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    Olé n°101 : Obole et parabole

    Par Toréador | janvier 28, 2008

    La tristesse envahit la terre de Khemi…

    Le Grand Bouton d’Or, Prêtre du Temple de Kredi, oracle de Boursos (le Dieu du Profit) et Economis (la Déesse du bien-être pur et parfait) s’alarmait. Les récoltes n’étaient pas bonnes et les Dieux en colère. Les fléaux s’abattaient sur Khemi*, la terre du peuple Man. Il y avait eu d’abord des guerres, aux confins de la frontière avec les barbares. Des miracles, qui étaient autant de sombres présages, avait suivi : l’or noir s’était par exemple transformé en or rouge, à mesure que le sang des tribus imbibait les terres pour lesquelles elles s’affrontaient sans merci. Et le Grand Bouton d’Or ne pouvait pas compter sur ses frères du Grand Monastère de la Stabilité, le Petit Trichet Délicat, maître des bonzes zen de la déflation, fils de l’Eurofor. Ces derniers, ayant fait voeu de contemplatifs, refusaient d’intervenir dans les affaires terrestres.

    Le peuple commença à manifester son mécontentement : il avait de moins en moins de respect pour le clergé, d’autant que ce dernier ne souffrait pas de grandes privations, dépensait à tout va, et vivait à crédit sur les offrandes des fidèles. Il fallait un sacrifice pour que soit rétablie le grand équilibre pur-et-parfait. Pour calmer les Dieux et contenter le mécontentement de la société en général

    Et l’âme de Rhamsès…

     

    Le Grand Bouton d’Or apprit alors que l’un de ses clercs, un prêtre de petite extraction mais très représentatif de la classe tant honnie des prêtres oisifs, avait spéculé sur le grain en détournant une partie des oboles du peuple, et ce tout en dissimulant à sa hiérarchie son forfait. Evidemment, il faut être honnête, malgré les avertissements de l’oracle de Boursis, la plupart des prêtres n’avaient pas tenu compte des sombres présages, anticipant un avenir toujours radieux et une aide de la monarchie en cas de grand problème. En règle général, la grande expérience des Prêtres de la Consommation faisait qu’un kopek en obole produisait 10 kopeks de retour. Hélas, pour le moment, toutes les sommes investies s’étaient volatilisées.

    Après mûre réflexion, le Grand Bouton d’Or y vit là une occasion inespérée de détourner l’attention du peuple. Saisissant le trésor du cureton, il découvrit que ce dernier pour 1 kopek investi, avait engagé son Temple pour 10 kopeks. Pris de panique, le Grand Bouton d’Or ordonna à ses sbires de solder discrètement les affaires de l’impétrant, ainsi que quelques autres qui traînaient ici et là. Pour solde de tout compte, le Grand Bouton d’Or projetterait ensuite de proposer au peuple de sacrifier quelqu’un : lui, qui avait révélé l’affaire, ou ce malheureux clerc, qui avait péché par action.

    Hélas, l’étendue des pertes était telle… qu’elle se vit. Et au lieu de passer inaperçue, elle accéléra le désespoir du peuple. Le Temple dut alors prendre les devants et annoncer au peuple toute l’affaire. Le tout était d’éviter les questions …

    … – Comment un arbitragiste de bas-de-pyramide peut prendre seul 50 milliards de position ?

    … – Comment cela se fait-ce que le résultat net de l’entreprise soit réduit quasiment à zéro, mais que, par une coïncidence étonnante, ces pertes soient attribuables à un canard boiteux (5 milliards) et non aux investissements imprudents de la banque (2 milliards) ?

    … – Comment un seul homme peut-il faire perdre plus en une année que l’ensemble d’un secteur de la banque ?

    …- Pourquoi la Banque a-t-elle liquidé brutalement 50 milliards de positions, sachant pertinemment qu’un krach se produirait forcément et qu’elle en sortirait déplumée ?

    … – Et enfin, est-il normal, en démocratie, qu’un seul individu puisse disposer d’un trésor équivalant à l’équivalent annuel du produit de l’impôt sur le revenu ?

    Un matin éclatant de la chaude saison
    Baigne les grands sphinx roux couchés au sable aride,
    Et des vieux Anubis ceints du pagne rigide
    La gueule de chacal aboie à l’horizon.

     

    * Ceci est un hommage au poème de Leconte de Lisle.

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    Sujets: Olé | 4 Comments »

    4 réponses “Olé n°101 : Obole et parabole”

    1. Lou ravi Says:
      janvier 28th, 2008 at 12:30

      Bonjour,
      Tiens, ça me fait penser…


      Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin
      Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelque coin,
      Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches,

      Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
      Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
      Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.

      Leconte de Lisle

    2. Toréador Says:
      janvier 28th, 2008 at 12:55

      Bravo ! Je ne connaissais pas celui-ci !

    3. le chafouin Says:
      janvier 28th, 2008 at 15:05

      Des fois je me demande si tu n’aurais pas dû être conteur, Toréador…
      les questions que tu poses sont pertinentes mais je ne vois pas comment y répondre avant de connaître le résultat de l’enquête. Si on le connaît un jour. Leparquet semble dire quele type a agi pour flamber, montrer son talent… Radical Chic (http://www.radical-chic.com/?2008/01/28/744-5-milliards-pour-la-presse) le laissait entrevoir ce matin, à la lecture de la presse étrangère. Oui, la presse libre, quoi, la vraie presse!

      Quant à la théorie du complot je n’y crois pas trop. Tu insinues que Bouton manipule toutle monde. mais si c’était le cas, n’aurait-il pas pu prévoir que tout le monde se poserait cette question? ça me paraît, a contrario là aussi, un peu gros.

    4. amike Says:
      janvier 28th, 2008 at 18:16

      « - Comment un arbitragiste de bas-de-pyramide peut prendre seul 50 milliards de position ? »

      A la rigueur, en piquant les mots de passe dans la SocGen on pourrait le croire… Mais quid des Bourses elles mêmes (EuroNexx,…) ? N’exercent-elles aucun contrôle externe ?