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    Paso Doble n°70 : Journal de campagne américaine (VI) : l’Amérique malade de ses institutions

    Par Toréador | mai 13, 2008

    A las cinco de la manana…

    My baby shot me down

    We rode on horses made of sticks
    He wore black and I wore white
    He would always win the fight

    Le duel sans fin entre Obama et Hillary est en train de ronger le parti démocrate, et plus modestement de détruire ses chances de remporter l’élection présidentielle à venir.

    La classe politique américaine paye pour son approche marketing de la politique. A force de viser « le vote latino », « le vote noir » ou « le vote des femmes », les démocrates ont sur les bras deux candidats qui sont devenus le porte-étendard d’intérêts catégoriels.

    Mais l’important n’est pas vraiment là. Le vice est avant tout institutionnel ! En effet, les mécanismes mis en place depuis deux siècles pour « filtrer » la démocratie directe risquent de détourner pour la deuxième fois la volonté populaire en favorisant un outsider – en l’espèce Mac Cain.

    Billard (américain) à trois bandes

    En 2000, déjà, le système électoral américain avait montré ses limites : Mc Cain, qui était à cette époque le candidat le plus populaire des trois au plan national, avait été éliminé par le système des primaires républicaines. Et lors du round final, c’est le candidat le moins populaire des deux restants qui avait été choisi, Gorges Bush ayant été élu malgré une minorité de voix. Les juges de la Cour Suprême avaient dû trancher et désigner le nom du vainqueur.

    En 2008, le système des caucus et des primaires, lequel ne fait que finalement que reproduire au sein de chaque parti le système baroque retenu au niveau national pour déterminer le président, s’est à nouveau enrayé : au bout de cinq mois de compétition, ce sont les « super-délégués », c’est à dire les apparatchiks du parti, qui vont trancher entre Obama et Hillary. Et donc quelque part « faire » l’élection finale de novembre.

    Ce mécanisme à deux étages, les pères fondateurs l’ont voulu par défiance à l’égard de la démocratie directe (un président élu par la nation entière directement aurait pu vouloir se faire roi) ET indirecte (si le président avait été élu par un petit groupe permanent d’hommes – par exemple les membres du Congrès – ceci aurait pu laisser du champ aux intrigues politiciennes).

    En matière de constitution, mieux vaut Parkinson qu’Alzheimer !

    Il faut retenir de cette lente agonie du système indirect américain deux enseignements : le premier est que le fameux « modèle américain » est à reconsidérer avec une bonne dose d’esprit critique. Le P.S a lui-même compris à ses dépens que primaire ne rime pas forcément avec meilleur candidat.

    Le second est qu’avant de toucher aux institutions de la Vème République (dont nous fêtons aujourd’hui l’avènement dans des circonstances un peu troubles), nous ferions mieux de réfléchir à deux fois.

    Montesquieu disait qu’on ne devait toucher aux institutions que « d’une main tremblante ». Or, j’ai relu dernièrement une interview de Bernard Debré où celui-ci rappelait que la maîtrise de l’ordre du jour par le gouvernement avait été un des verrous essentiels mis en place en 1958 par son père pour empêcher le retour du régime d’assemblée.

    Le problème de la « pate » institutionnelle, c’est qu’une fois qu’on l’a trop levée, on ne peut que la jeter, et non pas la reprendre. Il n’y a qu’à regarder pour s’en convaincre l’exemple du quinquennat, fausse-bonne idée dont personne n’avait envisagé les conséquences à moyen-terme…

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    Sujets: Paso Doble | 6 Comments »

    6 réponses “Paso Doble n°70 : Journal de campagne américaine (VI) : l’Amérique malade de ses institutions”

    1. jane Says:
      mai 13th, 2008 at 9:15

      bonjour! je ne veux pas faire de nombrilisme, mais ici en France où la démocratie directe n’est pas une vue de l’esprit, regardez un peu le pugilat chaque jour crescendo entretenu par une hystérie martelée dès juin 2007? une référence en matière de démocratie!
      je ne suis pas sûre qu’une opposition de droite aurait pu être autant contre productive.
      la gauche n’est pas en mesure de gouverner(peut pas tout faire, dénigrer et construire) et la droite ne peut pas gouverner à cause de la gauche qui n’est pas en mesure de gouverner, on se mord la queue, alors changer les institutions, emplâtre sur une jambe de bois!

    2. Toreador Says:
      mai 13th, 2008 at 11:35

      Jane : bien d’accord

    3. MamboJoel Says:
      mai 13th, 2008 at 16:21

      Correctif:
      « En 2008, le système des caucus et des primaires, lequel ne fait que finalement que reproduire au sein de chaque parti le système baroque retenu au niveau national pour déterminer le président »

      Si le système des primaires républicaines se rapproche du collège électoral au sens que le vainqueur d’un Etat empoche tous ses délégués, en revanche le système des primaires démocrate est bien différents au titre que les délégués de chaque Etat sont plus ou moins distribués de manière proportionnelle. On ne peut que constater l’efficacité de l’approche républicaine, et par la même donner un certain crédit au collège électoral (auquel une majorité des américains reste fort attachée) quand on voit la rapidité avec laquelle Mc Cain a remporté la nomination grâce au winner-takes-it-all.

    4. Ozenfant Says:
      mai 13th, 2008 at 17:06

      D’accord sur le billet de Jane, pas d’accord sur la conclusion sophiste.

    5. Toreador Says:
      mai 13th, 2008 at 17:11

      @ Mambo : Il est vrai que le système républicain est plus « pur ». En même temps, il est aussi plus dangereux puisqu’un candidat qui ferait théoriquement 49% dans tous les Etats pourrait n’avoir qu’un délégué !

    6. jane Says:
      mai 13th, 2008 at 18:00

      Ozenfant, il n’y a qu’un seul H. Védrine, et sa stature d’homme d’état le distingue et le différencie de la meute des aboyeurs professionnels. Cela étant, vous avez raison, il est désespérant qu’une « opposition » si médiocre et si malhonnête parvienne à tout faire capoter ou presque.