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Banderille n°195 : United Races of America
Par Toréador | février 1, 2008
Cette banderille est dédiée à Pem et Quindi qui, rebondissant sur mon précédent Paso Doble,ont réclamé plus d’infos sur mon affirmation assez lapidaire « L’Amérique est un pays raciste ».
Racisme Fluocaril
Oui, l’Amérique est un pays raciste. Sous le sourire policé forcé de l’establishement White Anglo-Saxon and Protestant, se cache un esprit de caste racial, une forme de snobisme ethnique qui est d’autant plus choquante qu’elle se tapit dans les replis duveteux du politiquement correct.
Ah, ça, vous n’entendrez jamais une de ces gentilles rombières liftées aux dents étincelantes déraper un seul instant lorsqu’elles parlent avec affectation des « africains-américains« . Irréprochable, elles ne trahiront jamais leur véritable sentiment et, lorsqu’elles n’en peuvent plus, elles savent le tourner élégamment. Ainsi, elles ne vous demanderont jamais si votre père ou votre mère est un métèque aux origines douteuses. Tout au plus : « What is your ethnic background ? ».
Les jeunes étaient plus faciles à faire craquer – moins d’expérience sociale sans doute. Anecdote d’un américain à qui un européen un peu coloré, responsable d’un service informatique, demandait de sortir de la salle pour terminer son sandwich et son coca, arguant qu’il était interdit de le faire en salle des machines. La réplique du tac-au-tac fut perfide : « By the way, where do you come from : are you a kind of albanese ? » Albanais, pour un caucasien, c’est une sorte de sous-tribu…
Demelting Plot
Je me souviens aussi d’un bâtiment où l’on prenait bien soin d’exposer toutes sortes de règles plus ou moins débiles sur « sexual harassment » et où l’on veillait à organiser régulièrement des « community events ».
Quel village du bonheur, vraiment : les latinos faisaient forcément le ménage, les noirs la sécurité et les blancs l’encadrement. Ah non, pardon : il y avait une noire dans l’encadrement. Curieusement, la seule qui n’était pas au même étage que les autres : on l’avait relégué au 3ème, avec ses frères et soeurs de la couleur pourpre.
D’ailleurs, à midi, vous auriez difficilement trouvé une répartition des tables plus parlante : tels les anneaux olympiques, tout ce beau monde mangeait par cercles de couleur, avec des caisses comme carrefours de mixité sociale. Voilà des gens qui travaillaient ensemble à longueur de journée mais qui se séparaient par couleur de peau sitôt l’heure du déjeuner arrivée. Demelting plot…
Binary colors
Mais ne mettons pas ceci sur le compte des blancs uniquement. Les noirs* le sont également, et même plus. Les anecdotes affluent : comme celle de ce blanc naïf qui, répondant à une annonce immobilière, débarqua en plein quartier noir d’une grande ville américaine. Sous le regard étonné des habitants assis sur leur perron, il finit par arriver devant la maison masure mise en colocation. Et lorsque le propriétaire – noir – ouvre et qu’il se rend compte qu’un blanc a osé venir jusqu’ici, il lui grommelle que « la maison est prise ».
Ou encore de ce noir du Bronx qui s’en prit à un pauvre camarade Polonais parce que ce dernier lui avait demandé son avis sur la criminalité à New York : « Tu me demandes ça parce que je suis noir ! ». Le peuple noir américain n’est pas à l’aise non plus avec son histoire.
Et c’est ce peuple-là qui irait voter Obama ? Non. Ma charmante rombière trouvera « amazing » Obama, mais dans le secret de son isoloir choisira « Mc Cain » ou « Clinton ». Quant à mes noirs, ils n’iront pas voter, ou même sanctionneront Obama, coupable d’avoir collaboré avec les blancs ou (sic) de « ne pas être assez noir ». La nuit, tous les racismes sont gris.
* Je précise que dernièrement, j’ai trouvé dans Paris Match un article où l’on parlait des gares fréquentées par les « blacks ». Amis de la novlangue, apprenez que dire « c’est un black » est moins raciste que « c’est un noir », comme si l’anglais absolvait le langage. Je vous recommande d’ailleurs chaudement le spectacle intitulé « L’Inscription » qui épinglait – entre autres – cet abus de langage. Si jamais il se rejoue dans votre théâtre de quartier…
Tags: Clinton, Etats-Unis, noir, Obama, racismeSujets: Banderille | 13 Comments »





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février 1st, 2008 at 15:16
Intéressant mais finalement trop factuel et, de ce fait, peu convaincant.
février 1st, 2008 at 15:41
Tu aurais pu dire aussi qu’on trouve des Noirs assez souvent à l’encadrement : curieusement la majorité des DRH y sont….
février 1st, 2008 at 16:34
@ Canardo. Commentaire intéressant mais finalement, peu étayé, et donc peu convaincant
février 1st, 2008 at 16:36
Toreador, ton propos prouve que j’ai fait mouche!
février 1st, 2008 at 17:15
vivant aux Etats-Unis je ne peux qu’approuver mot pour mot et, hélas, conclusion y compris
http://lemondequivient.typepad.fr/mon_weblog/2008/01/course-la-maiso.html
février 2nd, 2008 at 4:37
certes, certes
mais il y a souvent d’autres ostracismes.
religieux par exemple
un sondage récent démontrait que seuls 8% des américains accepteraient de voter pour un Athé proclamé.
Loin derrière, un muslim, un black, un mormon etc..
février 2nd, 2008 at 16:44
J’ai travaillé douze années dans une très grosse multinationale US : je n’ai jamais constaté une seule trace de racisme dans cette boite qui promouvait les gens compétents et dont la valeur ajoutée en terme de $ business était très importante. Il y avait donc au board et dans les étages en dessous, des Blacks Us et AfSud, des Indiens…. Même des Frenchies non X ou HEC avaient certains postes très stratégiques !
J’ai deux enfants aux US et ils bossent avec des Américains de toutes origines sans aucun ressentiment racial.
Ce sont peut-être des exceptions…..
J’ai découvert du racisme ethnique et de l’esclavage en Mauritanie, au Bénin et à Madagascar.
Je connais des Bobos qui luttent contre le racisme dans les salons ou dans la rue quand il fait beau et qui refusent d’imaginer un mariage mixte dans leur famille ou qui se sont opposés violemment à de telles unions.
Je crois que le racisme est plus complexe qu’on ne le croit.
En France, à ce jour, il n’y a pas encore de Général Colin Powel ou de Condolezza Rice, me semble t-il.
Depuis Gaston Monnerville, qui ?
Et ne parlons pas des grosses boites du privé ou du public : Combien de Français aux origines diverses et variées ?
Et même sans parler d’origine ethnique, combien de non (ENA, X ou HEC) au board de tous ces organismes qui portent haut le flambeau des Lumières et du génie français à travers le monde ?
Il serait intéressant de faire une enquête (origine et diplômes) au sein d’EDF ou GDF qui sont presque plus que les seuls à illuminer le monde.
On oserait imaginer l’affaire de la SocGen avec un Mohamed El’Bouton et Mamadou Fêtnat Kervel, l’un issu de l’université de Luminy et l’autre de la faculté d’Abidjan.
février 4th, 2008 at 14:33
Gracias Hombre; ahora si nos aclaramos!
OK, c’est nettement plus clair… forcément il s’agit d’anecdotes, donc leur valeur sociologique générale n’est pas garantie. Cependant, ayant vécu moi aussi aux Etats Unis, je dois me ranger derrière la valeur de ces exemples qui reviennent régulièrement dans les conversations du quotidien. C’est ce que j’appelle un « racisme passif », pas forcément mal intentionné (sauf dans des cas comme celui de ton exemple « albanais »), mais latent dans de nombreux raisonnements – qu’on retrouve souvent, par exemple, dans les réflexions des soldats américains à l’étranger- et donc nocif pour ce qui est de l’opinion nationale en matière d’intégration et politique étrangère.
Pour ce qui est d’Obama, j’en suis pas si sur que toi, je crois que nous vivons un changement d’époque… cela ne veut pas dire qu’il sera élu, ni qu’une éventuelle élection absoudrait les américains de ce racisme passif, mais que ce serait une forte contribution (symbolique puis réelle) à son dépassement. En tout cas, s’il devient le candidate démocrate, les résultats détaillés du vote de Novembre seront très parlants sur l’état de ce racisme passif aux Etats-Unis.
Thx pour la Banderilla & la dédicace, lol
février 6th, 2008 at 17:02
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février 28th, 2008 at 9:33
L’Amérique est-elle raciste? Vaste question à laquelle il est difficile de répondre. Je dirai simplement que les pilgrim fathers ont réfléchi à un modèle de société très singulier, conçu pour eux et pour eux. Cependant, le racisme yankee est radicalement du racisme français par exemple, dans le sens où ce dernier s’est constitué sur les restes de la décolonisation, évènement étranger à l’histoire américaine.
mars 27th, 2008 at 0:11
[...] en revanche est le candidat – mais le caucus du Texas a bien démontré que l’Amérique reste ce pays blanc fondamentalement raciste qui ne voudra jamais d’un président noir – l’élection sera symboliquement [...]
avril 4th, 2008 at 10:40
[...] Et vous voudriez que ce pays élise Barrack Obama ? C’était notre page “Les Etats-Unis sont un pays fondamentalement gangréné par le racisme“*. [...]
juin 5th, 2008 at 17:01
[...] que Kennedy a été le pire président du XXème siècle avec Carter. On oublie surtout la force des haines raciales : il y aura les blancs qui le trouveront trop noir, les noirs qui le trouveront trop gris, et les [...]