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    Les Sept Merveilles du Oueb (III) : Le distant & distingué Hugues du Commentaire de la Vaticination

    Par Toréador | février 20, 2008

    Après le Bistrot de Nico et Charles’, voici le troisième portrait de la série… celui de l’auteur de Commentaires et Vaticinations.

    Parle à mon commentaire, ma vaticination est malâde

    Le nom du blog – Commentaires et Vaticinations – donne quelque part le la. De toute évidence, quelqu’un qui choisit deux termes de respectivement trois et cinq syllabes pour caractériser ce qui pourrait se traduire par « blablabla & blablabla » a (1) soit une culture livresque qui l’aveugle, (2) soit une forme poussée d’autodérision.

    Par égard pour l’auteur, je prendrai le parti de la deuxième hypothèse, mais l’on voit déjà à ce stade qu’en assumant un pari anti-marketing, le bonhomme, journaliste de son état (à Argus auto si je ne m’abuse d’après Google, mais cela m’étonne), montre qu’il n’est pas un gars simple.

    Commentaires et Vaticinations – Comm’-Vat’ comme disent ses intimes – revendique donc un niveau d’exigence dès le départ. Avec un titre pareil, on comprend qu’il n’y aura pas forcément des soirées pets flambés ou des concours à la con du type les Sept Merveilles du Oueb. C’est feutré comme chez Charles, la distance du blogueur en plus. Le style est aussi un peu ampoulé. Extraits : « Mon ami Michel B.*, sa croyance en l’existence d’une maladie appelée spasmophilie mise à part, est un authentique matérialiste. Pur produit de la méritocratie républicaine, diplômé d’une prestigieuse école d’ingénieurs, il exprime fréquemment l’idée que la religion, cet opium du peuple dont les ressorts ethno-sociologiques sont parfaitement connus, est un phénomène déclinant dont nous serons bientôt débarrassés. ». C’est bien écrit, mais il est piquant de constater que le style du journaliste (Hugues) est finalement plus proustien que celui de l’écrivain (Charles).

    Oui, Hugues, notre Madeleine de Proust à nous, se veut quelque part exigeant, mais le souci de l’excellence a pour contrepartie une certaine distance froide. Comm-Vat est peut-être le blogueur qui m’a le plus déçu de ce point de vue-ci. Appréciant son style précis, ses billets bien tournés, sa hauteur de vocabulaire, j’ai plusieurs fois tenté de le contacter, pour échanger. Je l’ai mis un moment dans ma blogroll – il ne m’a jamais rendu la pareille – avant d’opter pour un référencement sur Lieu Commun. A l’inverse, il ne m’a jamais honoré de sa visite – Dieu sait que je suis susceptible – et il m’a gratifié cette semaine, à propos du dit-concours, de son premier commentaire pour dire une connerie (qu’est ce qu’on gagne ?).

    Hugues avait également été approché au moment de la création de Kiwis, mais ne donna pas suite. Il reste donc une beau monument, mais qui ne se visite pas.

    Comme on est, commentaire, comme on devient

    Bref, Hugues a un bon blog, mais Hugues n’est pas véritablement le blogueur le plus chaleureux du net. Du coup, on finit par le suspecter d’être tout simplement snob.

    Et pourtant, Hugues a été un blogueur comme les autres. Son style du départ était plus pétillant, plus alerte, plus vif. Son premier billet, datant d’octobre 2004, est très « nature », voire même rassurant tant il est affligeant de banalité. D’ailleurs, Versac s’en fit l’écho, c’est dire ! (ce qui prouve qu’il avait des puissants parrains*). Je suis mauvaise langue : les deux hommes se connaissent « dans le réel » et s’apprécient.

    Son second billet rappelle qu’au départ, Hugues a voulu être comme des milliers de blogueurs : anonyme. On le sent excité par sa nouvelle expérience, pressé d’avoir du public et en même temps inquiet qu’on puisse l’identifier. On y apprend qu’il fait du jogging entre Bastille et Nation de 6h30 à 7h00 (ou le dimanche au bois de Vincennes, pour une petite sortie de deux heures). Bref, rien de bien original.

    Ensuite, il y a ses idées, qui finalement reflètent assez bien l’analyse de caractère que je viens de coucher sur le papier à octets. De gauche, Hugues Serraf se revendique aujourd’hui mollement. Il était plutôt centriste au départ. Du coup, c’est une gauche un peu mièvre, un peu fadasse. Pas d’élan, pas d’appel au changement, pas de grand souffle. Le petit frère de Versac.

    Un de mes lecteurs m’a autrefois dit qu’il ne pouvait être comparé à Koz car il avait de coupables complaisances pour le Sarkozysme. Je ne trouve pas : ses positions sont simplement assez équilibrées, peut-être trop rationnelles. Par rapport à un vrai socialiste, il manque peut-être l’envolée lyrique. Hugues réfléchit beaucoup, peut-être trop. Il lui manque la mauvaise-foi.

    Il me semble que Comm-Vat n’a peut-être pas aussi bien prospéré que ce que sa qualité rédactionnelle pouvait laisser prévoir. Lorsque j’ai débuté, il était un blogueur plus « influent« , dans mes souvenirs. Aujourd’hui, il est plus en marge. Est-ce à mettre au fait qu’il cultive son indépendance ? Ou bien que sa brillante prose le mette à part ? Je n’en sais rien.

    Si Hugues était un animal, il serait un aigle, perché sur son pic. Et pour aller le zieuter avec des jumelles, il faut prendre la route sinueuse du style de Comm-Vat. Ceci n’enlève rien à ses mérites. Après tout, une Merveille du Oueb doit-elle être forcément « popu » ? A vous d’en décider. De toutes manières, il y a 99% de chance qu’Hugues Serraf ne daigne répondre ni à ce billet, ni à vos commentaires…

    * Cet ami Michel B. revient d’ailleurs souvent dans ses billets. Michel Boujenah ? Ok, je sors…
    **Cela n’a rien à voir, mais au détour du billet de Versac, il y a cette phrase : « je ne peux que conseiller mon lectorat innombrable (que j’invite pour l’occasion à me rappeler son existence au moyen d’un commentaire – je suis toujours étonné de voir que j’ai dans les 150 à 200 visiteurs par jour, et seulement un à trois commentaires » certains débats récents sur BLOGMANIA II.
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    Sujets: Portraits, Toréador critique littéraire et médiatique | 16 Comments »

    16 réponses “Les Sept Merveilles du Oueb (III) : Le distant & distingué Hugues du Commentaire de la Vaticination”

    1. Oppossum Says:
      février 20th, 2008 at 23:47

      Voilà un billet mi fugue – mi raison qui écorne fort civilement. On y sent un regret de ce que Com’vat’ n’ait pas daigné jouer à l’indispensable renvoi d’ascenseur entre bloggueurs fréquentant la même herbe médiatique. Du moins avec Toréador.

      Suis allé voir de plus près le sujet du jour . Puisqu’il faut voter .

      Bon, le style est d’une facture correcte , voire très convenue. Ca ressemble à un peu tout, en moins bien, et à n’importe quoi, en bien mieux. L’humour global est sans surprise et toujours dans la même veine . Quelques familiarités vaguement complices, quelques vraies-fausses confidences , des saillies émoussées, bref rien qui ne dépasse trop, ni qui surprenne beaucoup.
      Mais c’est que la forme est d’abord au service de l’idée , et de la nécessité , parfois laborieuse, d’ expliquer , de développer : un vieux truc .
      On le sent pris dans un vieil habitus oscillant entre un militantisme affaissé , une urgence fatiguée d’exercer « l’esprit critique » (celui qui ne s’en laisse pas compter!) et la mission ultime de défendre quelque fatras idéologique, en forme de résidu irrecyclable par le système, sous socle amiotisé, … mais qu’un coup de vent -ciel!- de l’histoire pourrait balayer … : démocratie, droits des femmes, solidarités actives, anti-racisme, laïcité, anticommunauratisme. (La bébête est toujours là).

      Je prends l’exemple de son billet d’un ennui mortifère sur fond de culpabilité suintante et chuintante, sur les raisons qui l’ont amené à mettre ses filles dans le privé (‘Carte scolaire: le débat sous le débat »). Quelle juste et parfois bien vue, mais fastidieuse et inutile démonstration. Tout le monde s’en tape le coquillart. Sauf ses amis qui seront consternés ( c’est vrai qu’en fin de repas les amis de gauche, ça devient lourds)

      Avouons que parfois le niveau s’abaisse considérablement, lorsque Hubert ne manipule ni des faits , ni des observations pertinentes mais des lieux communs plus ou moins invérifiables et passés dans la vulgate médiatique : voyez son récent billet ‘professions réglementées » .

      On commence par faire semblant de croire que notre petit Nicolas se serait présenté en ultra liberaliste (voire en Thatcher-bis) , pour se lamenter de son recul (mais au fait où était l’avancée ?) devant les taxis, dont chacun sait qu’ils sont la solution au mal français !
      Au passage on raille leur petit nombre, comme si les activistes de gauche ne savaient point, avec une poignée bien décidée, bloquer tout un système … (Et puis le concept gauchisard de grève avec manifestation « par délégation » : y doit bien connaître Com’ Vat’ ?)
      Et un petit tacle élégant et lapidaire en forme de sentence , lâché au détour d’une phrase , avec les « 200 000 € » d’une licence de taxi : preuve qu’il s’agit là d’une caste comparable aux notaires et pharmaciens …

      Autre petite pirouette amusante : l’utilisation de l’odieux recul devant les taxis, comme signe patent et définitif du naufrage du rapport Attali : « S’en est fait soeur Anne, la réforme est avortée ! »

      Allons encore plus bas et admirons avant d’en finir, l’utilisation et le rappel discret et finaud, de ce fameux SMS de NS à CB, (enrobé d ‘ un « Je me fiche comme d’une guigne de ses affaires de couple ») dont personne ne semble confirmer ni l’existence et encore moins le contenu …
      Et quand bien même … ! … Mais je suis sûr qu’au fond de lui, Com’Vat’ bat sa coulpe , car il semble doté d’un fort potentiel d’autocritique judéo-chrétienne (lâchons les chiens, même usés)

      Bon, reste une belle lucidité contrariée, une sincérité -à reculons- , une certaine honnêteté -un peu filoute-, une culture que je n’ai pas . Bref, c’est son blog et Com’Vat’ y pose ses questions , tortueuses, sur son propre chemin, avec, et sans ses chichis thérapeutiques. Un esprit libre (avec quelques tics ?) Ca tranche avec la vacuité péremptoire et assurée de pas mal d’autres.

      Ca doit être un garçon sympa -comme moi- ;) .
      Son blog n’est vraiment pas ma tasse de thé.
      C’est tout et c’est vraiment pas grave.

    2. Toréador Says:
      février 21st, 2008 at 1:37

      Bravo Oppossum. Je crois que notre diagnostic est assez proche. Je suis heureux de vous voir revenir avec autant de verve, vous qui êtes l’un de mes meilleurs commentateurs !

      Pour ce qui me concerne, je joue la carte de la transparence : oui, le coté « tour isolée » m’énerve un peu. Ca se cite entre eux, ça se coopte, ça se renvoie la balle, et vous qui êtes arrivés après le match, vous pouvez suivre ça des gradins. En même temps, Comm-Vat n’est pas un sale con comme d’autres (vous verrez si j’encorne fort civilement Eolas…).

      T.

      P.S: Mon offre tient toujours…

    3. Hugues Says:
      février 21st, 2008 at 9:46

      Ah, je ne suis que relativement merveilleux alors ?

    4. le chafouin Says:
      février 21st, 2008 at 9:53

      «  »Comm-Vat est peut-être le blogueur qui m’a le plus déçu de ce point de vue-ci. Appréciant son style précis, ses billets bien tournés, sa hauteur de vocabulaire, j’ai plusieurs fois tenté de le contacter, pour échanger. Je l’ai mis un moment dans ma blogroll – il ne m’a jamais rendu la pareille – avant d’opter pour un référencement sur Lieu Commun. A l’inverse, il ne m’a jamais honoré de sa visite  »

      Si je faisais ton portrait, Toré, je dirais que tu es assez susceptible et que l’indifférence d’autrui te meurtrit profondément.. Quel désir d’amour!

    5. Toréador Says:
      février 21st, 2008 at 12:00

      @ Hugues. Attention, ce n’est pas moi qui décerne des brevets de merveilleux. Les nominations initiales viennent des lecteurs de mon blog. Ces portraits sont 100% subjectifs.
      Merci pour ces huit mots de commentaires qui illustrent assez bien mon propos.

      @ Chafouin. Je crains que ce soit assez proche… Et puis, entre nous soit dit, je n’ai pas l’habitude de laisser indifférent. A la limite, je préfère même qu’on me haïsse. L’indifférence est la forme d’une mollesse d’esprit.

    6. Ozenfant Says:
      février 21st, 2008 at 19:12

      Alors là les gars, vous y allez fort !
      C’est vraiment l’hopital qui se moque de la charité !
      Les bobos ne sont pourtant vraiment pas ma tasse de thé… mais un bobo doué d’objectivité, c’est suffisament rare pour ne pas le jeter aux orties.
      De plus même si son blog a connu une période encore plus faste, beaucoup se contenteraient de sa fréquentation actuelle, et je retiens une phrase d’Opposum qui résume tout:
      « Ca tranche avec la vacuité péremptoire et assurée de pas mal d’autres. »

      Toréador, tu n’es pas visé par ma remarque !

    7. Toréador Says:
      février 21st, 2008 at 19:25

      @ Ozenfant : tu ne serais pas en train de viser ENCORE mes kiwis chéris ? Mais ma parole, tu es comme Azouz Begag avec Sarkozy ? lol

    8. edgar Says:
      février 21st, 2008 at 23:40

      pas oublier qu’il est journaliste, son blog est donc aussi une vitrine professionnelle. Alors que pour nous autres anonymes, c’est plus un moyen d’expression ou un défouloir.

      Je le trouve entre eric besson pour les idées et eric le boucher pour le style.

      (et j’ai aussi eu une ou deux expériences avec des blogueurs chics : eolas a mis une ligne chez moi pour expliquer qu’il n’allait pas perdre son temps à débattre avec un furieux (je n’avais pas écrit un mot encore), et Versac a été un peu plus loquace (je l’avais boycotté au moment où il interviewait benoîtement marine le pen).

      en même temps, je les comprends : s’ils commençaient à partir dans des querelles avec le premier blogueur qui met un lien acide vers chez eux, ils n’en finiraient pas. il faut vraiment y aller fort pour avoir un échange prolongé, mais faut avoir envie de vraiment forcer le trait (à la allainjules) !

    9. Toréador Says:
      février 21st, 2008 at 23:51

      Moi j’ai ferraillé un temps avec Versac, tu peux chercher dans l’historique, c’est assez drôle.

    10. Manue Says:
      février 22nd, 2008 at 7:59

      C’est bien pour te faire plaisir suite à BLOGMANIA … ! Mais que dire … ? J’ai mis Com-Vat dans mes favoris, mais tous les jours je roll dessus sans m’arrêter ! je sais pas … certainement quelque chose qui s’approche de ce qui tu as écrit à son propos … Peu engageant, parfois prise de tête et paraissant snob … Dans un genre aussi épuré, je préfère de loin Koz, que je ne lis pas chaque jour mais régulièrement selon l’intérêt que je trouve à ses accroches.
      Sinon, simple question, mais d’importance : je ne comprends rien à ton concours les 7 merveilles … Les noms changent tout le temps, la dernière fois que j’ai regardé, il n’y avait ni Koz ni Eolas qui y sont aujourd’hui. Je vote régulièrement pour ces deux là mais si ça se trouve, je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais compris les règles que tu es sensé avoir expliquées … une explication personnelle serait la bienvenue … mais ne te force pas, c’ets pas la fin du monde non plus !

    11. Toreador Says:
      février 22nd, 2008 at 9:41

      Nous étions alors en demi finale et la en finale

    12. Ozenfant Says:
      février 22nd, 2008 at 11:16

      Querido Matador,

      Comme tu le disais toi même, se sont nos « clients » qui font la valeur des échanges de réponse à nos textes.
      Je trouve que chez Koz et chez Hugues, les échanges des lecteurs sont d’un niveau plus qu’honorable.
      Koz règne en maître sur ses « clients », mais il à des « co-auteurs » de grande valeur, ce qui est une bénédiction.

      Pour les Kiwis, on sait bien sur quel critère tu les as choisi !

    13. Toreador Says:
      février 22nd, 2008 at 12:40

      Lesquels?

    14. Le Hibou Says:
      février 22nd, 2008 at 14:00

      Suis un fan absolu de comm-vat. J’agrée à n’importe lequel de ses mots, pourrais contre-signer pratiquement tous ses billets depuis que je le suis (un an et demi ? deux ans ? …quand on aime).
      ‘têt une question de feeling, parce que je ne vois pas avec quels arguments je pourrais le défendre : il me semble que soit on accroche, soit… pas.
      Du coup, cette page m’est un peu exotique :-)

    15. Toréador Says:
      février 22nd, 2008 at 15:57

      Un volatile courageux :-)
      J’irai voir ton blog, ami Hibou !

    16. Les Sept Merveilles du Oueb (X) : Jean, le Cyber-Vaugelas de la blogosphère | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      mars 28th, 2008 at 1:04

      [...] implicitement en diffusant sur un de ses sites de potaches la référence à mon billet. Même Hugues est venu laisser une phrase laborieuse de commentaire. Pas [...]