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    Paso Doble n°44 : Journal de campagne américaine (I)

    Par Toréador | janvier 8, 2008

    A las cinco de la tarde…

    Les Etats-Unis et la fracture morale

    2008, année électorale, certes. Pour beaucoup, il s’agit des municipales. Pour moi, l’élection phare, c’est l’élection américaine. D’abord, parce que pour l’avenir de cette planète, il vaudrait mieux cette fois-ci que le plus puissant Etat du globe n’élise pas à sa tête un ex-alcoolique un peu trop simpliste et influençable. Ensuite, parce que le suspense est plus grand que sur la réélection de la chèvre de monsieur Gaudin.

    Les Etats-Unis sont dans une situation inédite et va se jouer cette année la « 3ème manche » de l’élection de 2000 : le pays est coupé en deux entre d’un coté ses côtes urbanisées, plutôt libérales (de gauche, ce serait insulter Jaurès), et en voie de laïcisation avancée, et de l’autre le coeur du pays, attaché à la tradition WASP, conservateur et religieux. Le système archaïque de pondération des voix par Etat fait qu’en plus, ces deux camps, malgré vraisemblablement un avantage numérique au premier, sont en termes numériques d’égale importance. Bref, le pays est divisé et cherche un rassembleur providentiel. Malheureusement, le système électoral américain est ainsi fait qu’il élimine impitoyablement lors des caucuses les candidats trop centristes qui seraient capables de rassembler le pays lors de l’élection proprement dite.

     

    ****************

    Hillary Jaune

    Comme on nous l’explique à cors et à cris dans les médias, l’étoile montante s’appelle Barack Obama. Dieu nous préserve qu’il soit soit élu. En réalité, un peu comme Ségolène Royal en son temps, Barack n’a aucune expérience et pour tout programme a sa couleur de peau et la volonté de « changer ». C’est un peu court : Kennedy l’a montré en son temps : ce n’est pas parce qu’on est neuf qu’on est forcément meilleur. On l’oublie souvent, mais l’aventure catastrophique du Viet-Nam commença sous le règne de cet intellectuel mondain, et non sous son prédécesseur, militaire expérimenté.

    Barack a cependant pour lui les statistiques. Depuis Bush, tout est possible. L’histoire montre que ce n’est généralement pas le plus expérimenté, le plus subtil et/ou le plus brillant qui gagne, qu’il s’agisse de Kennedy, dilettante assez creux qui n’a pour lui que son assassinat légendaire; Johnson, lié à la mafia, ou Reagan, incapable de placer le Liban sur une carte.

     

    A l’inverse, pour nous, le meilleur choix serait Hillary Clinton. D’une part, elle est réellement douée et intelligente, et d’autre part, les deux mandats Clinton nous ont montré ce que pourrait être une politique étrangère américaine made in Hillary. Hélas, le problème de la marque « Clinton » c’est qu’elle joue à l’égard de l’électorat chrétien, échaudé par la dissolution morale associée au Monicagate, le même rôle d’épouvantail que Bush à l’égard des élites « éclairées » (comprendre : européanisées et plus ouvertes sur le monde que le texan moyen).

    Compte-tenu de la longueur exceptionnelle de la campagne, je pense que si les démocrates font l’erreur de choisir Barack Obama plutôt que le tandem gagnant Clinton/Obama, ce dernier s’effondrera contre n’importe quel candidat républicain un peu sérieux. A moins qu’il ne révèle des qualités insoupçonnées en termes de connaissance des affaires internationales.

    ************

     

    Qui cassera la barack chez les Républicains ?

    En face, chez les Républicains, l’électorat chrétien ne sait pas à quel saint se vouer. Pour espérer gagner, il faudrait qu’un candidat puisse reforger l’alliance entre les conservateurs, les faucons et l’électorat fondamentaliste.

    Or, le grand dilemme est que leur meilleur champion – Giuliani – est incompatible avec l’électorat chrétien compte-tenu de ses positions quasiment libertariennes sur les questions de moeurs. Idem pour Romney, qui est mormon. Mac Cain (l’un de mes préférés, je ne m’en cache pas), qui avait déjà concouru en 2000, serait un excellent candidat de « second tour » mais est trop centriste également pour le parti, handicapé par son âge (71 ans) et son soutien à la guerre en Irak.

    Reste Mike Huckabee qui, avec son profil de pasteur protestant, incarne une alternative à la Carter dont les américains ont bien besoin après le très profond vide moral laissé par Georges Bush.

    L’histoire américaine montre que le peuple réagit toujours à l’ancien locataire de la Maison Blanche pour corriger ses défauts. Clinton avait une vie dissolue : l’Amérique préféra Bush, le born-again. Bush Senior était tristounet : Clinton et sa jeunesse firent l’affaire. Reagan, cow-boy de la politique étrangère, fut élu en réaction à Carter, trop mou face à l’Iran et trop idéaliste. Quant à l’élection de Carter, elle marqua une réaction aux années Nixon, très cyniques.

    Une autre variante est que généralement, quand l’économie va bien, l’Amérique élit un Républicain. Et quand ça va mal, elle élit un démocrate (qui avaient en revanche la réputation, avant l’arrivée de Bush Jr, d’être mauvais en politique étrangère). La crise des subprimes favorise donc les candidatures démocrates, à n’en pas douter.

    Reste que l’Amérique, en réaction à Bush, cherche un président subtil, pragmatique, capable cependant de redonner du sens au pays. Hillary a du mal à convaincre sur la troisième qualité, son expérience étant souvent jugée à l’aune du cynisme. Barack n’a pas l’expérience, et Mac Cain n’a pas la réputation d’être subtil. Aussi paradoxal que celui puisse paraître, la multiplication des candidatures hétérodoxes/centristes (Giuliani, Clinton, Mac Cain) pourrait profiter à Huckabee, surtout si c’est Obama qui est sélectionné par le camp démocrate.

    L’Iowa, qui a tant compté pour Barack, est surtout républicain, tandis que le New Hampshire est démocrate. Ils ont donc valeur de signal respectif pour ces deux électorats. Si l’on en croit l’Iowa, ce sera Huckabee. Et si Clinton perd le New Hampshire, cela pourrait donc être Obama/Huckabee

     

    à suivre…

     

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    Sujets: Paso Doble | 13 Comments »

    13 réponses “Paso Doble n°44 : Journal de campagne américaine (I)”

    1. Toréador Says:
      janvier 8th, 2008 at 19:14

      addendum:
      Il n’est jamais arrivé que l’investiture échappe à un candidat ayant remporté à la fois les assemblées d’électeurs de l’Iowa et les primaires du New Hampshire, Etat qui a notamment servi de point de départ pour la conquête de la Maison Blanche par Bill Clinton en 1992

    2. Archippe Says:
      janvier 9th, 2008 at 15:54

      Votre cynisme est déroutant mais délicieux, quoi que un peu naïf. Vous Comparez naïvement Barrack O. à Ségolène Royal et répétez l’antienne Hillaresque de l’inexpérience en toutes matières d’un Maître incontesté du temps politique de ce nouveau XXIème siècle.

    3. Toréador Says:
      janvier 9th, 2008 at 17:20

      Archippe, votre commentaire n’est pas clair…

    4. Marshka Says:
      janvier 9th, 2008 at 22:26

      Pas tout à fait d’ac avec toi, cher Toréador. LE clivage cités libérales en voie de laïcisation / Redneck acrochés à leur crucifix (lol, bah j’en profit aussi), pas sûr que ce soit aussi simple. En tout cas pour la laïcisation, ça ne me semble pas à l’ordre du jour, sauf ptet dans la 43e de SF lol enfin ils restent dans une écrasante majorité ‘believers’ ET pratiquants, après ça ne veut pas dire pour autant qu’ils sont forcément scotchés sur les débats para-religieux (éducation, recherche etc).
      D’autre part, c’st surtout une ‘campagne CONTRE’, ce qui n’est jamais passionnant. Evidemment, Change, après 8 ans de Bush, la classe politique dans son ensemble n’a pas vraiment le choix, cela dit ça les castre un peu : la facilité incite à cracher sur l’adversaire plutôt que d’être une réelle force de proposition. Alors que certains débats sont vitaux pour la suite, notamment l’extension de la « Sécu », dont 50 millions de personnes sont exclues (The Economist).
      Quant à la « chrétienté » supposée des républicains, en tout cas de leur sympathisant, elle pourrait bien se retourner contre eux : la plupart sont écoeurés par l’affairisme de l’administration Bush, et bon, perso tout ce qui ressemble à une croix je le fuis, mais ils ont une force non négligeable de volonté de changement, notamment dans l’aide publique au développement, l »écologie… d’où aussi l’insistance des démocrates quant à la religion, il y a là des « âmes à prendre » !
      BIen vu par contre de rapprocher Ken (et Die, lol) et BArack, si JF n’avait pas eu sa, euh, biatch et tout ce côté Boston, j’adoooore, les gens se seraient ptet en effet souvenu que c’était une bille en politique !
      Fascinante campagne en tout cas, fascinants américains comme d’hab…
      a+ dans ton arène ou à la factory !

    5. Marshka Says:
      janvier 9th, 2008 at 22:29

      et ça me revient aussi, le « cas » Ron Paul, ce « libertarian » qui aréussi un formidable casse sur le web, et qui illustre aussi le dégout des votants face aux deux systèmes, dynastie Bush et CLinton. On se rappelle que Bush avait aussi été « aidé » (mais sans +) par le trublion Ralph Nader, sorte d’écolo, mais trop tôt. Enfin une cassure dans leur sacrosaint bipartisme ?

    6. Toréador Says:
      janvier 11th, 2008 at 14:00

      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=34223

    7. ArnaudH Says:
      janvier 15th, 2008 at 18:32

      Analyse intéressante! Surtout sur le duo d’arrivée…

      En fait, du côté républicain, ta préférence pour McCain provient d’une sympathie pour les militaires de carrière… why not.

      Pour moi, il demeure un républicain classique (pour la peine de mort, contre l’avortement, contre le mariage homosexuel, contre le contrôle des armes à feu, pour la guerre en Irak) avec quelques préférences politiques isolées qui le sauvent (contre l’utilisation indiscriminée de la torture, pour la régularisation des immigrés, pour une gestion publique de la crise climatique).

      Du côté démocrate, la véritable question est de savoir à quel point Hillary peut reproduire la politique économique de Bill… (du point de vue politique étrangère cela semble en effet être du béton armé) et s’il ne convient pas de dépasser le clivage Bush/Clinton une bonne fois pour toutes (attention, le prochain, c’est Jeb Bush, encore plus con que son frère).

    8. Toréador Says:
      janvier 15th, 2008 at 20:13

      Hum non ma sympathie pour Mac Cain vient du personnage. J’étais aux Etats-Unis en 2 000. Gore était chiantissime, Bush con et effrayant. Seul Mac Cain offrait une vision un peu aventurière de la poltique.

    9. ArnaudH Says:
      janvier 15th, 2008 at 23:29

      Bon du coup j’ai écrit un billet sur lui, lol:
      http://quindi.typepad.com/log/2008/01/quindi-john-mcc.html

    10. Paso Doble n°47 : Journal de campagne américaine (II) | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      février 1st, 2008 at 15:02

      [...] Cain devait émerger comme le candidat républicain, l‘affiche Obama/Mac Cain réactiverait le clivage de 2000 : d’un coté un candidat qui fleure bon les années 70, le Viet-Nam, l’Amérique [...]

    11. Paso Doble n°49 : Journal de campagne américaine (III) | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      février 6th, 2008 at 22:15

      [...] les attentes, avec l’affrontement entre un candidat expérimenté (DSK Clinton) et un candidat un peu creux du “renouveau” mettant en avant sa dimension symbolique plutôt que sa force programmatique (Royal [...]

    12. Paso Doble n°50 : Journal de campagne américaine (IV) | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      février 8th, 2008 at 5:02

      [...] un peu extra-lucide ! Les médias nous avaient matraqué que ce serait Mc Cain contre Romney. Dès mon premier journal de campagne américaine, j’avais démontré pourquoi la véritable alternative était Mc Cain/Huckabee, au risque de [...]

    13. Paso Doble n°97 : Journal de campagne américaine (XI) : Born a 5th of November | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      novembre 12th, 2008 at 0:34

      [...] Mea Culpa. J’avais expliqué que parmi les trois candidats, mon ordre de préférence était 1. Hillary Clinton ; 2. John McCain ; 3. Barack Obama. J’avais expliqué que dans un pays raciste comme les [...]