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    Désir de rupture n°12 : Médecins et aménagement du territoire

    Par Toréador | octobre 22, 2007

    Entendez-vous, dans nos campagnes, mugir ces féroces internes ?

    On parle beaucoup de la grève « de gauche », je veux parler de celle que livrent les traminots et cheminots pour la défense de leurs avantages acquis. Mais il y a un autre conflit social tout aussi dur et beaucoup moins médiatisé qui est en train de pourrir sur place : celui des internes en médecine – une profession pourtant généralement acquise à la Droite – qui défendent leur liberté d’installation.

    Sont en cause plusieurs articles du projet de loi de finances sur la Sécurité Sociale, introduits notamment après le dernier rapport de la Cour des comptes sur la « Sécu » qui mettait en avant la nécessité de contraindre la liberté d’installation des médecins pour faire face à la désertification rurale. Ces articles prévoient de lier le conventionnement des médecins, et donc l’application de tarifs remboursables par la « Sécu », à leur zone d’installation.

    *************

    Les médecins dans nos campagnes ont entonné l’hymne des vieux…

    Il s’agit d’un sujet très sensible car les deux partis ont selon moi d’excellents arguments. Il est clair que le gouvernement a raison de vouloir orienter l’offre de soins en la conditionnant via les mécanismes de conventionnement. Les médecins ruraux vieillissent, et les jeunes médecins ne veulent pas « s’enterrer » en France profonde, d’autant que ceci suppose de longs trajets pour aller voir les patients à domicile lorsqu’ils sont de garde.

    A l’inverse, la liberté d’installation est un principe cardinal de la médecine libérale : les médecins ne sont pas des fonctionnaires, ils font de longues études et je connais peu de gens qui accepteraient que l’Etat leur dictât l’endroit où ils devraient résider. Qu’on ne s’étonne donc pas s’ils résistent !
    Il faut ajouter un phénomène psychologique, que j’ai pu observer en côtoyant certains carabins : les études de médecine sont particulièrement longues, parsemées d’épreuves très difficiles, et encadrées par des règles strictes. La période d’internat est particulièrement fatiguante, avec des semaines très lourdes, pour un revenu somme toute assez médiocre. Je ne suis pas loin de penser que le jeune médecin qui est passé par ce cursus n’aspire ensuite plus qu’à une chose : qu’on le laisse ENFIN maître de sa liberté. En un mot, le carabin sort quasiment anarchiste…

    *****************

    Le centaure médical

    Ce qui est au coeur de ce bras de fer, c’est finalement autant la nature ambigüe de la profession médicale (mi-homme/mi-bête : mi-libérale, mi-service public, alors qu’en angleterre, elle est totalement publique) que la question plus vaste de la politique d’aménagement du territoire. Je trouve au passage assez contradictoire que l’Etat veuille contraindre des médecins à pratiquer dans tel ou tel canton, alors que lui-même ferme un à un les services publics dans les zones les plus reculées.

    Selon moi, c’est toute la filière d’enseignement qu’il faut revoir. Plutôt que de prendre par surprise des gens qui se sont engagés dans une carrière, et qui apprennent en cours de route qu’on veut modifier les règles du jeu , il vaudrait mieux que ces dernières soient fixées d’avance. Un compromis pourrait être peut-être de départementaliser les numerus clausus des Universités de médecine, avec une obligation de présence de 10 ans dans le département-siège. Ainsi, pour un étudiant, s’inscrire à l’Université de médecine de Paris offrirait la possibilité de pratiquer son art dans la capitale… mais serait bien plus difficile que s’inscrire en Corrèze ou en Seine-Saint Denis. Au futur médecin de faire un choix : probabilité de réussir le concours versus obligation de pratiquer dans un même département pendant 10 ans.

    On m’objectera que ce système aurait le désavantage de rendre l’offre médicale disparate, les départements les moins « sexys » héritant de médecins moins « bons ». Je répondrai à cela que la perfection -hélas- n’est pas de ce monde; qu’il vaut mieux un médecin un peu moins bon que pas de médecin du tout; et que pour finir il n’y a guère d’alternative qui ne soit pas radicale (faire des médecins des fonctionnaires comme le NHS britannique, ou bien abandonner nos campagnes…)

    Alors OUI, NON ou BOF : donnez votre avis !

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    Sujets: Désirs de Rupture | 12 Comments »

    12 réponses “Désir de rupture n°12 : Médecins et aménagement du territoire”

    1. parker allias clach Says:
      octobre 22nd, 2007 at 16:46

      Bonjour, je découvre votre blog

      incohérence, oui dans cet amenagement du territoire où des classes sont supprimees, où les facteurs font coursiers pour les medicaments, où la Poste se retrouve dans l’epicerie, celà pour certaines zones reculées
      et où tout à coup le ministere décide d’y consolider la medecine libérale…d’autorité
      Mais l’offre de soins n’est pas qu’un généraliste installe dans la rue principale
      Il est bizarre que personne ne se plaigne dans ces contrees de devoir faire des kilometres pour une radio
      ou une analyse biologique
      est ce que sur tout le territoire chaque habitant beneficie des soins d’urgence de maniere egale?
      un generaliste en avant poste est bien sur indispensable mais est ce qu’il manque seulement le generaliste?

    2. fao Says:
      octobre 22nd, 2007 at 16:54

      J’ai aussi fait pas mal d’études et déménagé souvent pour travailler sans gagner des fortunes, y compris à l’étranger, dans le privé puisque c’est là que se trouvent mes employeurs potentiels.

      Dans mon cas qui correspond à beaucoup d’autres, personne ne fait grève…

    3. Lou ravi Says:
      octobre 22nd, 2007 at 18:34

      Bonjour,

      Tu aurais changé d’idée ? Je me souviens t’avoir soumis cela il y a un an et tu m’avais répondu que les « mauvais » se retrouveraient dans la même région et que, toi, tu n’irais jamais t’enterrer dans la Creuse.

      C’était le mode de recrutement des instituteurs (études gratuites en internat et engagement décennal) et les Creusois n’étaient peut-être pas toujours plus mauvais que les Parisiens.

      @parker « Il est bizarre que personne ne se plaigne dans ces contrees… »
      Eh bien si, les gens se plaignent dans ces contrées reculées, mais pour les chaines nationales, c’est beaucoup moins « sexy » (comme dirait Toréador) qu’une journée de vélo obligatoire pour quelques Parisiens.

    4. Toréador Says:
      octobre 22nd, 2007 at 19:37

      C’est vrai Lou Ravi ! Il faudrait retrouver néanmoins tout l’argumentaire pour voir si je prêche l’inverse et son contraire.

      Bienvenue Clach

    5. gabillou Says:
      octobre 22nd, 2007 at 20:19

      « ….il vaut mieux un médecin un peu moins bon que pas de médecin du tout »

      C’est bien un raisonnement françhouillard : un premier de concours resterait le meilleur toute sa vie?
      Je suis sûr, que le bon diagnostic de mon toubib n’est pas lié au niveau du recrutement, mais plus à la bonne utilisation de ce qu’on lui a enseigné.

      Le bon ou mauvais exemple est les grandes écoles francaises, elles forment les élites, mais est ce la condition suffisante quand il faut faire le bon choix : celui qui engage le futur de ceux qui en dépendent?

    6. Toréador Says:
      octobre 22nd, 2007 at 21:12

      Gabillou, votre argument m’a tout à fait traversé l’esprit au moment où je l’écrivais. Maintenant, on peut supposer aussi que quelqu’un qui préfère aller passer ses exams là où c’est plus facile est moins enclin à travailler !
      L’argument inverse, qui consisterait à valoriser uniquement la pratique sur « l’intellect », c’est du populisme…

    7. parker allias clach Says:
      octobre 22nd, 2007 at 23:40

      merci de ton accueil Toréador
      Lou Ravi,oui de l’inégalité à « l’acces » aux soins au sens propre
      celà me fait penser au reseau ferroviaire!
      il faut avoir emprunté le Lyon /Nantes pour comprendre qu’il y a deux vitesses dans plusieurs domaines en France
      « Mais que la campagne est belle…. » chante Ferrat

    8. mimi Says:
      octobre 23rd, 2007 at 12:02

      yessssss
      je sais maintenant qui vous êtes, Toreador !

      http://www.dailymotion.com/video/x2eluc_amv-v-comme-vendetta-music-haggard_creation

    9. toto Says:
      octobre 23rd, 2007 at 13:06

      @ toréador

      > »Plutôt que de prendre par surprise des gens qui se sont engagés dans une carrière, et qui apprennent en cours de route qu’on veut modifier les règles du jeu  »

      Bah oui comme pour les régimes spéciaux !

    10. Toréador Says:
      octobre 23rd, 2007 at 13:24

      @ Mimi : j’ai adoré ce film…

      @ Toto : Oui, sauf que pour les internes, ça donne 10 ans de préavis…et pour les régimes spéciaux, 37 ans et demi !

    11. Candide Says:
      octobre 23rd, 2007 at 21:10

      Une opinion tranchée qui ne ralliera pas tous les suffrages !

      « les enfants gatés de la république »

      http://www.librecours.biz/article-13059072.html

    12. Oppossum Says:
      octobre 23rd, 2007 at 21:48

      @ Toto

      Vraiment la tarte à la crème cette histoire de règle du jeu qu’un vilain méchant modifierait en cours de route, un truc de petit bras, une crispation sur l’illusion que le monde est immobile en 40 ans et que la Société, c’est à dire les Autres, doit, contre vents et marées financer tous les petits zacquisociaux de Pierre, Paul , Jacques et Amar !

      Qui d’ailleurs eux mêmes, doivent financer ceux de Martine, Louise , Zoé et Yasmine ! :

      Remboursez !, financez! , abondez ! : vous, les autres, l’état , quelqu’un . C’est merveilleux les jeux à somme toujours nulle !

      (Bon d’accord y’a les riches : j’expliquerai dans un prochain post pourquoi ils s’en sortent toujours et pourquoi on peut difficilement compter sur eux ! )

      L’élément fondamental du secteur public et des régimes spécieux c’est la sécurité de l’emploi : il est respecté.

      Après ça, chaque jour, une déviation ruine un commerce, un panneau indicateur mal placé tue quelqu’un, un tracé de bretelle rend ma maison invendable .

      Mais , nom de Dieu, on me l’avait promis, cette sécurité perpétuelle, cette protection définitive , on me l’avait promis , ce monde meilleur, DANS LA REGLE DU JEU de départ !

      Et la pénibilité, vous y avez pensé ? -personne n’y a déjà pensé !- cette extraordinaire pénibilité aux frontières de l’inhumain, cette pression exceptionnelle sur les agents des régimes spéciaux , nouveau lupen-prolétariat d’ou émergera à coup sûr, un mouvement révolutionnaire à côté duquel la révolution russe est de la guimauve de pucelle à déniaiser !

      Pour finir, entièrement d’accord avec Toréador. Il faut trouver une incitation intelligente pour une carte médicale équilibrée et au service tout notre territoire .

      10 ans ? Le temps de goûter aux charmes de la province reculée , et d’y trouver quelque galante qui l’y fixera !

      Régions défavorisées ? Séduisez un jeune médecin !