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Paso Doble n°30 : Guaino, BHL et le fardeau de l’Homme Blanc
Par Toréador | octobre 10, 2007

A las cinco de la tarde…
La Kiwisphère a décidé de s’emparer de la récente altercation entre Guaino et BHL, le second ayant traité le premier de raciste au vu de son fameux discours de Dakar. La réponse n’a pas tardé, aussi verte que la volée de bois déclenchée par le philosophe : BHL serait « un petit con prétentieux » (sic).
Le Pari Dakar
Pour que chacun se souvienne du fond de l’affaire, le discours de Dakar avait fait parler de lui, car il était pour le moins maladroit. Très (trop) littéraire, c’est pourtant un texte bien écrit où Sarkozy commence par rappeler les méfaits du colonisateur, mais également ses bienfaits. Se voulant équilibré, il a pour message premier de ne pas s’axer sur la fameuse repentance, que Sarkozy récuse. Il est une invitation faite aux jeunes africains d’ »assumer » leur part européenne, c’est à dire cet héritage colonial qui fait partie de leur passé.
Là où le discours bascule, c’est quand cette introduction achevée, il ose afficher une thèse : » Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. (…) Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique (…) Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. »
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Afrique Noire, Trou Noir ?
J’ai connu, il y a longtemps, Henri Guaino. Je suppose donc que, par rapport à certains journalistes ou blogueurs, j’ai une certaine légitimité à en parler, même si paradoxalement c’est plus difficile de rester neutre.
Donc, si vous voulez mon avis, BHL a tort : Guaino n’est pas raciste. D’ailleurs, il n’y a qu’à relire le texte du discours pour s’apercevoir que le pseudo-philosophe triche lorsqu’il affirme qu’on y nie la colonisation. En plus, la situation ne manque pas de piquant lorsqu’on relit la critique écrite en 1981 dans l’Express par Raymond Aron à propos de son opus « L’Idéologie Française » : « Bernard-Henri Lévy viole toutes les règles de l’interprétation honnête et de la méthode historique (…) Juif comme moi, il exclut de la France et rejette dans la France noire d’innombrables écrivains ou penseurs de notre commune patrie. Intérêt public ou danger public ? ». On le voit, BHL qui donne des leçons d’histoire Africaine et de nuance à Guaino n’est pas forcément le mieux placé pour le faire…
J’ajoute que, toujours selon moi, Pierre Catalan a tort : Guaino est loin d’être con. Simplement, c’est une âme indépendante, libre et surtout, autant que je me rappelle, franc du collier. Sa thèse, aussi provocante qu’elle puisse paraître, est théoriquement parfaitement exacte : l’Afrique a une histoire, mais pas d’Histoire. Sa tradition orale et son mode d’organisation très archaique (moi aussi je suis direct) avant l’arrivée du colonisateur ne prédisposait pas ce continent à être « conquérant » face à d’autres civilisations plus unitaires et plus structurées.
Dans le relativisme civilisationnel qui est le nôtre, où l’on n’hésite plus à mettre le tag au même niveau que la Joconde, et expliquer que l’art tainos vaut bien la chapelle Sixtine, ce type de différenciation culturelle est éminemment choquante. Derrière la hiérarchie civilisationnelle, l’homme éclairé voit poindre le racisme et le néo-colonialisme.
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Kant a les mains pures, mais Kant n’a pas de mains
Ici s’arrête ma défense du discours de Dakar. Ce qui est pour moi la faute de Sarkozy, ce n’est pas de l’avoir pensé, mais de l’avoir prononcé. Primo, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Deuxio, le paternalisme à l’égard de la jeunesse d’Afrique qui ressort de ce texte paraît étrangément désuet.
On semble y déceler une main rassurante qui tapote gentiment sur l’épaule du pov’petit noir, lui cite deux-trois phrases de négritude pour lui faire plaisir, et puis lui vend sa camelote (notamment l’Union méditerranéenne) au prétexte de le faire rêver avec un Destin Fantasmé. Etrangément décalé quand on réfléchit que les enfants meurent de faim, que l’analphabétisme fait des ravages, et que l’Europe se fait tailler des croupières par la Chine sur le continent noir pour les contrats d’exploitation des ressources naturelles. Il faut arrêter de se payer de mots.
Il n’y a qu’à relire la conclusion romanesque du discours qui frôle l’outrage par souci de bien faire tout en ignorant les besoins de l’homme Africain pour tout comprendre : « Alors, mes chers Amis, alors seulement, l’enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu’il peut lever la tête et regarder avec confiance l’avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les deux parts de lui-même. Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l’humanité« . C’est beau comme l’antique, mais le problème de Guaino, c’est qu’il en est resté un peu à l’Europe de Grand papa.
P.S : Et puis, dernier point, il y a la réponse de Guaino à l’oukaze de BHL. Con et prétentieux. Et on se dit que Guaino est plus noble lorsqu’il écrit que lorsqu’il parle…
Tags: Affaires-internationales, Chine, France, Kiwis, Nicolas-SarkozySujets: Paso Doble | 11 Comments »





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octobre 10th, 2007 at 18:31
au delà des digressions très inutiles sur l’homme africain et l’histoire de l’afrique, il y a qd meme un petit probleme, c’est que la seule rupture de sarko en la matière est de décomplexer la politique de chirac.
Il dit aux sénégalais « démerdez-vous », ce qui pourrait presque passer pour une certaine exigence, mais juste après il va voir khadafi et bongo en étant soudain beaucoup moins exigeant, voire en contribuant à les renforcer. Or, il faudrait juste se rappeler que les étudiants africains qui « doivent se démerder », il y en a aussi en lybie et au congo, et ils ne sont pas aidés.
sarkozy prend tout le monde pour des cons, et comme il se trouve que les étudiants africains ne le sont pas, ça ne passe pas.
octobre 10th, 2007 at 18:34
C’est sûr que ce ne sont pas les droits de l’homme qui préocuppent bcp Sarko…
octobre 10th, 2007 at 20:01
Merci de cette mise au point concernant Henri Guaino.
octobre 10th, 2007 at 21:53
en substance selon toi le propos est bon mais le discours est extrêmement mal écrit.
Je crois que c’est pire pour Guaino que de le traiter de raciste, ça :p
octobre 11th, 2007 at 4:48
BHL fait la promo de son dernier livre et de celui à venir pour SR.
BHL aurait peut-être aussi être conseiller du Prince.
Guaino cherche à exister encore 5 ans.
La France profonde s’en fout.
BHL oserait t-il se retourner sur sa fortune construite sur l’exploitation du bois africain ?
octobre 11th, 2007 at 12:18
Guaino n’est pas raciste, par contre BHL est vraiment un gros con.
Dans la série je ne sers a rien mais je dois vendre des livres alors je fais parler de moi…
octobre 11th, 2007 at 18:38
Monsieur Toréador, votre article me met du baume au coeur. Dans la période troublée que je vis actuellement, cela me fait un grand plaisir de vous voir enfin prendre ma défense et celle de mon fidèle Henri.
Votre Bling Bling Président
octobre 11th, 2007 at 21:56
Guaino raciste (et même antisémite, soyons fous! cf interview de BHL mardi sur France Inter), c’est vraiment n’importe quoi.
On a tous intérêt à ce que ce soit lui qui ait l’oreille de Sarko plutôt que d’autres, alors BHL, stp, shut up!
octobre 20th, 2007 at 12:57
[...] différent, c’est ici celui de Chafouin (et pour mon point de vue sur Guaino, c’est ici) désobéissance civique Education Nicolas Sarkozy « Olé n°91 : Sark’com et sa [...]
novembre 10th, 2007 at 17:02
[...] par M. Sarkozy:“il était essentiel que le président français, Nicolas Sarkozy, sache que le discours de Dakar a causé une blessure profonde”. “Dire devant des intellectuels africains qu’ils [...]
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