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Banderille n°131 : La Seine n’est pas un long fleuve tranquille
Par Toréador | mai 27, 2007
Rive Droite, rive gauche : et au milieu coule une rivière…
Le titre de ma banderille va paraître très étrange à première vue, mais il s’agit ici de pointer la première (subtile) friction entre le président Sarkozy (rive droite) et le Premier ministre Fillon (rive gauche).
J’avais déjà pointé ici que la Vème République, régime « semi-présidentiel » (Un président élu par le peuple partageant la direction de l’exécutif avec un Premier ministre responsable devant le Parlement, le Président gardant un droit de dissolution) se dirigeait à grands pas, avec l’élection de Nicolas Sarkozy, vers le régime dit présidentiel « à l’américaine ».
Et bien, François F. (F.F. donc) vient de freiner des quatre fers : Le Premier ministre, en déplacement électoral samedi dans la Sarthe, a estimé que « sauf exception« , les ministres devaient être choisis parmi les parlementaires : « En démocratie, on choisit des hommes et des femmes, on les envoie siéger au Parlement pour représenter le peuple, et parmi ceux qui siègent au Parlement, on choisit les ministres« . Selon le chef du gouvernement, « la démocratie, dans tous les pays modernes, c’est comme cela que cela fonctionne« .
Et de conclure: « Je suis très attaché à ce que les membres du gouvernement aient la légitimité non pas seulement de la nomination, mais de l’élection. On ne peut pas avoir la responsabilité de conduire un ministère et ne pas avoir la confiance des habitants de son territoire. »
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Réveil du gaullisme :
F.F de l’Intérieur fait de la Résistance
Première réflexion : c’est faux. Regardons à Washington par exemple : croyez vous que Condolezza Rice, qui dirige l’équivalent du Quai d’Orsay aux Etats-Unis aient une légitimité élective ? Non. Et les autres : Wolfowitz, Powell, Ashcroft, Perle, etc… ? Non plus, évidemment : ce sont ou ce furent des ministres nommés par l’autorité élue, à savoir le président des Etats-Unis. C’est en effet la logique du régime présidentiel où le gouvernement procède du président élu.
Avouez quand même qu’il faut avoir une sacrée dose de culot ou d’ignorance, au choix, pour oser dans ce cas affirmer comme le fait Fifi, que « la démocratie, comme dans tous les pays modernes, c’est comme cela que ça fonctionne« . La plus vieille démocratie au monde serait-elle archaïque dans ce cas ?
Non, bien évidemment. Simplement, Fifi pose subrepticement un principe qui rapprocherait notre régime du voisin britannique, typiquement parlementaire celui-ci : les ministres sont des parlementaires, à commencer par le Premier ministre (suivez mon regard…). Sarkozy-Kennedy vs Fillon-Brown, France made in USA vs made in Royaume-Uni : la trame qui se dessine conclut mes réflexions antérieures.

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Sarthe Tea Party : La Guerre d’indépendance aura-t-elle lieu ?
On le voit, se joue déjà sur les principes une bataille au sommet entre un président castrateur et un Premier ministre qui se cherche un espace.
Le premier, tirant sa force d’une victoire large et légitimante, conçoit les ministres du gouvernement comme ses propres collaborateurs qu’il n’hésitera pas à limoger au gré des nécessités du moment : il est la légitimité. Nicolas Sarkozy est grand, et son secrétaire général, Claude Guéant est son prophète vice-président officieux.
Le second est un Premier ministre qui cherche à se réapproprier un oxygène démocratique dans un quinquennat asphyxiant pour lui en introduisant une seconde légitimité concurrente et complémentaire de celle du président. Bref, il n’a aucune intention de jouer le rôle de secrétaire personnel de M. Guéant.
La bataille pour la possession du gouvernement entre l’Elysée et Matignon, soutenu par le Palais Bourbon a débuté. La Seine va-t-elle se muer en une douve constitutionnelle ?
Tags: Cinquième-République, claude-guéant, constitution, démocratie, droite, François-Fillon, Gordon-Brown, Gouvernement-Fillon, Nicolas-Sarkozy, Présidentialisation, Premier-ministre, réforme-des-institutions, régime-présidentiel, RépubliqueSujets: Banderille, Toréador critique la Droite | 4 Comments »





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mai 27th, 2007 at 17:16
Ho! lala! Comme vous y allez mon ami!
Cet article est un scénario très intéressant, mais incertain. Il m’étonnerait un brin, que le sieur Courage Fillon, ait volontairement engagé le fer avec son sauveur. Lui François oublié dans son sarkophage, qui n’attendait que le moment de devenir Sarkophyle.
Comment imaginer qu’ayant trouvé un bon filon, il sacrifie ainsi le bon Fillon ?
mai 27th, 2007 at 21:13
Gilbert, là où vous avez raison, c’est que je pense que les deux protagonistes n’ont pas réalisé qu’il y avait là une divergence d’approche susceptible ultérieurement de servir de point de rupture. Sinon, jamais Sarkozy n’aurait toléré cette émancipation de Fillon. Mais je suis prêt à prendre les paris, quand dans 2 ans Fillon se fera vider et que Guéant sera nommé à sa place.
mai 28th, 2007 at 11:27
Why not ?
mai 28th, 2007 at 19:52
La légimité du vote est une tradition dans la Vème république pour tout le gouvernement et pas seulement le Président. Fillon ne fait que rappeler une évidence, et conforter de bons sondages pour des élections de toute façon voulues par les ministres eux-mêmes.
Un bouclier contre un débarquement ou un épée contre Guéant ? Mais que vaut la légitimité d’une circonscription contre la France entière ! Plutôt une sécurité pour après.