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Banderille n°227 : Le droit des institutions à disposer d’elles-mêmes
Par Toréador | mai 14, 2008
C’est une révolte ? Non sire…
Innocent, je ne comprend pas tout le pataquès autour du retoquage du projet (mal ficelé) sur les OGM et de la fronde de la commission des affaires étrangères sur le projet de réforme constitutionnelle. Où est le mal ? N’est-ce pas tant mieux si les institutions se réforment d’elles-mêmes ?
A partir du moment où le président Sarkozy singeait la manière de présider à l’américaine*, n’est-il pas formidable que le Parlement se conduise comme sur Capitole Hill ? C’est ça le régime présidentiel ! Deux pouvoirs qui sont obligés de négocier pour faire avancer un texte, et non pas un parlement à la botte du pouvoir exécutif.
Au lieu de passer un savon à Copé, Nicolas Sarkozy devrait donc en toute logique s’extasier, voire le remercier : Grâce à sa non-compétence, le Parlement recouvre son indépendance, sa fluidité, son envol tout seul ! N’était-ce pas le but recherché lorsque Sarkozy parlait de donner la co-maîtrise de l’ordre du jour aux parlementaires ? Voilà donc un avant goût : Et bien, dansez maintenant.
Habemus Papam et Habeas Corpus !
Tu te croyais pape, Nicolas, seul maître du trône, pontificalement infaillible de par la grâce du Saint-Esprit électoral ? Voilà que tu viens de découvre ta curie, sinon la curée.
Et oui, Nicolas, ton maître à penser, Balladur, t’a caché quelques vérités en matière de droit constitutionnel. Un régime semi-présidentiel n’équivaut pas forcément à moitié moins de pouvoir pour le président par rapport au régime dit « présidentiel ». Au contraire.
Voilà pourquoi de Gaulle, tout de Gaulle qu’il était, avait bien pris soin de garder un Premier ministre, et de cadenasser la majorité au gouvernement via le scrutin majoritaire à deux tours et d’autres joyeusetés du genre article 49.3.
Voilà pourquoi le quinquennat, en fragilisant le Premier ministre, était une erreur.
Et voilà pourquoi jouer au Premier ministre à la place de Fillon en méprisant le pouvoir législatif était une faute.
Et là, y’a penalty : on te réclame un Habeas Corpus.
L’éveil du Parlement me fait décidément penser à la décolonisation et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les minorités longtemps sous contrôle sont en train de se réveiller. Et l’Histoire prouve qu’une fois qu’on a pris goût à l’indépendance…
* Par singer j’entends ceci :

Sujets: Banderille, Toréador critique la Droite | 12 Comments »





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mai 14th, 2008 at 18:50
« Quand le sage montre l’OGM, l’imbécile regarde le couac parlementaire » dit notre ami Hugues Serraf dans son très bon texte : http://www.com-vat.com/commvat/2008/05/quand-le-sage-m.html#comments
mai 14th, 2008 at 19:05
Mouais, je pense que c’est plus compliqué que cela sur le fond !
mai 14th, 2008 at 20:35
Oui, c’est bien plus compliqué, car en l’occurrence il s’agit plus d’un rééquilibrage de facto des institutions que des OGM eux-mêmes.
Por moi, le quinquennat a surtout fragilisé le parlement, en entraînant une adéquation quasi systématique entre la couleur politique de celui-ci et celle du président. Au fond, la légitimité de l’assemblée, c’est celle du président fraîchement élu, et ça, c’est forcément problématique. D’un autre côté, des élections à mi-terme, comme sous mitterrand, entraînent le risque d’une politique clientéliste à l’approche du scrutin…
Je comprends moins bien le début de ton texte, puisque tu sembles dire que ce couac est une bonen chose : certes, cela montre que le parlement n’est aps une chambre à enregistrer, mais ça montre aussi qu’on navigue à vue, qu’on est en plein flou, que les députés ne savent pas ce qu’ils veulent. On tâtonne…
mai 14th, 2008 at 20:35
Tout a fait raison, le vrai scandale ici n’est surement pas le rejet du texte mais bien l’absentèsime de ces carrièristes, véritables cancres de la politique, que la France élit et paye gracement pour faire mine de sièger dans une je-ne-sais-quelle commission.
C’est la seconde fois que cette majorité s’offre le luxe de deserter. Ils prennent le retour de baton dans la gueule.
En espérant qu’il fasse bien mal.
mai 14th, 2008 at 22:34
Chafouin, la première partie est ironique !
Seb. En juillet 1998, il était arrivé la même chose au PACS avec désertion de la Gauche
mai 15th, 2008 at 8:30
Quel plaisir de découvrir par écrit, ici, ce que l’on pense exactement de certains traits de notre société.

Merci Toréador car, en plus, grâce à votre talentueux blog commenté en général fort intelligemment, je peux ‘briller’ en dîner
(pourvu que mes relations ne vous lisent pas…)
mai 15th, 2008 at 8:32
Avec la petite nuance que pour la gauche, le coup du Pacs avait été clairement une surprise, si je me souviens bien. La droite avait joué le même coup que le PS aujourd’hui, sauf que la grande différence, c’est que les députés UMP, cette fois, ont volontairement boudé l’hémicycle, ce qui est en soi un désaveu implicite.
mai 15th, 2008 at 9:25
Je prépare un petit billet sur l’affaire Chafouin…
mai 15th, 2008 at 10:44
Chaf’, non : je ne pense pas que les députés avaient boudé volontairement la séance, d’où la surprise
mai 15th, 2008 at 10:48
Le rejet du projet, c’est un peu prématuré, il va passer en Commission Paritaire Mixte, avec un Sénat très favorable au projet initial, il l’avait même vidé de toutes les vagues allusions écolos.
mai 15th, 2008 at 14:50
Je vois mal quel rapport on peut avoir entre les deux ; ce n’est pas la réforme de Sarkozy qui fait ça, c’est simplement un décalage ponctuel entre lui et sa majorité. Comme on avait pu l’avoir lors du débat sur le PaCS, alors qu’aucune réforme des institutions allant dans ce sans ne se profilait (le quinquennat n’a eu aucun effet là-dessus).
Tout ça pour dire que l’analyse est très fine, mais de là à dire que ce n’est que le début, il y a un gouffre !
mai 15th, 2008 at 14:58
Intéressant commentaire Killcow.
Effectivement, le rejet du PACS a quelques points communs avec le projet OGM. Dans les deux cas, le débat était transpartisan.
Ensuite, l’analyse que je fais est différente : il n’y avait pas de crise de la majorité plurielle, alors que là oui. En réalité, c’est la conception présidentialiste à l’américaine de Sarko qui a généré la fronde de parlementaires, blessés dans leur égo par le mépris des petits laquais du prince.
Ce n’est qu’un début, oui. Car si le PM continue à s’affaiblir, et si on enlève certains garde-fous, le Parlement risque d’évoluer vers un Congrès à l’américaine.
Pourquoi ?
Au Royaume-Uni, le chef de la majorité est celui qui mène ses troupes à la bataille des législatives. Pas en France. Le lien est légèrement distendu puisque c’est consécutivement à l’élection de Sarko que les législatives ont eu lieu, entraînant une vaguelette bleue. Mais la Droite a eu chaud : 2 mois après l’élection, voilà que le peuple a rééquilibré la donne au premier tour des législatives. Il y a donc un lien de causalité entre l’élection présidentielle et l’élection législative, mais pas un lien automatique.
Allons au bout des choses : imaginons une théorie farfelue. Copé émerge pour les députés comme le meilleur candidat de la Droite pour 2012 et Sarkozy est dévalué. La majorité pourrait très bien renverser le PM et imposer à Sarko « son » candidat. Alexandre Millerand en a fait les frais en 1924.