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Paso Doble n°8 : la Banque Mondiale, hochet de l’Amérique
Par Toréador | mai 31, 2007
A las cinco de la tarde…

La guerre de Troie a eu lieu
J’ai connu, il y a longtemps, Paul Wolfowitz. Je suppose donc que, par rapport à certains journalistes ou blogueurs, j’ai une certaine légitimité à en parler, même si paradoxalement c’est plus difficile de rester neutre. Car, à mille lieux de son image internationale de cow-boy, Wolfowitz n’est pas le bad guy que l’on dépeint souvent. C’est un universitaire quelque peu dogmatique, c’est certain, mais surtout fondamentalement un intellectuel, dont la principale faiblesse est d’être à peu près dépourvu de tout sens pratique.
Entre 1991 et 2001, Wolfie re-jouait Giraudoux ou Caton, déclarant à qui voulait l’entendre qu’il fallait détruire Saddam et que la Guerre aurait lieu, devait avoir lieu, allait avoir lieu.
On a beaucoup reproché à Wolfie son coté vrai néo-con/faucon aveugle, et d’avoir notamment poussé Bush à déclarer la guerre en Irak. Il a évidemment sa part de responsabilité. Mais pour être tout à fait honnête, au moment où il en développait l’idée il y a une dizaine d’années (soit bien avant le 11 septembre) cela n’apparaissait pas comme totalement stupide : beaucoup de monde pensait que les Etats-Unis avaient laissé le travail inachevé en 1990-91. Simplement, le principe « Vae Victis » s’applique, comme toujours : l’important n’est pas de savoir qui avait raison avant, mais qui a remporté la victoire.
En revanche, ce qui a été dévastateur, c’est qu’on a laissé cet intellectuel piloter lui-même la diplomatie américaine depuis le Pentagone : aucun homme politique, aucun général n’est parvenu à tempérer ses théories par des arguments de terrain. Imaginez Alain Minc ministre de l’Economie sans filet…
Wolfowitz n’est donc pas le diable, mais c’est un pur esprit, un type qui n’arrive même pas à maîtriser sa secrétaire. Le genre de bonhomme que vous croisez en jogging sale un samedi dans l’ascenseur et qui a oublié à quel étage se trouvait la salle de réunion.
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Le Branque mondial est à Washington
Bien que la nomination de Wolfie-le-sulfureux à la tête de la Banque mondiale ait entièrement résulté du fait du Prince – la tête de cette institution est toujours de passeport américain, tandis que le directeur du FMI est européen – ce n’était pas en soi une erreur. D’une part, il y avait eu un précédent plutôt positif (Robert Mac Namara, mauvais secrétaire à la Défense des présidents Kennedy et Johnson, mais très actif président de la Banque). D’autre part, Wolfowitz est un esprit curieux, n’a pas la réputation de n’être obsédé que par les questions de sécurité et semblait même avoir une stratégie pour la Banque (recentrage sur ses fonctions premières, lutte contre la corruption).
Mais Wolfowitz, en plus de cette affaire de népotisme, a commis une autre erreur : il s’est comporté comme s’il était en terrain conquis et s’est coupé du personnel de la Banque en amenant dans ses bagages une poignée de collaborateurs particulièrement désagréables.
Dans cette affaire, cependant, il serait naïf de ne voir qu’une banale histoire de corruption. Car, comme le soulignent d’ailleurs les médias et les blogs qui en parlent, cette histoire de rémunération avait été approuvée il y a un an par un CA largement soumis à l’administration américaine (Et pour cause : il faut 85% des voix pour renverser le président de la Banque et les Etats-Unis en pèsent à eux seuls 16% !)
Quel facteur explique donc que brusquement cette histoire ait été réchauffée ? Tout simplement, la tenue des élections de mi-mandat américaines en automne 2006. Faire sortir cette histoire du temps où le Congrès américain était dominé par les Républicains n’aurait servi à rien, tandis que les Démocrates maintenant majoritaires s’en sont saisis pour déstabiliser l’administration Bush : le Congrès possède en effet quelques compétences en ce domaine, notamment via les fameux hearings et la ratification des nominations.
Ce que cette histoire révèle donc, ce n’est donc pas tant la supposée hypocrisie des néo-conservateurs, mais bien les dangers liés à la sur-représentation américaine dans cette organisation internationale. Non seulement la nomination de son chef échappe à la quasi-totalité des pays (du fait de la pondération des voix au sein du CA, seuls l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et le Japon comptent), mais en plus le renvoi du président obéit largement à une guéguerre politicienne interne à un Etat membre.
La Banque Mondiale, organe central de financement du développement des pays du Sud doit-elle rester le hochet de l’Amérique ? Je crois que non.
Tags: Affaires-internationales, Banque-mondiale, développement, WolfowitzSujets: Paso Doble | 12 Comments »





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mai 31st, 2007 at 17:56
Le billet commence bien avec ce « J’ai connu, il y a longtemps, Paul Wolfowitz » qui nous fait dire qu’on partage là un moment de l’Histoire avec un grand H
Vu le client un grand C ou NéoC est plus approprié… Quoi qu’il en soit je vous trouve bien gentil avec Paul Wolfowitz en laissant croire que ce n’est pas le diable ou presque en et le dédouanant presque de l’invasion de l’Irak dont il a été quand même l’un des principaux défenseurs et théoriciens.
En fait si vous connaissiez bien Paul Wolfowitz, il vous aurait très certainement avoué que sa nomination à la banque mondiale en 2005 était plus une voie de garage provisoire en attendant la descente en enfer qu’une promotion pour services rendus.
Par ailleurs, je souscris tout à fait à votre question finale et à la réponse en forme de conclusion que vous en déduisez.
OK, mais d’abord dégageons les (néo)cons des instances internationales !
mai 31st, 2007 at 18:09
Relisez mieux le billet : il est le théoricien mais c’est la faute du politique autant que c’est sa faute. Jamais on n’a vu un pays où un universitaire fait la politique d’un pays. Quand il s’appelle Kissinger, ça donne le rapprochement sino-américain… Quand c’est Wolfowitz…
Wolfowitz devait être nommé en Irak mais son manque d’organisation a plombé sa candidature. Je n’ai jamais dit néanmoins que je le connaissais bien, et 2005 est proche de 2007.
mai 31st, 2007 at 18:43
« Jamais on n’a vu un pays où un universitaire fait la politique d’un pays »
Je ne suis pas d’accord avec vous sur ce point parce qu’il est des ces personnages emblématiques qui à un moment ou un autre de leur vie ont l’oreille attentive des puissants de ce monde et ils en profitent pour faire passer leur vision bien mieux qu’une armée d’énarques ou de politologues.
Les conseils ou les avis de ceux ci sont parfois bien plus caustiques que celles de politiciens structurés et visionnaires mais n’ayant aucune écoute de la part de ceux qui sont aux manettes… Les exemples ne manquent pas même chez nous…
PS: Pour le « si vous connaissiez bien Paul Wolfowitz » je pensais (à tord) que le conditionnel me mettrait à l’abri de réinterprétation de mes propos
mai 31st, 2007 at 19:22
Mais comment se fasse que vous connaissiez si bien le sexagénaire Paul Wolfowitz qui va travailler en jogging sale le samedi ?
Dans quels locaux le croisiez-vous, il y a longtemps dites-vous ?
Avez-vous vécu pendant plusieurs années aux USA ?
mai 31st, 2007 at 20:48
Secret
mai 31st, 2007 at 20:58
Cher Farid, à ma connaissance « si vous connaissiez » n’est pas un conditionnel (connaitrais)! L’universitaire, l’énarque, le conseiller sont là pour proposer : le politique, pour décider.
mai 31st, 2007 at 23:12
Si !
le « si » est introductif d’une condition… Je veux bien qu’on chipote avec le sens des mots et des formules…mais je crois que vous vous trompez de taureau !
http://www.bonjourdefrance.com/n2/cdm2.htm
juin 1st, 2007 at 0:21
Si + imparfait , conditionnel présent
Si je gagnais au loto, je ferais le tour du monde.
Donc « si vous connaissiez » n’est pas un conditionnel mais un imparfait (cf. votre lien sur « si »)
Il aurait fallu écrire :
« PAR le “si vous connaissiez bien Paul Wolfowitz” je pensais (à tort) que le conditionnel qui suivrait me mettrait à l’abri de réinterprétation de mes propos »
juin 1st, 2007 at 8:58
Si c’est un blog de grammaire, alors attendez une seconde, je vais chercher Mme Sorbier…
Mimi bonjour… Ah ! la curiosité féminine !!!
Je suis jaloux, quand je dis que j’ai travaillé directement sous les ordres de JL Lagardère, vous ne me demandez rien, alors que moi, je n’ai pas de secrets !
Ah, lalalala !
Pour Wolfowitz, c’est la démonstration du fait que l’université n’est guère qu’un exhausteur de qualités comme de défauts…. et quand on est naturellement (néo)con….
juin 1st, 2007 at 9:58
Moi j’ai travaillé il y a longtemps avec … personne
Mais cet article vient de me confirmer cette impression que Toréador est proche des USA, voyages, études ou simple passion, je pense avir trouvé là un premier indice.
juin 1st, 2007 at 14:03
Très intéressant …
Mais il n’y aurait pas une erreur dans le poids des US au conseil d’administration ? 16 % ça ne semble pas être une « sur représentation » …
juin 1st, 2007 at 15:22
Sur 191 pays, un seul qui pèse 16%, ça équivaut à 30,5 pays ! Sachant que les 10 plus gros pèsent 75% des suffrages…