.
juillet 8th, 2007 at 17:01
[...] mais les maroquins ministériels demeurent. Sarkozy, l’ami des néo-conservateurs partis de gauche pour atterrir à droite, est décidé à aller là où jamais homme politique n’a osé s’aventurer en termes de [...]
juillet 9th, 2007 at 17:20
[...] mais les maroquins ministériels demeurent. Sarkozy, l’ami des néo-conservateurs partis de gauche pour atterrir à droite, est décidé à aller là où jamais homme politique n’a osé s’aventurer en termes de [...]
septembre 22nd, 2007 at 5:02
[...] envoyer un signal clair pour “préparer” l’opinion publique, et que Kouchner, néo-conservateur* dans l’âme, a fait de même, un peu plus [...]
septembre 22nd, 2007 at 20:21
[...] envoyer un signal clair pour “préparer” l’opinion publique, et que Kouchner, néo-conservateur* dans l’âme, a fait de même, un peu plus [...]
octobre 26th, 2008 at 18:50
[...] comprend que dans l’esprit des néocons, dont Kouchner fait assurément partie, l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne représente un pas de [...]