« Banderille n°146 : Le PS dans son plus simple appareil… | Home | Banderille n°148 : Ô Champs Elysées ! »
Banderille n°147 : Petite chronique dans le monde de la Concurrence libre et non faussée
Par Toréador | juillet 14, 2007
Tout commence par une anecdote personnelle. Ou plutôt deux anecdotes, car il se trouve que j’ai commandé par l’internet deux produits. L’un d’Allemagne, plutôt gros, et l’autre – un livre – par Amazon. Ne voyant rien arriver d’Allemagne, j’ai téléphoné hier à mon expéditeur qui m’a informé que le service de livraison n’avait pas le code de mon immeuble (qu’on ne m’avait pas demandé); qu’il n’avait pas mon téléphone; que par conséquent mon paquet était bloqué au dépôt. Après quelques tentatives, je finis par avoir le standard de cette entreprise de fret – GSL pour ne pas la nommer - qui m’explique qu’elle ne peut pas me livrer aujourd’hui, mais seulement Lundi de 8.00 à 18.00…
Rappelons que sur la plupart des immeubles, il y a un petit bouton en dessous du code, qui permet par exemple au facteur d’entrer dans la cage d’escaliers. Soit cette compagnie (allemande) emploie des benêts, soit, ses chauffeurs sont particulièrement de mauvaise foi…
M’armant de patience (je le voulais vraiment, ce paquet), je m’enquis du lieu du dépôt. On me donna un nom de bourgade de banlieue que je ne savais même pas situer sur une carte, à une demi-heure de trajet. Je demandais à pouvoir téléphoner avant, mais la dame du téléphone vert me répondit le plus sérieusement du monde… que l’entrepôt n’était pas joignable par le téléphone (Ils communiquent par tam-tam ou pigeons voyageurs) …
Vendredi Après-midi. Il fait beau et chaud, ou l’inverse comme disent les contrepèteurs belges. Je fis donc un joli voyage, découvrant au final avec ravissement une zone industrielle moderne, avec ses hangars en aluminium et ses rond-points bétonnés. Il me fallu sonner quatre fois pour qu’on m’ouvre et que je pénétre dans le Saint des Saints où l’on parlait pas mal de langues, sauf visiblement mon idiome. Pas de chance : le plan d’accès de mon immeuble devait être rédigé en Français.
Je parvins à dénicher la perle rare, une dame de quarante ans qui me prêta attention. Elle comprit à peu près de quoi il en retournait. Mais c’est là qu’elle commença à m’envoyer bouler. D’abord, mon numéro de colis – donné par l’infocentre – n’était pas le bon. Ensuite, les types de l’infocentre, « c’étaient tous des cons » et « oui, à l’entrepôt, ils avaient le téléphone ». Puis, alors qu’elle cherchait dans les étalages et qu’elle regardait une enveloppe de la taille d’un slip, je lui indiquais gentiment que mon paquet pesait 4,5kg et devait être volumineux. Elle me répondit que si je voulais venir chercher à sa place, je le pouvais. Lui répondant qu’il s’agissait de l’aider, elle jappa que mon numéro finissait par 212, et donc qu’elle regarderait tous les numéros finissant par 212 (jusqu’à ce que mort s’ensuive). Elle renouvela son offre que je fasse son travail à sa place. Après quelques minutes d’errements, elle m’apporta finalement un énorme paquet, en lâchant « Si vous nous aviez dès le début qu’il y avait un oiseau dessus, on aurait gagné du temps« .
J’ai explosé.
Je suis patient. Diplomate. Mais, il ne faut pas m’énerver. Oui, je suis patient, mais presque. Avec une température de 30° et la perspective de me taper un voyage retour avec un énorme carton pesant 5kg, mon sang n’a fait qu’un tour.Il y avait 7 agents dans cet entrepôt et ils savent maintenant qu’il y a des gens qui n’ont pas peur de hurler, de beugler, de pourrir, d’exploser en flammes. Ca a duré trois bonnes minutes où je lui ai expliqué – en gros – comment je m’appelais, pourquoi je n’étais pas responsable de leur mauvaise organisation, à quel point l’accueil du public était déplorable pour quelqu’un qui fout en l’air son vendredi après-midi, etc, etc…Je crois qu’ils ont compris… En tous les cas, personne n’a pris la défense de la collègue.
Je n’ai pas eu le temps de lui faire une petite analyse personnelle de la libéralisation des services postaux. Je l’ai regretté.
Quant au livre amazon ? Et bien, il était trop volumineux, alors le facteur m’a laissé un joli bordereau jaune. Je pourrais aller le chercher lundi, à cinq minutes de chez moi.
Décidément, la libéralisation du marché postal, c’est vraiment un plus pour l’usager…
Tags: EconomieSujets: Banderille | 5 Comments »





Abonnez-vous à ce blog



juillet 14th, 2007 at 14:08
@ Toreador,
que dire sinon que j’ai eu la même aventure que toi avec DHL (pourtant un opérateur réputé « de qualité »). J’ai même eu droit à une réaction similaire de l’employé qui m’a accueilli au dépôt perdu dans le fin fond d’une zone industrielle qui a tout de même réussi à me sortir quand je lui parlais de la piètre qualité de service : « on n’est pas à la Poste ici! »…
Bien sûr, on a tous aussi des anecdotes croustillantes avec la Poste mais globalement on a une qualité de service qu’ils n’ont-n’avaient pas dans les autres pays. Le paradoxe de la libéralisation de certains services publics européens, c’est que dans certains pays (Angleterre, pays scandinaves notamment…), le service public postal ne fonctionnant pas très bien, ils ont décidé que la seule solution était de libéraliser. De fait, en Suède notamment, cela a amélioré la qualité de service. De fait aussi, dans tous les pays où la libéralisation est achevée, les monopoles ont été très peu remis en cause, sauf que maintenant il s’agit d’une rente privée et non plus publique. En France en revanche, au final, cela n’a amené qu’une dégradation de la qualité de service… Formidable la libéralisation !
Donc puisque la Commission européenne est plus que jamais habitée par son libéralisme dogmatique (malgré les agitations de Sarkozy) et malgré l’échec patent des premières étapes de la libéralisation, on continue droit dans le mur. Même les Etats-Unis n’y avaient jamais pensé (l’US Postal est totalement publique et dispose d’un monopole total hors colis), l’UE va le faire !
Le plus incohérent dans cette démarche, c’est que la mise en concurrence totale va créer des coûts pour la collectivité qui n’existaient pas avant. Je te renvois à une excellente analyse de Paul Fabra parue dans les Echos !: http://elections.lesechos.fr/elections-presidentielles-2007/theme/services-publics/300133764.htm
Comme tu l’auras remarqué, c’est un sujet qui me tient à coeur. Le PS y travaille, j’espère que nous pourrons très rapidement publier l’état de nos réflexions à ce sujet !
juillet 14th, 2007 at 15:43
Et dire qu’ils ont rencontré Toréador sans même savoir qu’elle parlait au successeur de Versac dans les pontes de la blogsphere…
On apprend une info, tu vis dans un immeuble. Il faut un commencement à tout.
Quand à la Poste, chère poste pour laquelle je travaille les été depuis 3 ans (sauf cette année)… Mon dieu, je ne prefere meme pas en parler tellement cette entreprises est scandaleuse.
juillet 14th, 2007 at 15:51
Pour te mettre du baume au coeur, aux USA, ce qu’ils font (en tout cas là où j’habite), est qu’ils sonnent (quand ils y pensent) et si tu n’es pas là, ils laissent ton colis à la porte d’entrée…. qu’il fasse beau, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, ton paquet est à ta porte.
Et, si par malheur, tu as oublié de faire arrêter le courrier, les paquets peuvent s’amonceler pendant trois semaines (expérience vécue) sur ton paillasson.
Les vols de courrier ne sont pas leur problème, ils ont livré le paquet….
juillet 14th, 2007 at 18:02
Il faudrait, peut-être, envoyer tous ces prestataires (privés maintenant) de la Poste à ‘l’école de facteurs’ !
http://www.dailymotion.com/relevance/search/jacques%20tati/video/x1iv7f_jacques-tati
juillet 17th, 2007 at 8:25
Dans la lignée « Je n’ai rien à dire, mais je tiens à le faire savoir »:
Oui Toréador, tu as bien fait de gueuler !