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    Banderille n°185 : Cosmétique du mouvement

    Par Toréador | janvier 5, 2008

    Culte et culture du résultat

    Je suis acquis, comme Eric Besson, à la culture de la performance et des résultats. Mais la récente annonce, tel un cadeau de Noël empoisonné, de la notation des ministres à l’aide d’indicateurs de résultat, le tout sous les conseils avisés d’un cabinet privé, m’apparaît une sarkonnerie de plus.

    Qu’on se le dise : la République ne reconnaît aucun culte, sauf un : celui du résultat (Et elle va largement subventionner ses thuriféraires, hélas) Il est vrai que pour son grand prêtre, la fin a toujours justifié les moyens. La preuve est qu’il ne s’embarrasse guère de subtilités constitutionnelles : Nicolas Sarkozy fait comme s’il était seul maître et décideur de la composition du gouvernement. Tant pis si, officiellement, c’est le Parlement qui évalue les ministres (à l’aide de la Cour des comptes et des commissions d’enquête ad hoc créées par les parlementaires) et qui renverse le gouvernement. L’Etat, c’est lui.

    **************

    L’Etat, c’est moi

    D’ailleurs, plus les jours passent, et plus les similitudes avec Louis le quatorzième m’interpellent. Le président-soleil cherche par tous les moyens à contrôler sa noblesse. Comme son illustre prédécesseur, il débute son règne en impressionnant l’Europe par ses conquêtes faciles. Il a ses favorites et préfère s’appuyer sur ses fidèles (Guéant est Colbert, Guaino est Toussaint Rose…) plutôt que sur ses Grands pour contrôler l’Etat. Il distribue les quartiers de noblesse aux nouveaux riches.

    Comme Louis, tout ce qui fait bling-bling et qui épate la galerie (des glaces) a ses faveurs. Sinon, on se demande bien pourquoi tout ce ramdam médiatique pour ce qui n’est qu’un pétard mouillé : après tout, c’est une affaire entre lui et ses ministres. Je n’ai pas besoin d’indicateurs, moi, pour trouver Kouchner inexistant, Dati courageuse, Amara folle, Yade naïve, et Bertrand compétent.

    D’autant que, sans attendre les résultats de la dite-grille d’évaluation, on en connaît déjà les résultats. Je parie que MAM, Morin ou Lagarde – comme par hasard – ont plus de chance de sauter que Dati, Bertrand ou Yade. Cela s’appelle la note de gueule, qui au pays de Sarkozy est affectée d’un fort coefficient (autrefois, on disait être disgracié).

    Cette cosmétique de l’action publique est une diversion de plus. Qu’on nous explique plutôt comment va-t-on financer le plan « anti-glandouille » (sic) et comment le gouvernement entend gérer la crise des matières premières, l’Iran et le Pakistan.

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    Sujets: Banderille, Toréador critique la Droite | 16 Comments »

    16 réponses “Banderille n°185 : Cosmétique du mouvement”

    1. Charles' Says:
      janvier 5th, 2008 at 21:21

      La véritable mission de la Cour des Comptes est de montrer au peuple qu’on peut mal gérer l’argent public sans être sanctionné. Cela s’appelle l’impunité. C’est paradoxal mais vrai. Voilà pour la culture du résultat dans le public… une pantalonade.
      Non, je suis assez acquis à cette idée d’évaluation (et non de notation comme le disent tous ces cons de journalistes). Et particulièrement content de voir qu’une structure privée est impliquée, au moins sait-elle de quoi l’on parle, ce qui ne serait pas le cas s’il s’agissait d’un acteur public.

    2. Oncle Dan Says:
      janvier 5th, 2008 at 21:37

      Peut-être Carla voudra-t-elle évincer Dati ;~)

    3. odanel Says:
      janvier 6th, 2008 at 12:04

      Bonjour Toréador.

      Je ne sais pas si vous avez regardé le docu-fiction de France 2 qui est passé il y a peu, mais quelque chose m’a frappé en ce qui concerne le rapprochement que vous faites entre les deux hommes.

      Toute la thèse du film repose sur l’idée que la construction du château de Versailles n’avait que pour but de mieux contrôler la noblesse en l’obligeant à quitter la capitale via l’organisation de fêtes somptueuses en campagne.

      Soit l’asservissement par le divertissement.

      Au cours d’un passage, il est dit également que Louis XIV fut le premier Roi à accepter que la Cour se rende dans ses appartements privés afin qu’elle puisse suivre le moindre de ses faits et gestes à longueur de journée, mais le plus amusant c’est cette phrase qu’on lui prête, je cite de mémoire : « le Roi doit s’offrir tout entier à ses sujets ».

      Soit l’étalage de la vie privée dans le but de mieux contrôler ses sujets.

      J’ai bien ri.

    4. Toréador Says:
      janvier 6th, 2008 at 15:50

      @ Odanel. Bravo pour avoir trouvé ma source d’inspiration. Effectivement, j’ai été influencé par ce documentaire.

      @ charles. Pas d’accord. En sens inverse, on trouverait stupide que Total embauche la Cour des comptes pour évaluer les dirigeants du groupe : non seulement, je ne vois pas au nom de quelle expertise des gens du privé seraient mieux à même d’évaluer l’action publique, mais en plus, c’est connu : les consultants vous pondent toujours les conclusions que vous leur avez diligemment suggérées… C’est celui qui paye qui décide. D’ailleurs, je me demande le coût de toute cette opération !

    5. Ozenfant Says:
      janvier 6th, 2008 at 19:20

      Les ministres vont-ils bientôt, eux aussi, chier derrière les rideaux de l’Elysée ?

    6. amike Says:
      janvier 6th, 2008 at 21:09

      Pourtant cette évaluation semble être le complément du « plan de route » donné à chaque ministre.

    7. Erick Says:
      janvier 7th, 2008 at 16:21

      N’ empêche que Total, comme des milliers d’ entreprises, a mis en place des « indicateurs de performance » qui permettent de suivre l’ accomplissemnt des objectifs qui ont été fixés et ce dans dans tous les domaines de l’ activité de l’ entreprise.
      Ce n’ est pas la gueule d’ un commercial, d’ un financier, d’ un responsable du personnel, d’ un chef de production qui est notée. C’ est sa capacité à atteindre des objectifs. Au-delà, il s’ agit bien de suivre la réalisation d’ une politique industrielle et commerciale quitte à l’ ajuster en fonction des circonstances extérieures.
      Les consultants peuvent aussi apporter une indépendance et une objectivité que les intéressés peuvent ne pas avoir, et pour cause.

    8. Toréador Says:
      janvier 7th, 2008 at 22:21

      Je n’y crois pas une seule seconde !

    9. Malakine Says:
      janvier 8th, 2008 at 0:09

      Voir sur le même sujet « le gouvernement est bien une entreprise de boulons comme les autres »
      http://horizons.typepad.fr/accueil/2008/01/le-gouvernement.html

      D’accord avec Toré, c’est en principe au parlement et à la cour des compte d’évaluer les politiques publiques.

      D’accord aussi avec amike. Ces notations sont les conséquences logiques des lettres de mission des ministres. Vous ne parlez pas de la même chose.

    10. John_G Says:
      janvier 8th, 2008 at 1:49

      Bonjour Toré,

      et meilleurs voeux pour cette année 2008 qui je n’en doute pas finira par te faire aimer les militants !

      Par ailleurs, sur le sujet, sur lequel je partage ton opinion, en espérant ne pas trop me versaciser en disant cela, n’ayant pas le temps de répondre, je conseillerai deux lectures sans doute un peu trop militantes, mais que j’ai trouvées justes :

      - le point de vue de Pierre Moscovici : http://moscovici.typepad.fr/blognational/2008/01/valuation.html

      - le point de vue de mes camarades de l’ENS :
      http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2008/01/05/112-la-culture-de-l-evaluation

    11. Toréador Says:
      janvier 8th, 2008 at 12:28

      Visiblement, je suis Moscovicien !

    12. Erick Says:
      janvier 8th, 2008 at 21:40

      J’ aurais préféré, cher Toré, que vous fussiez plutôt normalien. L’ expérience que j’ ai des indicateurs en entreprise me pousserait à contester certaines affirmations ou raisonnements de la section d EN; néanmoins cet exposé a le mérite de se présenter comme un argument

    13. Erick Says:
      janvier 8th, 2008 at 21:45

      Je reprends …

      J’ aurais préféré, cher Toré, que vous fussiez plutôt normalien. L’ expérience que j’ ai des indicateurs en entreprise me pousserait à contester certaines affirmations ou raisonnements de la section d EN; néanmoins cet exposé a le mérite de se présenter comme un argumentaire construit.
      A la différence de Mr Moscovici qui, pour un peu, pourrait nous faire croire qu’ il couche sous le lit des gens dont il parle. Les ragots ne sont pas un argument.

    14. michel Says:
      janvier 11th, 2008 at 17:08

      Je suis employé dans un service de l’Etat qui vient d’être certifié ISO 9001-2000 , ce service q’occupe d’audit interne , comme si cela ne suffisait pas il y a aussi un service de controle interne , un service de « controle de la qualite comptable » et notre partenaire historique est la « Cour des Comptes » .
      J’ai donc vu arriver sur le gouvernement ce que je vis au quotidien dans l’administration , c’est à dire la mode ( si cela n’était pas aussi systématique ) des outils du privé pour évaluer l’action publique .
      La bataille des mots , utilisés au quotidien est bien entendue perdue .
      Il n’est que de voir des supérieurs « mastiquer » plutot que dire des mots comme « processus metiers , investiguer , optimisation ….. » .
      Sarkozy rend visible quelque chose qui est engagé depuis longtemps .
      En ce qui me concerne , il s’agit de ce qu’il a lancé quand il est passé au ministère des Finances : cela s’appelle la « lolf » ( importation des logiques comptables privées dans le fonctionnement de l’Etat ) .
      C’est vous dire s’il a de la suite dans les idées , ce n’est pas qu’un clown triste ( un Auguste ) , ou un bourreau des coeurs a deux balles , c’est aussi un danger public .

    15. Toréador Says:
      janvier 11th, 2008 at 18:07

      Je suis d’accord sur le constat. La fin du commentaire est plus criticable.

    16. Paso Doble n°45 : Le château de Lord Farquaad | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      janvier 15th, 2008 at 17:01

      [...] ces derniers étaient dispersés en ordre concentrique autour de l’Assemblée Nationale. Louis XIV l’avait compris : un palais reflète la puissance. Voici que Nicolas Sarkozy, à son tour, [...]