« Banderille n°179: Femmes au bord de la crise de nerfs | Home | Les 7 merveilles du Oueb – première sélection à mi-parcours »
Paso Doble n°38 : Paul Koz et Pierre Authueil, au nom de tous les Dieux
Par Toréador | novembre 29, 2007
A las cinco de la manana…
Kozeries, comme dans un fautheuil
Deux très bons articles de Koz et d’Authueil m’ont donné envie de participer à un débat hors Kiwis, avec ces deux têtes de pont de Lieu Commun (c’est comme Kiwis, mais moins bien
). Le billet de Koz, lui-même catholique pratiquant, se veut un coup de gueule assez digne contre ces catholiques « identitaires » qui ont réagi, sur divers blogs, à l’assassinat d’Anne-Lorraine, cette jeune fille de 23 ans dans le RER. En effet, Anne-Lorraine était profondément croyante et son assassinat a fait l’objet de commentaires politiques plutôt racistes, l’agresseur étant turc, donc musulman… Koz leur dit en substance : vous n’êtes PAS catholiques, vous qui prônez la haine.
Authueil - qui si j’ai bien compris est protestant – en a profité pour répondre sur la diversité réelle mais non-assumée du catholicisme, et considérer que Koz ne se rendait pas compte qu’il était quasiment hétérodoxe et minoritaire dans sa propre Eglise, majoritairement composée de catholiques « identitaires » hostiles à Vatican II et liés à l’extrême droite. Et de conclure : « Je n’arrive pas vraiment à comprendre cet acharnement des catholiques à croire que les chrétiens ne doivent former qu’une seule et même institution, d’autant plus que le « retour dans le giron de l’église » des toutes les « brebis égarées » n’est pas prêt de se produire. »
Evidemment, fidèle à mon habitude, je ne révèlerai pas ma confession. Mais disons qu’au cours de mon existence, j’ai cotoyé des Opus Dei, des Marronites, des Charismatiques, des prêtres ouvriers; j’ai assisté à des Barbitzva, des processions bouddhistes, des mariages shintoïstes, et des cérémonies musulmanes; j’ai dans ma famille des juifs convertis, des juifs tout court, des musulmans, des catholiques, des protestants, et des anti-cléricaux ; j’ai été scolarisé avec des protestants; j’ai rencontré le Dalai-Lama et vu le Pape, bref, je ne suis pas tout à fait ignare sur le fait religieux.
****************
Centripète et Centrifuge
Au coeur de la dialectique Kozauthueil, on trouve en réalité l’acceptation de la différence. Autheuil s’étonne de cet éternel appétit d’unification chrétien, mais il semble feindre d’ignorer l’Histoire, car le Christianisme est un Universalisme, et catholique signifie justement ceci (adjectif grec καθολικός / katholikós : général, universel). Le dilemme du catholicisme est double : parce qu’il défend une Vérité absolue avec une majuscule, et qu’il ne peut pas y en avoir d’autres (refus du relativisme); parce qu’il est hiérarchisé et qu’il construit la relation au Père via le filtre du clerc (le sacrement de réconciliation) ; parce qu’il se veut universel et donc prosélyte, le catholicisme, en tant que culte, contient des germes d’intolérance qui ont fait et font toujours sa force : c’est un culte d’amour conquérant, homogénéïsateur; un troupeau avec un seul berger. La Religion fait Etat.
L’élection du pape est elle-même révélatrice. Il faut choisir un homme capable d’être à la fois proche de l’Afrique et de l’Europe, de l’Asie et de l’Océanie. L’Eglise catholique, en devenant réellement universelle au XXème siècle a perdu son homogéneïté blanche et européenne. Sa propre diversité fait jouer désormais douloureusement les articulations de son Eglise à prétention universelle. Seul le Christ en théorie peut parler à tout homme en frère : alors quel homme peut assurer l’intérim du Christ ?
Le protestantisme, qui dévie la foi et le salut depuis l’intermédiation de l’Institution universelle vers le croyant, a embrassé la diversité beaucoup plus tôt, au détriment de l’organisation de son culte. C’est un culte plus responsabilisant pour le croyant, mais aussi plus anarchique. En cela, il contient des gènes de tolérance beaucoup plus forts, mais cependant potentiellement létaux pour l’unité de la foi. Car si chacun réécrit sa foi dans son coin, quel intérêt ? Quel lien entre les anabaptistes et les mormons, les baptistes et les luthériens ? Le Protestantisme substitue un faisceau de relations verticales entre le peuple et Dieu au projet horizontalisant du catholicisme qui est la re-création du corps du Christ.Le Protestant aime au dessus de tout la tolérance. Le catholique parlera plus volontiers de charité. Là où Koz a raison, c’est que la religion (le message) doit primer sur le culte (l’identité). La religion Chrétienne est d’abord message d’amour et un chrétien qui prêche la haine n’est pas un chrétien. Là où Autheuil a tort, selon moi, c’est que le Christianisme sans projet globalisant n’est plus le Christianisme : cela s’appelle le judaïsme, et ce (vieux) débat entre Saint Paul et Saint Pierre a été tranché il y a 2000 ans de cela, au concile de Jérusalem.
Tags: catholicisme, protestantisme, ReligionSujets: Paso Doble | 16 Comments »





Abonnez-vous à ce blog



novembre 29th, 2007 at 13:06
A mon avis, là où Authueil a tort, c’ets surtout qu’il fantasme sur vatican II comme d’une rupture alors qu’il ne s’est agi de cela que dans les médias (bienpensants, à mon tour de le dire!) français anticléricaux, qui voyaient une bonne occase de taper sur les curés et d’avoir enfin uen religion moderne qui leur plairait.
C’est idiot : il y a des gens qui adorent la messe en latin et qui sont doux comme des agneaux! Il y a aussi des gens qui adorent la messe en français et qui sont des sectaires finis!
Au final, je pense surtout qu’authueil ne connaît pas grand-chose au catholicisme.
novembre 29th, 2007 at 14:03
Le Chafouin, je connais plus le catholicisme que tu ne le crois !
Je ne vois pas en quoi je fantasmerais sur Vatican II. Sur bien des points, c’est une rupture, avec une forte traduction lithurgique (la partie visible de l’iceberg). En attaquant sur la question de la messe en latin, les tradis soulignent bien que ce n’est pas seulement une question lithurgique, mais une remise en cause de la réforme profonde amenée par Vatican II. Et je ne généralise pas sur les gens, il y a des cons partout (y compris chez les protestants)
Toréador, Ce sont les tradis qui sont minoritaires dans l’église catholique, clairement, même s’ils sont très présents dans « l’appareil ». Mais j’aime bien provoquer un peu koz. Il y a une part de polémique parfaitement assumée dans mes billets « religieux », et souvent, les échanges qui suivent sont intéressants. La preuve, tu rebondis dessus
Sur ta conclusion, je ne suis pas d’accord. Le christianisme a vocation à s’adresser à tous. Il n’y a pas de peuple élu, et c’est la différence fondamentale avec le judaïsme.
Le problème vient quand on commence à vouloir amener tout le monde au christianisme. Le Christ n’avait pas de « projet globalisant », ce sont les religieux et les pontifes qui ont amené cette vision du christianisme.
quand tu écrit « La religion Chrétienne est d’abord message d’amour et un chrétien qui prêche la haine n’est pas un chrétien », je suis entièrement d’accord, parce que pour moi, Chrétien et catholique ne sont pas synonyme. Ce qui définit le chrétien, c’est l’adhésion à une foi (le message), ce qui distingue le catholique au milieu des autres chrétien, ce qui fait sa spécificité, c’est sa soumission à une autorité, à une identité.
Pas besoin d’être catholique pour être un bon chrétien.
novembre 29th, 2007 at 14:10
Quelle distinction fais-tu entre le « projet globalisant » de l’Eglise et le projet universel du Christ ? Jésus dit bien qu’il vient sauver tous les hommes, non ?
Pour moi, ce qui différencie le catholique, c’est la filiation à Pierre et l’intermédiation cultuelle.
PS: Liturgique s’écrit sans h
novembre 29th, 2007 at 14:48
Le message du Christ est à destination de tous. Ensuite, vient qui veut. Le « projet globalisant » de l’égilse consiste à supprimer le caractère facultatif de l’invitation, pour le transformer en convocation.
novembre 29th, 2007 at 15:10
@Auhtueil

Mais le Christ n’a-t-il pas demandé à ses apôtres d’évangéliserla terre entière? c’est-à-dire de faire connaître son messageà tous?
Faire connaître, c’est bien, mais j’imagine que faire adhérer, c’est mieux !
Figure toi que je n’avais pas saisi la nuance ironique de tes propos. Ni l’idée de provocation envers koz
Je trouve juste que dire quel’Eglise est majoritairement constituée d’intégristes est mensonger et c’est en cela quej’estime que tu ne doispas connaître grand-chsoe au catholicisme.
J’ajouterais même qu’il n’y a pas besoin d’être chrétien pour être un bon chrétien!
novembre 29th, 2007 at 15:12
au fait très bon le sous-titre…
novembre 29th, 2007 at 15:20
Merci Chafouin, j’ai un humour bizarre qui ne fait rire que moi, et parfois un blogueur (comme par exemple la blague sur Jesus, Judas et Cavada que j’ai retrouvée ailleurs)
novembre 29th, 2007 at 15:29
Le chafouin,
« j’imagine que faire adhérer, c’est mieux » Si pour toi, c’est une évidence, pour moi, ça se discute et c’est loin d’être une évidence.
novembre 29th, 2007 at 16:09
Authueil :
si tu trouves que le foie gras c’est trop bon, tu n’essaies pas de le conseiller aux autres?
Franchement, si j’estime qu’un chemin de vie est bon, j’essaie de convaincre les autres de l’emprunter. Pour moi, ce n’ets pas une question à prendre à la légère mais une question fondamentale. Peut-être le terme adhérer était-il trop fort.
novembre 29th, 2007 at 16:12
@Toré : moi même im’arrive de me faire rire alors que tout le monde reste coi. Il n’y a pas à avoir honte, c’est un très doux sentiment
C’est quoi la blague de jésus et cavada?
novembre 29th, 2007 at 16:14
Je remarque chers amis que Koz boude l’arène
Jésus disait encore récemment : « On est toujours trahi par le XIIème… »
novembre 29th, 2007 at 17:59
Le chafouin, c’est une grande différence entre nous. Je déteste le prosélytisme. Chacun fait ce qu’il veut, et chercher à ce que les autres me ressemblent n’est pas du tout dans ma philosophie.
Dans notre civilisation occidental, ma position est sans doute très marginal, tellement à contre courant de notre ethnocentrisme naturel.
novembre 29th, 2007 at 19:30
Mais… Il ne s’agit pas de prosélytisme mais de bon sens, non? L’exemple du foie gras me paraît très parlant.
Je ne comprends pas ta position. Elle sous-entend que tu n’estimes pas être dans le vrai? Que tu penses que tous les points de vue se valent? Que ta religion n’est qu’un regard comme un autre sur le monde et qu’apr-ès tout, tu peux fort bien te tromper? Que n’importe quelle façon de vivre permet d’être heureux?
Je ne suis pas pour autant prosélyte, je ne crie pas sur tous les toits, dans les embouteillages et à toutes les personnes que je rencontre qu’il faut suivre Jésus, mais quand j’en parle, j’essaie d’expliquer du mieux que je peux ma façon de voir les choses à mon interlocuteur, de façon à ce qu’il ait un point d vue éclairé sur la question et qu’il puisse chsoiri en connaissance de cause…
novembre 30th, 2007 at 10:24
Et oui le Chafouin, je suis un horrible relativiste, enfin pas pour tout. Il y a des règles de vie en société qui s’imposent, mais ensuite, chacun voit midi à sa porte.
Je ne suis pas « en recherche de vérité ». Je ne crois pas à ce concept de Vérité, qui existeraient, dans l’absolu. Un bel héritage de Platon, qui a formaté notre pensée occidentale. Je discute aussi, j’explique mon point de vue, pour l’autre puisse comprendre qui je suis. S’il estime avoir des idées à reprendre chez moi, qu’il le fasse, cela m’est assez indifférent.
Sujet intéressant pour un paso doble, la question de l’altérité : accepter que l’autre soit réellement différent, voire même en oppsotion avec nous et qu’il ne cherche pas à nous ressembler.
novembre 30th, 2007 at 11:14
Quel magnifique destin que de passer sa vie à se préoccuper, à penser à quelques chose qui ne brille que par son abscence !
novembre 30th, 2007 at 22:42
Bonsoir,
C’est toujours plaisant ces discussions théoriques entre gens de bonne compagnie. En fait tout le monde aime son prochain et c’est très bien ainsi.
Les choses se gâtent quelque peu lorsqu’on commence à parler éducation, financement des édifices religieux, contraception, cellules-souches, avortement, euthanasie, …