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    Paso Doble n°66: Requiem for un Modem ?

    Par Toréador | avril 10, 2008

    A las cinco de la tarde…

    La transhumance vers les verts pâturages…

    L’Histoire du Modem, c’est celle d’un parti qui a voulu changer sa doctrine politique sous l’impulsion d’un prophète. Lorsque François Bayrou se saisit de l’UDF, en 1998, l’UDF était un parti confédéral composé de tous ceux qui n’étaient pas gaullistes, d’où un mélange curieux de notables, de libéraux, de centristes, de types de droite dure non gaulliste et de démocrates-chrétiens. Grosso-modo, leur seul point commun était une position plutôt très favorable à l’idée européenne et au fédéralisme.

    François Bayrou fit un pari : en se délestant de certains courants qui firent scission et/ou rejoignèrent l’UMP, il entreprit d’unifier idéologiquement l’UDF pour en faire le « parti centriste ». Toute référence à la démocratie-chrétienne fut notamment abandonnée, Bayrou ayant retenu de son passage à l’Education Nationale que cette étiquette serait un boulet pour réussir dans ce pays.

    Bayrou ne vit point cependant qu’avec les autres courants, lui avait échappé ce qui faisait la caractéristique essentielle de l’UDF : l’Europe. L’UMP devint, à la différence du RPR monolithiquement gaulliste, un parti clivé sur la thématique européenne.

    Du Ni-Ni au Et-et

    L’UDF s’est ainsi progressivement réduite à ce qui était la partie la plus informe de son identité initiale : le centrisme. Le centriste, c’est celui qui n’est ni de droite, ni de gauche, ni libéral, ni social. C’est le nini au carré : incolore, inodore et sans saveur.

    C’est avec cette étiquette que Bayrou parvint à émerger en 2007, parce que le rejet des deux personnalités émergentes de la présidentielle, chacune dans leur propre camp, ouvrait une brèche dans la cohésion des électorats. A l’époque, je critiquais durement ce vide idéologique du Bayrouisme, dont la rhétorique, basée sur un rejet tous azimuts, ressemblait à une sorte de poujado-lepenisme light.

    En 2007, et les billets naïfs d’une Quitterie Delmas le prouvent, l’UDF se prit au jeu de vouloir profiter de cette incohérence ectoplasmique consubstantielle à ses idées pour changer du tout au tout sa position sur l’échiquier politique : de parti de notables en parti de jeunes et de masse, de parti de l’immobilisme conservateur en parti du mouvement, de parti européen en parti du terroir. Il est intéressant de regarder les symboles : au bleu traditionnel de l’UDF se subtitua l’orange, la couleur qui en est chromatiquement la plus éloignée. Et son symbole fut un tracteur… Le mouvement tranquille.

    Pour exister au premier tour, il suffisait à Bayrou d’engranger une forte minorité dans chacun des deux camps, de telle manière à ce que l’addition des déçus lui offre un ticket pour le second tour. Alors, il serait parvenu à se faire élire en fédérant tous les rejets, de droite comme de gauche.

    Cet atout est cependant devenu vice en 2008, sur une élection où la posture nationale avait moins d’importance que les enjeux locaux. François Bayrou a essayé de passer le Rubicon et de se positionner au centre-gauche, poussé sur sa droite par le Nouveau Centre et pressé de se repaître des restes d’un P.S qui allait manifestement exploser.

    De parti ni-ni, le Modem, faute de ligne idéologique substantielle, est alors devenu le parti et-et. Et avec la Gauche (officiellement), et avec la Droite (sociologiquement).

    Les défections successives de Cavada, Mercier, Arthuis et consorts (le Modem est un parti centriste qui a plus de centristes à l’extérieur qu’à l’intérieur) s’expliquent par la prise de conscience de la faiblesse programmatique du Modem et de sa trajectoire suicidaire. Faute d’atours, le Modem tenait en un seul programme : la personnalité de Bayrou.

    Quand l’UDF renaît de ses centres

    Aujourd’hui, la greffe au centre, puis au centre-gauche, apparaît de plus en plus comme un échec. La situation est bloquée cependant : l’UDF tente de renaître de ses cendres.

    Sur le papier, tant le Nouveau Centre – qui a des élus mais pas de base – que le Modem – qui a peu d’élus mais de l’argent – auraient intérêt à se pacser. Le problème est que la cause de la scission ne peut être réglée par des moyens politiques.

    Contrairement aux bisbilles UDF/RPR ou PS/PCF, le point de friction n’est pas (seulement) programmatique. Le problème est que le programme du Modem, c’est Bayrou. Et que Bayrou n’acceptera jamais de franchir le Rubicon inverse.

    Bien sûr, en théorie, les fidèles du Modem pourraient décider de changer leur président, puis fusionner avec le Nouveau Centre. Mais ce serait un contre-sens absolu : vider Bayrou, c’est vider le Modem de sa substance finale puisque c’est le seul point attractif de son programme. Bayrou, c’est le Modem. Le Modem c’est Bayrou.

    Voilà pourquoi je crains que la situation ne soit gelée pour quelques mois, en attendant que ne se fissure soit le bloc de droite, soit le bloc de gauche, soit le Modem.

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    Sujets: Paso Doble | 18 Comments »

    18 réponses “Paso Doble n°66: Requiem for un Modem ?”

    1. Lancelot Says:
      avril 10th, 2008 at 17:26

      Remember Sarkozy durant sa traversée du désert. L’histoire a des raisons que la politique ignore …

    2. Ozenfant Says:
      avril 10th, 2008 at 17:31

      Ayant voté pour Bayrou aux présidentielles, je ne suis pas particulièrement fier de mon choix, quand je vois le parcours erratique du Modem et de son dictateur/président !

      Aurait-il été aussi faible que Sarkozy ?

    3. Toréador Says:
      avril 10th, 2008 at 18:20

      Non, Bayrou n’aurait pas été un mauvais président.
      La traversée du désert, oui, elle est essentielle pour être présidentiable. En même temps, Bayrou est assez illisible. Ce n’est pas Mitterrand.

    4. gasper Says:
      avril 10th, 2008 at 18:47

      tres bon ce billet. celui sur les JO aussi (j’avais oublié de le mentionner)

      Bayrou espere peut etre un duel « Morano vs Dray » pour l’emporter en 2012… va savoir ce que cet homme là voit ;-)

      plus sérieusement, j’ai le sentiment que le modem (et donc bayrou) n’ont pas encore dit leur dernier mot. Il va devoir s’ouvrir un peu, acceuillir des profils capables de le concurencer au sein du modem, mais aussi indispensables pour relancer la machine. Du/de la quadra ambitieux(ses)…
      si Bayrou ne joue pas la carte de l’ouverture, de toutes façons, il est mort…

    5. Toréador Says:
      avril 10th, 2008 at 19:43

      Merci Gasper.
      Un peu déçu que la géopolitique ne passionne pas les foules !

    6. Seb Says:
      avril 10th, 2008 at 20:00

      On sent toute la croyance de Luc en FB et en le Modem. Ce parti centriste c’est avant tout le déni de la droite et de la gauche avant même d’avoir des idées. Au contraire de toi Toré, je pense qu’il sortira de sa reserve et qu’il saura jouer du levier communication en 2012 pour prouver que la seule alternative c’est lui. Et les français, ignare en politique, amnésiques tout autant que utopique croiront en ce qu’il proposera. A moins que d’ici là la refonte de la gauche n’absrobe le Modem ou tout du moins sa base électorale ou que Sarkozy ne le termine d’un dernier coup de boutoir…

    7. Toréador Says:
      avril 10th, 2008 at 23:17

      Non mon cher Seb. Je pense que Bayrou garde ses chances pour 2012…

    8. Nick Carraway Says:
      avril 11th, 2008 at 11:03

      La gauche aussi est vide idéologiquement. Elle se définit depuis plus de dix ans en réaction contre la droite. Voter à gauche pour battre la droite. Point culminant : le « Tout sauf Sarkozy » des présidentielles…

      Le problème du MoDem, c’est effectivement Bayrou. Il ne sait pas s’entourer. A-t-il peur de voir émerger des hommes politiques crédibles ? Ce serait étonnant, non ?

    9. lomig Says:
      avril 11th, 2008 at 13:38

      salut à tous…
      personnellement, j’avais annoncé la mort politique de Bayrou le 5 juin 2007 : Bayrou : mort politique annoncée.
      Ce qui suit, se passe en ce moment, et se passera est relativement prévisible dans la mesure où Bayrou n’a jamais voulu se positionner politiquement. S’il était conséquent, il aurait cherché à créer un grand parti de gauche social-démocrate avec Bokel et Kouchner. Occasion historique ratée ?
      à bientôt !

    10. Toreador Says:
      avril 11th, 2008 at 14:36

      @ Nick. Nous verrons. L’appétit des hommes pour le pouvoir est tel qu’il attire comme un aimant, même vers les personnages les plus vils ou les plus idiots. Regarde Pétain.

    11. Ozenfant Says:
      avril 11th, 2008 at 17:20

      Je radote, certes, mais je persiste à dire que les Français ont oujours brimés les politiciens intelligents de Joseph Caillaux à Hubert Védrine en passant par Mendès-France. De Gaulle n’a dû d’être épargné, qu’à la présence de la Guerre.

      Quand à Bayrou, le fait que j’ai voté pour lui (le « moins pire » des trois), ne veut pas dire que j’ai beaucoup d’estime pour lui.

    12. Dan66 Says:
      avril 12th, 2008 at 22:43

      Je lis ces divagations de la part d’une personne qui ne connaît pas vraiment F. Bayrou, mais reproduit ce que l’on peut lire un peu partout dans les médias…

      Dommage, j’ai connu Toréador meilleur sur certains sujets.

      Et il n’a absolument pas pris la dimension de ce qui se passe actuellement en France. Le MoDem est tout autre chose que ce qu’il appelle le « centrisme ». Le « centrisme » est parti au Nouveau Centre…

      Je lui conseille d’ailleurs l’excellente émission sur Public Sénat:

      http://www.publicsenat.fr/cms/emission/emission.html?idE=55799
      Emission intitulée « Déshabillons-les – F. Bayrou ou le rebelle solitaire » du 11 avril 2008

      et l’excellente interview de Jean Lassalle sur France Culture:

      http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/rdv_politiques/index.php?emission_id=35060155

      qui dit entre autres:

      « S’ils pouvaient faire un convoi groupé et partir tous ensemble, ça nous arrangerait bien parce que d’abord, eux ça les libèrerait, parce qu’ils ne sont pas heureux et puis nous aussi parce que ça nous permettrait de faire enfin ce qu’il convient de faire et que tous ceux qui doivent partir s’en aillent. Peu importe qu’ils soient sénateurs, députés – bah on n’est plus beaucoup !- et conseillers généraux ou maires ou conseillers régionaux et qu’on puisse redémarrer parce que manifestement nous sommes sur une souffrance parce que nous sommes dans la même maison mais ne parlons plus de la même chose. »

      Je conseillerais à l’auteur de ce site l’écoute de ces deux documents sonores de qualité avec des journalistes et spécialistes de qualité qui ont une vue bien plus correcte sur ce qui se passe dans le pays que tout ce qui s’écrit sur ce site.

      Dommage de parler de choses que vous ne jugez que de l’extérieur. Vous allez être TRES surpris. Car les membres du MoDem sont terriblement déterminés à faire changer le pays.

      Vous en entendrez parlez longtemps…

    13. Toréador Says:
      avril 13th, 2008 at 0:08

      Cher Dan66, votre commentaire illustre ce paragraphe :
      « l’UDF se prit au jeu de vouloir profiter de cette incohérence ectoplasmique consubstantielle à ses idées pour changer du tout au tout sa position sur l’échiquier politique : de parti de notables en parti de jeunes et de masse, de parti de l’immobilisme conservateur en parti du mouvement, de parti européen en parti du terroir. Il est intéressant de regarder les symboles : au bleu traditionnel de l’UDF se subtitua l’orange, la couleur qui en est chromatiquement la plus éloignée. Et son symbole fut un tracteur… Le mouvement tranquille. »

      je ne suis pas d’accord lorsque vous dites que le Modem n’est pas centriste : Bayrou n’arrête pas de se revendiquer de cette étiquette.

      Vous êtes persuadés de changer le monde – c’est votre droit, et c’est bien ce que je commente. Je suis persuadé qu’il s’agit d’une illusion.

      Enfin, je connais mieux le Modem que ce que vous croyez. Je dois avoir rencontré à peu près la moitié des têtes pensantes du Modem. Enfin, avant évidemment les purges…

    14. romain blachier Says:
      avril 13th, 2008 at 20:45

      trés bon article (tiens tellement bon, j’intégre ton blog à mon agrégateur) et d’accord avec toi sauf sur un point:non le modem n’a pas essayé en 2008 d’aller au centre-gauche.Fin 2007 oui c’est vrai et la majorité des militants venus vers les préisdentielles et encore plus juste aprés sont des gens plutot centre-gauche.Les municipales ont justement été une désillusion cruelle pour ces gens-là, qui ont vu que derriére une posture d’indépendance se cachait parfois chez certains le désir de faire monter les enchéres pour se vendre à prix d’or à la droite ou à la guache, en fonction non des programmes mais des intérèts.Heureusement il y a quelques gens bien dans ce parti..

    15. Dan66 Says:
      avril 13th, 2008 at 22:03

      @ Toréador:

      Deux choses m’interpellent dans votre réponse à mon message.

      1. Bayrou se revendiquerait comme « centriste » selon vous. Il me semble que vous avez zappé pas mal d’évolutions. Je cite quelques phrases de F. Bayrou:

      « Et nous porterons un seul nom. Et c’est un grand nom. Le Mouvement Démocrate.

      … Dire centre, c’est se définir par rapport à la droite et par rapport à la gauche. Et nous, nous sommes démocrates !

      Comme on dit « les conservateurs », comme on dit « les socialistes », on dira « les démocrates ».

      …Nous sommes démocrates parce que nous croyons que l’irruption de la société de l’information rend nécessaire et permet enfin que se réalise la conviction qu’a exprimée le premier, il y a cent ans, Marc Sangnier, que je n’ai jamais entendu formuler aussi précisément : « la démocratie est l’organisation sociale qui porte au plus haut la conscience et la responsabilité des citoyens ». Et nous, nous voyons dans cette conscience et dans cette responsabilité le moteur même du progrès de la société et du progrès individuel des hommes.

      Et il y a un grand courant démocrate en formation dans le monde… »

      2. Vous écrivez:

      « Je dois avoir rencontré à peu près la moitié des têtes pensantes du Modem. » Vous vouliez sûrement parler de l’UDF… et du petit noyau de Parisiens.

      Excusez du peu… je vous trouve terriblement prétentieux et passablement ignorant.

      Car ce que vous appelez les « têtes pensantes » du MoDem, ce sont les nouveaux adhérents, et vous ne semblez pas encore les connaître. Car ils sont un peu partout sur le territoire et à l’étranger et ils sont en train de donner au MoDem son vrai visage.

      Il n’est pas du tout question de « changer le monde », mais de faire prendre conscience de certaines réalités dans la France actuelle qui n’est pas une démocratie, mais une monarchie larvée…

      Tiens, je vous conseille un excellent blog, celui d’Hypos:

      http://hypos.over-blog.com/article-18582468-6.html#anchorComment

      et cet article intitulé « Le soulèvement de mai 68: suite d’une révolte annoncée »:
      http://hypos.over-blog.com/article-18704035.html

      Bonne information…

    16. Toréador Says:
      avril 13th, 2008 at 23:18

      @ Dan66. Les petits soldats du Modem, héraults de la révolution Delamssienne, sont toujours là je vois. Officiellement indépendants, mais ayant toujours une réthorique de désinformation, à grands coups d’articles et de références diverses.

      Les têtes pensantes, ce seraient les nouveaux adhérents ?

      Alors mettez vos casques, parce que la descente va être rude !

    17. Toréador Says:
      avril 13th, 2008 at 23:35

      @ romain. Merci !

    18. Oppossum Says:
      avril 15th, 2008 at 10:51

      Amusant de voir FB traité de sectaire , en comparaison du tyrano-brouillon qu’est Sarko et de l’autorité participative de la Dame du Poitou.

      Que les rats quittent tout simplement le navire comme des moutons, parce que le MoDem a pris l’eau me semble le plus plausible.

      Depuis que F.Bayrou a commis l’erreur de se couper du socle des notables centristes, il est peu à peu devenu une énigme. Sa stratégie mélange à présent du panache et du réalisme de façon trop anarchique.

      Son contenu programmatique qui oscille du Ni-Ni au Et-Et déroute trop l’esprit français habitué à passer de la folle audace du ‘carrément autre chose’ dans les discours, à un conservatisme total dans l’action qui en découle.

      Bref le français est conservateur déguisé en réformateur velléitaire. FB ne rentre pas dans cette case.

      Mais le problème fondamental du MoDem , c’est qu’il est composé de troupes virtuelles qui s’ignorent, et qui sont , pour l’instant, engagées dans l’éternelle gueguèrre droite-gauche.

      L’élection de FB aurait pu fédérer en provoquant un petit seïsme, par le haut.
      Mais par le bas, la tâche est trop ardue. Déjà si le MoDem survit, pour ne pas insulter l’avenir, ça sera pas mal.