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Paso Doble n°5 : Le Roi est mort, vive le Roi !
Par Toréador | mai 16, 2007
Par la grâce du Suffrage
La France est une monarchie Républicaine, on le dit souvent, mais quoi de plus vrai que cette passation de pouvoirs présidentiels ? Au son du canon et au rythme de la revue de troupes, s’accomplit le miracle mystico-démocratique du transfert d’un pouvoir autrefois d’essence divin.
Sous l’Ancien Régime, le corps du Roy ne mourrait jamais. Sitôt le Roy mort, on allait acclamer son successeur au son de « le Roi est mort vive le Roi« . Il n’y avait pas d’idée de rupture, la légitimité venant de la sacralité de la fonction et la continuité étant le signe de la permanence du lien.
Ce principe superstitieux, la République Française l’a reprise sous une forme moderne de continuité du service public et de l’Etat : le président élu « n’existe pas » en concurrence du président « en place ». D’où l’éclipse maltaise de Sarkozy. Il ne peut pas y avoir, comme aux Etats-Unis où la passation de pouvoirs dure 6 3 mois, deux présidents. Les Etats-Unis, pays qui justement n’a pas connu ce passé d’Ancien régime. Ceci explique, cela.
La fonction comme telle est immortelle, puisque sacrale, le roi d’une certaine manière se retrouve dans ses descendants, ou ses successeurs. C’est encore plus vrai avec notre Vème République. A l’ancienne ligne monarchique héréditaire – où il arrivait souvent que le fils assassine le père – s’est substituée une descendance républicaine.
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Un peu d’Histoire
C’est l’histoire de la Dynastie des Gaullo-Mitterrandiens. Charles Ier, fondateur de la lignée, conquérant et dominateur, avait quatre fils : son fils préféré et dauphin désigné (Georges), un puyné charmeur (Jacques), un fils non-reconnu et en rebellion ouverte (François), et enfin un vendôme turbulent (Valery), A sa mort, chacun d’eux accéda ou voulut accéder tour à tour au trône, tentant d’ »assassiner » la figure du Père, mais en se réconciliant avec lui sur le tard, une fois le sang de ce meurtre rituel séché.
Georges Ier le Gros a par exemple trahi Charles le Grand et précipité sa chute (Tu quoque mi filii), imposé un style de présidence nouveau, avant de prononcer paradoxalement une éloge funèbre si émouvante qu’elle le positionna dès lors comme le fils et non l’usurpateur. Le Général de Gaulle était mort, la France était veuve, et le Roi Georges était orphelin.
Valery, le régent aux quartiers de noblesse douteux – sous l’Ancien Régime on l’aurait bien vu dans le rôle du fils naturel de Charles -, après avoir éliminé Jacques, le prétendant, se saisit du trône et voulut imposer un mode de gouvernement proche des gens, à l’opposé de ce que faisait « son Père ». Il est sans doute celui qui a le mieux résisté à l’aspect filial.
Et puis ensuite, la généalogie reprit ses droits. Car le meilleur exemple de cette filiation restera François « le Rusé ». Lui qui s’était tant opposé à Charles de Gaulle, qui avait pesté contre le « coup d’Etat permanent », s’est coulé avec une aisance incroyable dans les habits de son prédécesseur. Et sur la fin de sa vie, le Roi François n’avait finalement que plus de respect pour ce Père qu’il avait autrefois tenté d’assassiner intellectuellement : il n’y a qu’à voir d’ailleurs l’attitude commune sur des sujets comme Vichy ou les institutions, que Mitterrand aura très peu retouchées. On raconte qu’en partant, François Mitterrand eut la délicatesse de remettre le bureau du Général de Gaulle dans l’état où il l’avait trouvé en arrivant. Ultime hommage.
Jacques Chirac lui aussi s’est construit contre son père – François. En lui succédant, il croyait enfin « gagner » et imprimer sa différence. Et pourtant, ce qui frappe in fine, c’est la continuité entre son règne et le précédent. Chirac a été formé à l’école Mitterrandienne et c’est une fois que son « père » est mort qu’il est « rentré » dans la fonction présidentielle. Entre un François accusé de faire la politique de la droite, et un Jacques de faire l’inverse, difficile de démêler le faux du vrai !
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L’exercice solitaire du pouvoir
Désormais, c’est au tour de Nicolas d’accéder à l’Elysée, sans doute avec le sentiment qu’il a tué Chirac. Erreur : Sarkozy ne le sait pas (encore), mais il a toujours été le fils spirituel (et le gendre d’ailleurs dans la vraie-vie) de Jacques Chirac, son meilleur élève. Aujourd’hui, il prône la Rupture, mais demain, je parie qu’en vieillissant, il se souviendra, lui-aussi, avec émotion du seul vieil alligator qu’il convienne de respecter, son maître à penser – Chirac.
L’entrée dans le corps du Roy Républicain crée un sentiment de communauté, d’égalité et de continuité qui dépasse rapidement les clivages. On est seul. Et vos égaux, qui pourraient, seuls, vous comprendre, sont généralement morts. Alors du coup, vous recréez ce lien par la mémoire et la nostalgie, à mesure que votre puissance nouvelle creuse l’écart avec le commun des mortels – ce cercle de courtisans – qui ne comprend pas, qui ne peut pas comprendre votre solitude, ni votre dialogue avec l’Histoire.
Demain, Sarkozy se souviendra avec nostalgie de ses années de conquête et d’opposition, jusqu’à ce qu’un fils le menace et s’oppose à sa puissance.
L’ambition, comme le Roy, ne meurt jamais
Sujets: Paso Doble | 10 Comments »





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mai 16th, 2007 at 14:25
La « passation de pouvoirs » ou la période entre laquelle un président est élu et où il gouverne réellement ne dure même pas trois mois (et non six) : entre le 1er mardi de novembre et le 20 janiver.
mai 16th, 2007 at 14:41
C’est vrai, je rectifie
mai 16th, 2007 at 14:45
Très émouvant;)
Je suis entièrement d’accord sur les similitudes avec le « le roy est mort, vive le roy » de l’ancien régime et ce qu’on a vu ce matin. le regard de Sarkozy sur le portail de l’élysée, tandis que chirac s’en va et que tout le monde pleure.
Quand je faisais du droit (snif), on nous avait bassiné avec toute cette théorie qui était basée sur de réels fondements quasi-philosophiques. Il y avait même toute une exégèse là-dessus!
Quant à votre tentative de créer uen dynastie gaullo-miterrandienne, j’avoue que c’est beau mais que je suis un peu sceptique. Certes, ils s’influencent beaucoup entre eux, et je suis particulièrement d’accord sur les liens de Gaulle-Pompidou et Mitterrand-Chirac (et, quoi qu’en dise Nicolas, entre Sarkozy et Chirac), mais Giscard reste pour moi une éclipse là-dedans. Son « au revoir » pathétique l’a définitivement sorti de la « légende » de la cinquième république!;)
mai 16th, 2007 at 14:49
Cher Chafouin, sur Giscard, c’est exactement ce que je dis : c’est un Vendôme, c’est à dire un .. bâtard royal, qui a été régent.
mai 16th, 2007 at 15:14
Moi je suis plutot satisfait des journées comme ca. la France vit, tout du moins par les symboles.Il faut que cela continue. Ces mutliples cérémonies c’est l’entité France qui acceuille a sa tete l’élu du peuple. Ca a qqch de royal, quoique… en tout cas pas de ségolène !
Enfin une petite pique pour Toré… Sur tes dernières pensées politiques, tu accorde minimum 3 ou 4 lignes par texte à comparer au système américain…
http://careagit.blogspot.com
mai 16th, 2007 at 15:19
C’est revendiqué Seb. D’une part, le modèle américain est prôné par beaucoup (modèle présidentiel). Ensuite, Sarkozy est atlantiste.
J’aime beaucoup les comparaisons avec le système britannique également, mais c’est moins facile car c’est un régime parlementaire.
mai 16th, 2007 at 17:36
C’est un défaut d’être atlantiste à tes yeux ?
mai 16th, 2007 at 22:22
J’ai dit ça ? Incroyables procès d’intention ! Où seraient-ces des procès d’attention ?
mai 16th, 2007 at 23:04
Dans le jeu des entrelacs entre passion et politique à savoir, traîtrise, filiation, opposition et connivence, il y a parfois des paradoxes : la filiation légitime peut se terminer en traîtrise ou désamour et l’opposition, en connivence .
-De Gaulle et Pompidou ,
-De Gaulle et Mitterrand ,
-Chirac et Mitterrand.
-Egalement Jospin (Qui fut un presque président dans la réalité des pouvoirs) avec son droit d’inventaire et Mitterrand (qui ne semblait pas mécontent de la défaite de Jospin face a Chirac en 95)
La cas Chirac Sarko s’inscrit dans la cadre compliqué de filiation-avortée/désamour-non achevée/Opposition presqu’assumée : c’est donc un peu particulier . Toré a raison : ça pourrait donner lieu a une connivence secrète, plus tard.
Le cas de Giscard est particulier :
Il n’ arrive au pouvoir, ni par filiation/traîtrise, ni par opposition. Il est posé là par hasard , par une gâterie précoce du destin qui lui enlève toute gloire de la conquête et le caractère ‘trempé’ qui en découle.
Dommage car il avait les qualités d’un grand fauve . Ses seuls meurtres sont ceux , systématiques, de ses héritiers. Qui se réclame aujourd’hui du giscardisme ? Qui défend son passage au pouvoir ?
Finalement il laisse indifférent les français, ses anciens soutiens, et même ses ennemis (Chirac le traître et Mitterrand l’opposant) : c’est comme un trou (un peu injuste) dans l’histoire.
Son ‘problème’ est dans cette indifférence qu’il suscite .
Car on peut passionnément aimer, être terriblement déçu ou détester de De Gaulle jusqu’à Sarko : il y a de la matière , de l’humain, des gros éclats pathétiques de faiblesse , des grumeaux noirs d’ambition recuite , des copeaux d’illusion et de rêves : un merveilleux roman feuilleton !
Mais qui même a la moindre nostalgie pour le septenat de Giscard ? Mais qui a la moindre tendresse , le moindre faible pour ce cérébral un peu insipide et onctueux de lui même ?
Les Français aiment la tragédie politique ?
mai 17th, 2007 at 13:56
Simple interrogation, aucun procés d’intention