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    Banderille n°233 : « Entre les murs »

    Par Toréador | mai 28, 2008

    Les mots, voilà l’ennemi

    Fabuleuse sortie que celle de Ségolène Royal qui démontre une fois de plus qu’elle est imbattable dans le domaine de l’approximation politique. Dépassant le mur du çon, elle a en effet suggéré des sanctions à l’encontre de ceux qui au Parti socialiste se comportent « mal » en « dénigrant » leur parti, en allusion à Jean-Christophe Cambadélis qui avait parlé de « pétaudière« .

    Ce hors d’oeuvre est déjà hilarant, et suffirait à lui seul pour rire de cette ségolade, tant l’on connaît toute la pusillanimité du parti vis-à-vis de Georges Frêche. Heureusement au passage que Cambadélis n’a pas parlé de Chienlit car Royal lui aurait en plus reproché de piocher dans le vocabulaire « de nos adversaires« . Là, c’était sans doute direct le peloton d’exécution.

    Le Parti est grand et Royal est sa prophétesse !

    Mais l’explication de Royal – le plat de résistance – vaut son pesant de cacahuète : « Les militants ne tolèrent pas que des élus portent atteinte à la dignité du parti ou aux règles élémentaires de fraternité au sein du PS, alors qu’ils lui doivent leur élection (…) On est élu parce qu’on bénéficie d’un parti, de ses militants, de son histoire, eh bien, on a des devoirs à l’égard de ce parti« .

    Quel lapsus révélateur : les élus du P.S appartiennent au P.S. Ils lui doivent son élection. Ils sont responsables « devant les militants ». Quelle vision top-down hallucinante lorsqu’on connaît les thèses de démocratie dite « participative » de la candidate. Longtemps – mais détrompez-moi – j’ai cru que les élus du peuple se réunissaient en partis par communauté d’idées, et pas l’inverse qui suggère que la démocratie serait en réalité le jeu d’appareils.

    L’évocation des « militants » est d’ailleurs en elle-même significative : j’ai toujours trouvé le peuple des militants – qu’ils soient de droite ou de gauche – une nécessité malheureuse mais utile, un troupeau d’ambitieux légèrement fanatisés et sans nuance, et surtout sans tolérance aucune à l’égard d’autrui. Les partis ont leurs militants comme l’Eglise catholique avait ses croisés. Hélas, Royal doit, pour être élue, leur faire du pied…

    De la Matrone au Maton !

    La belle ravageuse conclut ainsi : « Seul doit nous animer le débat d’idées. Mais, lorsque le parti aura décidé sa ligne politique, il faudra s’y tenir« . Et si j’ai bien compris, désormais, qualifier de pétaudière le parti, avant même d’avoir abordé la querelle des idées, est passible de suspension ou d’exclusion. Voilà qui promet lorsqu’on va parler d’idéologie

    Et vous voudriez instaurer la proportionnelle ? Regardez la conception de Royal : c’est le meilleur moyen de tuer définitivement toute autonomie de l’élu par rapport à l’appareil. Ce sera le parti qui « fera » les listes, avec la perte du lien entre le territoire, les électeurs, et l’élu.

    Etonnante Royal en institutrice envoyant au piquet un élève parce qu’il a qualifié la classe de bordel sans nom. Voilà qui mériterait une palme, tant le PS semble entre quatre murs, avec désormais des barreaux idéologiques et peut-être bientôt des permissions de sortie si on passe la ligne verte rouge … Royal : nouveau Contrôleur général des prisons !

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    Sujets: Banderille, Toréador critique la Gauche | 15 Comments »

    15 réponses “Banderille n°233 : « Entre les murs »”

    1. Ozenfant Says:
      mai 28th, 2008 at 17:45

      En tant que Montpelliérain,
      J’ai déjà eu l’occasion de remettre « l’affaire des sous-hommes » de Frêche dans son contexte.
      La presse dans son unanimisme bien pensant, a cru bon de se cantonner dans son attitude indignée .

      Cela colle parfaitement à la situation d’un PS piégé par ignorance.
      1° Cérémonie de remise de gerbe dans un cimetière pieds-noirs.
      2° Harkis affiliés à l’UMP venus foutre le bordel dans un cimetière ou ils n’était pas conviés (en service commandé par l’UMP ? Je ne sais pas).
      3° Provocation incongrue des harkis.
      4° Réponse de Frêche à des voyous (qui auraient pu être catho, blonds aux yeux bleus, et Aryens):
      « Taisez vous, vous êtes des sous-hommes ».

      Pas malin ? Certes, mais c’est la gauche qui s’est faite piégées par l’UMP qui contait bien que la presse et la gauche allaient tomber dans sa réaction pavlovienne compulsive :
      « L’indignation morale est une stratégie pour conférer de la dignité aux imbéciles. » disait Marshall Mac Luhan, le théoricien de la communication qui n‘était pourtant pas spécialement réactionnaire.
      Quel bel exemple !

    2. Ozenfant Says:
      mai 28th, 2008 at 18:32

      Alors, tu vois, mon Torero,
      Si mon parti est bien souvent pusillanime, cette fois là, il fut plutôt débilanime.

    3. le chafouin Says:
      mai 28th, 2008 at 19:24

      Bien dit, toré. On dirait de plus un politburo, le PS qu’elle propose! Fouquier Tinville n’est pas loin! ;)

    4. flamant rose Says:
      mai 28th, 2008 at 19:46

      La formule teintée de haine qualifiant les harkis de sous hommes n’a rien a envier au « Durafour crématoire » de JMLP. Faut-il rappeler que Geoges Frêche est professeur d’histoire à l’université de Montpellier 1. C’est quelqu’un qui ne peut ignorer que « sous homme » se traduit en allemand par « Untermenschen ». Sous Hitler cette expression allemande désignait les races dites inférieures. Ce concept de races inférieures ou de sous hommes en français a été codifié par les lois de nuremberg en 1935. Ci dessous le lien. En tant que professeur d’histoire Frêche n’ignore rien.

      http://pagesperso-orange.fr/d-d.natanson/lois_de_nuremberg.htm

      Frêche par sa fonction politique a déshonoré la république français et par son métier de professeur il a déshonoré l’université française au même titre que l’ex numéro 2 du FN Bruno gollnisch à l’université de Lyon. Ce despote du Languedoc n’en est pas à son coup d’essai. Déjà en 1973 Frêche était allé dragué le FN pour avoir les voix qui lui ont permis de se faire élire député dans la circonscription de Montpellier-Lunel. La philosophie politique de Frêche se résume à 2 choses: Tous les gaullistes sont des traîtres et les musulmans des envahisseurs.

      La ligue des droits de l’homme a expliqué en son temps qu’ il était intéressant de savoir où se situent précisément les Harkis et leurs enfants dans le cadre de cette représentation frêchienne de la « coexistence communautaire ». Là aussi, les différentes déclarations du despote languedocien ne laissent planer aucune zone d’ombre : les Harkis sont identifiés dans le discours frêchien au bloc des « Maghrébins-Musulmans », considérés comme des supplétifs qui ont certes droit à des gratifications matérielles et symboliques pour services rendus à la France (logement, emplois, plaques commémoratives…), mais qui sont soumis à un code du silence. Ils sont traités en quelque sorte comme des « sous-hommes protégés » et, en échange de leur protection, ils doivent allégeance totale au patron politique local, faute de quoi ils sont écrasés et humiliés publiquement. C’est ce qui explique ses déclarations vis à vis des harkis et que le précédent commentateur cherche à excuser prétextant un piège.

      Mais au-delà de ces nombreuses outrances verbales, c’est tout un système politique local à la fois clientéliste et communautariste que Georges Frêche a mis en place dans sa ville de Montpellier et dans la région Languedoc-Roussillon. Ce système basé sur une gestion populiste mériterait à lui seul une analyse approfondie. Ce n’est pas le but du billet, dommage.

    5. Toréador Says:
      mai 28th, 2008 at 20:03

      @ Ozenfant, ça m’étonne : vous n’avez pas réagi au précédent billet. Regardez bien, Gilbert, regardez bien…

    6. Killcow Says:
      mai 28th, 2008 at 23:14

      Je trouve Ségolène Royal de plus en plus volatile. Déjà que je la trouvais incohérente, elle se place maintenant dans le petit jeu idiot du positionnement. Elle dit le contraire de ce que dit Delanoë, même si elle n’en pense pas moins. C’est bête, ça ne fait rien avancer si ce n’est le vide, le fond au détriment de la forme. Allez chercher de la cohérence là-dedans !
      J’ai peur que si les médias se focalisent sur la lutte entre les deux principaux prétendants, le Congrès de Reims ne reste dans l’histoire du PS comme un Congrès de Rennes bis.

      Sur Frêche, je suis montpelliérain moi aussi. Ce n’est pas le sujet, mais je ne pense pas que Frêche soit raciste. Beaucoup de ce que dit Flamant Rose est vrai sur son système, mais il n’empêche que son bilan est inattaquable.
      Et, Flamant Rose, tu n’es certainement pas languedocien, mais si tu connaissais un peu plus le personnage, tu en comprendrais pas mal sur lui.
      Il parle toujours comme il parlerait en privé, ce qui fait qu’il balance parfois des énormités, et manque de pot, y a un micro.
      Sur l’affaire des harkis, Ozenfant l’a bien dit : cette saillie était destinée à ces personnes en particulier, et non pas à la communauté des harkis dans sa totaité.
      Comme tu l’as dit en tout cas, on pourrait en débattre pendant des heures, la preuve en est de la longueur de nos commentaires respectifs. En plus ce n’est pas le sujet, et je m’auto-régule.

    7. Toréador Says:
      mai 28th, 2008 at 23:26

      Personnellement, je ne me prononce pas sur Freche mais plus sur la capacité du PS à être cohérent avec lui-même : si ce qu’il a dit est jugé inacceptable, tirez-en les conséquences !

    8. flamant rose Says:
      mai 29th, 2008 at 9:17

      C’est vrai que je ne suis pas languedocien, mais je ne suis que à ¾ d’heures de voiture de Montpellier. J’habite dans le parc régional de Camargue. Je vais souvent à Montpellier où j’ai 3 belles-sœurs et pendant 25 ans j’ai eu un appartement à Carnon revendu il y a 2 ans. C’est vrai que par rapport à Delmas le bilan de Frêche est inataquable. Mais l’homme n’est pas du type à se laisser piéger, ce qu’il dit il le pense. Comme ce n’est pas le sujet une petite dernière : Dans les année années 90, la Conférence nationale des élus socialistes d’origine maghrébine (CNESOM-FNSER présidée par Georges Morin (socialiste d’origine constantinoise, proche de Louis Mermaz) avait courageusement protesté contre les déclarations de G. Frêche réhabilitant le terrorisme de l’OAS.

    9. Killcow Says:
      mai 29th, 2008 at 11:40

      Oui Toréador, le PS a ce problème qu’il n’est pas cohérent avec lui-même. Sur Frêche, il a été exclu du PS et n’y a pas été réintégré.
      Sur la cohérence de Madame Royal (ça fait très UMP de dire « Madame Royal »), c’est un problème. Hollande est souvent cité comme modèle de cohérence, alors qu’elle remporte la palme de l’incohérence. Avec la guerre des chefs qui se profile (pitié pas ça !), cette tendance ne va qu’aller en s’amplifiant puisqu’on va assister à l’émergence de positionnements volontairement contradictoires.
      Cela dit, si le discours du PS n’est pas cohérent, en campagne présidentielle, le discours de Sarkozy était également plein d’incohérences. Mais, bonne campagne à l’appui, il a réussi à les faire avaler aux Français.
      Ce congrès me fait de plus en plus peur. J’ai peur qu’aucun discours cohérent et moderne n’émerge, et que ça tourne à la lutte de personnes…

    10. xerbias Says:
      mai 29th, 2008 at 15:21

      Ségolène Royal montre dans la gestion de la région Poitou Charentes quelle proportion respective de débat d’idées et d’autorité elle souhaite appliquer. La façon dont elle a privé de parole son vice-président Jean-François Fountaine devant les caméras en pleine séance est assez éloquent à ce niveau là.

    11. Ozenfant Says:
      mai 29th, 2008 at 17:07

      Kilkow,

      Flament Rose est un homme honorable.
      Il croit vraiment à ce qu’il dit.
      Comme tous les croyants, la réalité n’a aucune prise sur lui, ce sont ses convictions qui priment.
      Tu peux lui expliquer en long et en large que Frêche à donné cent preuves de son engagement envers les immigrés Montpellierains et donc de son non racisme :
      Rien n’y fera, les faits se trompent et seules les apparences comptent !
      Les croyants sont ainsi faits: infaillibles.

    12. Ozenfant Says:
      mai 29th, 2008 at 17:33

      @Toreador,
      Quand Nietzche dit « Mieux vaut ne rien savoir que beaucoup savoir à moitié », il parle bien sur aussi de nous tous, les blogueurs.
      J’avoue ne pas connaître intimement G. Frêche et d’ailleurs pour tout dire, il ne m’intéresse pas particulièrement… Mais mon coté Don Quichotte m’incite toujours à me battre contre les Tartuffes qui moulinent du vent et qui sous des déguisements de chrétiens bien pensant sont toujours là pour jeter la première pierre…. étonnant non ?

      Quand tu me parles de ton texte précédent… Pensais tu à Laurent Bazin ?

    13. Toréador Says:
      mai 29th, 2008 at 19:45

      oui, tu as vu qu’il est passé :-)

    14. Ozenfant Says:
      mai 30th, 2008 at 8:06

      Oui !

    15. fermier Says:
      mai 30th, 2008 at 13:28

      pusinallimité
      comment Ségolène sait ça ?