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Estocade n°14 : Balladur: Mythe et Termite politiques
Par Toréador | octobre 23, 2007
Le péril mou
(Balladur, fils aîné du Gaullisme, qu’as-tu fait de ton baptême ?)
Les cinéphiles verront dans le titre un clin d’oeil au film quasiment éponyme. Les grenouilles de bénitier auront quant à eux reconnu dans le sous-titre un détournement de la célèbre injonction de Jean-Paul II en 1981. C’est tout à fait de circonstance, tant sous ses airs de premier communiant, Doudou est un dangereux hérétique de la IVème République, le fils spirituel d’Edgar Faure et du brave Dr Queuille. Le péril mou Orléaniste revient, de sa démarche chaloupée, avec les conclusions de son comité théodule sur la réforme des institutions. Un termite, ça a l’air inoffensif comme ça, mais laissez-lui du temps et il viendra à bout du meilleur bois…
Car, mesdames, messieurs, on l’ignore très souvent, mais Balladur est sans doute l’un des meilleurs fossoyeurs des institutions, le pouvoir derrière le Trône, le virus actif responsable de l’affadissement du régime. Médiocre au niveau du putsh politique, il aura au moins réussi à saper petit à petit les fondements du régime semi-présidentiel.
Histoire du mythe de la réforme institutionnelle…
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La Galerie des Horreurs institutionnelles
Retour sur image : 1986. Grand partisan du régime présidentiel, Edouard Balladur se fit l’avocat de la cohabitation et convainquit Jacques Chirac de devenir le Premier ministre de François Mitterrand.
Chirac, en faisant le choix du pouvoir immédiat plutôt que des principes, hérita d’un cadeau empoisonné, déglingua le sommet de l’Etat, et donna naissance à un bébé-Léviathan , une hydre monstrueuse à deux têtes : l’exécutif cohabitationniste. La morale rattrapa cependant en toute justice cet intrépide impétrant et il fut sanctionné en 1988 pour ce forfait, preuve que parfois le court-terme ne paye pas toujours.
En 1993, croyant avoir compris que la tantale frankeinsteinoïde imaginée par son ami Doudou était cannibale, Chirac envoya dans sa cage son meilleur ami de Trente ans. Alas ! Celui sut si bien la domestiquer, qu’il tenta d’en faire un cheval de bataille pour la conquête de l’Elysée en 1995. Il échoua de peu, ses talents de communiquant étant quelque peu en retrait de ses justes prétentions intellectuelles.
La classe politique de la Vème République, avec la cohabitation, venait de rentrer dans un piège abscons : plutôt que de reconnaître son erreur, ce qui eut coûté momentanément cher, elle préféra tenter d’avancer à tâtons, quitte à accroître encore le coût de la connerie monumentale dans laquelle elle s’étaient engagée. C’est ainsi qu’en 1997, on nous fit bénéficier d’une cohabitation de cinq ans. Cette fois-ci, le monstre avait dévoré la quasi-intégralité du mandat de Chirac, et dans ses déjections de 2002, on retrouva la gauche et la droite, solidairement sanctionnée pour avoir gouverné ensemble.
Autre idée génialissime sortie de l’apprenti-sorcier Balladur en ce temps-là : le raccourcissement du mandat de cinq ans, afin de corriger – affirmait-il à l’époque – le déséquilibre créé par l’apparition de la cohabitation. Etonnante trouvaille que cette amputation qui va dans le sens d’une accélération du rythme politique, contre lequel nous, les citoyens, devrions au contraire lutter pour permettre l’émergence d’une vision stratégique de long-terme*. Moralité : la première tantale cohabitationniste engendra une nouvelle horreur : un premier-ministre avorton (et un président préocuppé par sa réélection).
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Du pompier pyromane au Mickey monstrueux
Nous n’étions pas cependant tout au fond du trou. Car vers qui croyez-vous que Nicolas Sarkozy, récemment élu, se tourna pour venir au chevet des institutions** ? Je vous le donne en mille. Le bon docteur Edouard.
Balladur, c’est finalement un peu notre FMI institutionnel : il préconise des thérapies de choc pour tirer le pays d’une mouise qu’il a lui-même contribué à créer. Le bon pompier pyromane s’est fendu d’une belle commission du type Attali light qui a accouché d’une souris… monstrueuse.
Notre galerie des Horreurs continue donc avec le nouveau mickey institutionnel : d’abord modifier l’article 20 pour faire du président le vrai chef du gouvernement. Voilà qui promet du sport en cas de cohabitation. J’imagine déjà Sarkozy nommant Royal Premier ministre et lui disant « Je décide, elle exécute »…
Ensuite, supprimer le système des parrainages pour instaurer un collège des grands électeurs chargés de « filtrer » les candidatures. Vous vous rappelez pourquoi de Gaulle a instauré l’élection présidentielle au suffrage universel direct ? Justement pour éviter qu’une clique de notables frileux de province genre « chaise à porteurs », d’apparatchiks de parti et de nobliaux du marron et de la chataîgne ne puisse décider en lieu et place du peuple Français.
Voilà pourquoi le bon Docteur Balladur, avec son air débonnaire, est le détricoteur de la Vème République, l’homme qui, tel le termite, ronge patiemment les fondations pour pouvoir ensuite vendre son projet : le régime présidentiel. Or, quelle est la particularité de ce type de régime ? Ce que nous appelons la « cohabitation » y est extrêmement fréquente et je dirais même génétiquement indissociable de cette séparation absolue des pouvoirs.
Cherchez l’erreur…
*PS: Je ne réexplique pas à Sauce les principes de la démocratie représentative, puisque d’autres blogueurs (comme Jean-Jacques Rousseau sur http://www.contrat-social.fr) l’ont bien mieux expliqué que moi depuis deux siècles. Sauce est persuadé que le meilleur des régimes c’est au contraire lorsque le citoyen passe son temps à donner son avis, voire à s’opposer au type qui est censé être élu pour décider à sa place… Je renvoie donc ceux qui partagent cette opinion de nouvelle-cuisine (institutionnelle) ici et les renvoie au site de l’ambassade de Suisse pour une demande de visa.
** En réalité, plus prosaïquement, lui pondre un projet institutionnel « sur mesure« . C’est ainsi que nous avons hérité d’un projet de réforme constitutionnelle… taille « small« .
Tags: cohabitation, Edouard-Balladur, gaullisme, Nicolas-Sarkozy, polémique, réforme-des-institutions, régime-présidentielSujets: Estocade | 13 Comments »





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octobre 23rd, 2007 at 23:15
Tiens c’est curieux, avant que nous n’engagions cette polémique, j’avais invité mes visiteurs, via ma colonne de gauche, à aller voir ici:
http://www.c6r.org/imprimersans.php3?id_article=898
sinon je suis emmerdé, je continue ici ou sur sauce?
octobre 23rd, 2007 at 23:23
Fais comme tu le sens.
octobre 23rd, 2007 at 23:50
Bon, dans l’intervalle j’ai répondu à ton commentaire chez moi (NB: sous le billet http://sauce.over-blog.org/article-13266576-6.html#anchorComment)
cette histoire d’omnipotence me rappelle un exemple qui vous le verrez n’est pas choisi dans un esprit partisan: rappellez vous le débat sarko-royal, vous vous souviendrez peut-etre que ségo croyait pouvoir s’ingérer dans des compétences qui n’étaient pas les siennes (je ne sais plus exactement mais on me rafraichira probablement la mémoire), c’était alors sarko, paradoxalement, qui avait signalé que le PR ne pouvait pas tout
octobre 24th, 2007 at 0:01
Il s’agissait de la Sécurité sociale…
octobre 24th, 2007 at 5:07
bonjour
j’avais 7 ans! 1958 De Gaulle , la constitution
depuis on a céssé de soit d’en faire un totem, soit de « rogner » les pieds du totem
de là decoule le terrain de jeu de bon nombre
Pour finir cet éminent Dégourdi et propet qui oeuvre depuis fort longtemps à ranger nos institutions va finir par l’abattre
on veurt bien ….pourquoi pas
Chirac detestait « ce bon élève »
La cohabitation fut le malheur de la republique et la transforma en tour de Babel
Laurent de Medicis avait Machiavel
Notre petit Nicolas s’entoure je crois de plusieurs Machiavel
Peut etre aurait il du faire comme Catherine, s’entourer de plusieurs Nostradamus
octobre 24th, 2007 at 7:18
Nouvelle réforme bidon qui va occuper la sphère médiatique ces semaines à venir.
SarkoLéon n’aura pas la majorité des 2/3 pour faire passer les réformes constitutionnelles de la commission BallaLang.
La gauche et les députés UMP non sarkosystes lui fairont payer, entre autre, l’ouverture.
Il ne se passera rien jusqu’au municipales et après on oubliera car il y aura certainement un nouveau gouvernement chargé de s’occuper de la dette car les comptes publics seront cramoisis.
Après le service minimum, l’université minimale, voilà la période du tango constitutionnel : j’avance de deux pas et je recule d’un, voire de deux ou trois.
Vite un nouveau Grenelle !
octobre 24th, 2007 at 11:46
Depuis mon passage de 3 semaines à l’Hopital, je t’avais compêtement oublié, Toreador !
Comme souvent tu as tout dit dans ton bel article, et il n’y a pas grand chose à rajouter, sinon:
Vive la belle Suisse !
octobre 24th, 2007 at 12:15
Que vous est-il arrivé Gilbert ?!
octobre 24th, 2007 at 14:00
Toréador
Balladur n’est-il pas en train d’officialiser une pratique qui fonctionne depuis De Gaulle :
« Georges Pompidou ne se définissait-il pas comme « un président qui gouverne ? » En charge de l’essentiel, comme disait de Gaulle, mais responsable de tout, comme le souhaite Nicolas Sarkozy, c’est bel et bien le chef de l’État qui décide de la politique à suivre, celle pour laquelle il a été élu et pour laquelle il a obtenu une majorité législative. Et c’est au chef du gouvernement de la mettre en oeuvre. »
Ni VIe ni IVe de Paul-Henri du Limbert
http://www.lefigaro.fr/debats/20071023.FIG000000096_ni_vie_ni_ive.html
octobre 24th, 2007 at 18:36
Oui, il officialise une pratique, mais cette pratique est devenue réalité car il a d’abord mis sens dessus dessous les institutions. De plus, au travers de la modification de l’article 20, c’est le régime présidentiel qu’il vise…
octobre 24th, 2007 at 18:41
Toréador
Oui sauf que Balladur n’a rien mis sans dessus dessous à l’époque de De Gaulle et de Pompidou , lesquels personnages s’occupaient de tout … Balla n’a t-il pas un peu le dos large dans cette histoire ?
octobre 24th, 2007 at 21:31
Son influence exacte démarre en 86. A quel moment les institutions ont-elles commencé à débloquer ?
avril 23rd, 2008 at 15:44
[...] ait mesuré toute l’importance. Balladur, lui, sait très bien ce qu’il fait et ses thèses ne sont pas du tout les [...]