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Paso Doble n°74 : Faut-il juger un monstre ?
Par Toréador | mai 31, 2008
A las cinco de la manana…
Les nouveaux monstres
Le cabinet de subversion s’est fait tronçonner. En cause : un billet sur Michel Fourniret intitulé « Soutien à Michel Fourniret« . A juste titre, le Tronçonneur des blogs s’emporte pour une fois avec ses tripes en s’indignant qu’on puisse ainsi soutenir un type qui s’est comporté en monstre et n’a jamais reflété aucun sentiment de culpabilité.
Sur la forme, le dérapage du Cabinet est assez incompréhensible. C’est laid, comme du Houellebecq, notamment lorsque le cabinetier parle de « porcs assoiffés de vengeance » ou « d’attardés mentaux » faisant la queue devant le palais de justice : comment oser traiter ces gens qui ont une peine inconsolable d’animaux ou de débiles ?
Toutefois, la thèse du cabinet met le doigt sur un point intéressant : pour lui, le spectacle du procès de Fourniret est un cirque, avec ses lieux communs ( »la barbarie de Michel Fourniret ») et un thème de fond qui n’est pas la justice, mais la vengeance. Il a raison sur un point : l’humain aime l’affrontement manichéen. Nous nous plaisons à croire qu’Hitler et Staline ne peuvent être que des monstres, c’est à dire une espèce humaine éloignée de la nôtre. Les films les plus dérangeants sont toujours ceux qui battent en brèche ce reposant constat (visionnez « la Chute », qui est excellent). Nous voulons donc nous persuader que Fourniret est une anomalie.
Subversion : processus de renversement des valeurs ou des normes d’un système
Sur le reste, je pense que le cabinetier a tort : la justice, ce n’est pas seulement rendre le droit. Le tenue d’un procès, c’est aussi une forme d’expiation sociale, de chemin de croix, de mue douloureuse. La société convoque devant elle les crimes et les regarde face à face : elle a besoin de comprendre. Les victimes n’obtiennent pas dédommagement mais ont également besoin de ce douloureux moment pour « faire leur deuil ». On ne répare pas sept meurtres : on les expie.
D’ailleurs, la prison pour moi, ne sert pas à punir, mais à retrancher de la société ses éléments les plus nocifs pour le bien de la première et parfois même des principaux intéressés.
Quant au cirque médiatique, le spectacle douloureusement puissant d’une société fondée sur l’espérance de l’homme et qui doit traiter un cas qui vient nier les valeurs humaines les plus élémentaires ne peut qu’attirer l’attention. Les exécutions en place de grève, les funérailles, ou même les couronnements : tous les actes de la vie sociale qui rappelle à l’homme la force de l’organisme social, ses règles et sa perpétuation sont forcément des spectacles. Les gens ressentent le besoin d’y participer car le corps social les appelle au travers de ce qu’ils ont de plus humain.
Voilà pourquoi, à mon sens, le cabinetier a tort sur son argumentation, et plus encore sur ses conclusions : la subversion n’a jamais empêché de rester mesuré. Je n’ose écrire, intelligent.
Tags: blogs, Cabinet de Subversion, Michel Fourniret, polémique, rôle social de la Justice, Tronçonneur, Vengeance
Sujets: Paso Doble | 15 Comments »





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mai 31st, 2008 at 11:03
Toréador,
Nous assistons là, une fois de plus à l’affrontement entre le bon sens humaniste (humaniste dans son sens originel), et les certitudes idéologiques.
Socrate, puis Aristote « Le doute est le commencement de la sagesse. » en passant par Rabelais La Fontaine, Molière, Diderot, Montesquieu, Montherlant « La mémoire est l’intelligence des sots. », Pascal, Nietzsche, « Mieux vaut ne rien savoir que beaucoup savoir à moitié », Voltaire « Toute secte, en quelque genre que ce puisse être, est le ralliement du doute et de l’erreur ». Bernard Shaw « Il y a deux sortes de savants : les spécialistes, qui connaissent tout sur rien, et les philosophes, qui ne connaissent rien sur tout. » Paul Valéry, Les Goncourt, Roger Martin du Gard « La pensée ne commence qu’avec le doute. » Oscar Wilde, « La suite dans les idées est souvent le dernier refuge des gens sans imagination. » André Gide, »Celui qui agit comme tout le monde s’irrite nécessairement contre celui qui n’agit pas comme lui. » Pour en arriver à Henry Laborit et Einstein, « L’imagination est plus importante que le savoir. »
Que nous disent TOUS, ces grands hommes ?
Ils nous disent que le savoir humain est microscopique.
Que les convictions et les certitudes sont nulles et non avenues.
Il nous disent que la seule GRANDE caractéristique de la race humaine est l’admiration sans limites l’homme pour l’homme…..
Ce mammifère qui a eu l’outrecuidance de s’inventer hier (à peine 3000 ans) un dieu unique, nanti d’un fils et d’un prophète à son image: tant pis pour les 20 milliards de milliards d’autres planètes !
Tant pis pour les milliers d’autres formes de vies que nous détruisons sur terre.
Tant pis pour les milliers d’autres formes de vies qui pourraient peupler l’Univers.
Le syndicat de la magistrature et son idéologie droit-de l’hommiste est l’autre église de l’admiration sans bornes de l’homme pour l’homme.
Il est amusant d’ailleurs de voir l’improbable estime que se vouent Koz et Eolas et comme ils se rejoignent sur un certain nombre de sujets !
Au nom de l’immense importance de soi-même et de l’homme dieu… On ne doit pas toucher à un seul de ses cheveux, même (et surtout) si c’est un assassin sanguinaire, un pervers monomorphe létal, un tueur en série.
Au nom de l’idéologie de la « toute importance » de l’homme, il est devenu plus important de protéger des monstres qui déshonorent l’image même de l’humanité que de les empêcher de ressortit tuer des enfants innocents.
Pour ces Ayatollahs du dogme droit de l’hommiste, peu importe les faits !
Les enfants innocent violés et égorgés et les victimes de Fourniret sont classées dans la case « Dommages collatéraux statistiquement négligeables ».
Ces droits de l’hommistes compulsifs, en voyant un enfants (pauvre, bien sûr, les enfants de riches traînent rarement dans la rue) assassiné dans les bras de sa mère, sont capables de trouver toutes sortes d’excuses… Celles que l’ont trouvait déjà dans les bouche des grands inquisiteurs.
Ainsi pour eux, dans un tour de passe-passe intellectuel dont ils ont le secret:
Le monstre n’est plus ce brave Fournirent
Ce sont ces gens ordinaires qui sont les vrais monstres, ces badauds qui se pressent…. clientèle habituelle de question pour un champion, de la star académie ou de la méthode Couet… .
Parangons des vertus inversées, thuriféraires de l’hypocrisie, laudateurs des dogmes, sectarismes et idéologies, ils excellent dans la dialectique sophiste. Ils sont ce que Victor Hugo appelait »La bête immonde. ».
mai 31st, 2008 at 14:26
Une réponse.
1. « comment oser traiter ces gens qui ont une peine inconsolable d’animaux ou de débiles ? »
Ceux que je traite d’animaux ou de débiles sont les spectateurs du procès, non les victimes. Lamentable tentative de diffamation.
2. Le reste de tes pseudo-arguments n’est qu’un lamento conservateur. « C’est comme ça », c’est dans les « fondements de la société », les « valeurs humaines les plus élémentaires », les « règles de perpétuation de l’organisme social », « ce qu’on a de plus humain » : n’importe quoi. Cette bouillie délirante relève de la fantasmagorie d’élève de classe terminale et constituent autant d’arguments d’autorité profondément irrationnels. Mais enfin sauras-tu comprendre en quoi ton argumentaire n’en est pas un ?
mai 31st, 2008 at 16:57
La distanciation critique systématique est une sale manie lorsqu’on a pas dans la besace soit de l’humour soit du bon sens.
On peut donc faire par ce soutien à Fourniret le procès des médias putassiers, de la société aveugle qui connait des règles que la raison ne comprend point, du français moyen assoiffé de vengeance , de la justice qui ne produit que des parodies … etc … (encore que tout cela est du banal)
Reste qu’il s’agit là d’un monstre.
Loin de moi l’idée de vouloir alimenter les figures simplificatrices mais efficaces du Bien de mon côté et de Mal de l’autre !
Non , soyons bon prince et accordons l’Humain à ce monstre qui appartient à une longue famille historique : oui Michel pourrait être moi … ou vous …
Toutefois je lui refuse une sorte » d’humanité « . Oui c’est ça, : je la lui enlève pour la donner à mon chat malgré les nombreuses souris dont il dépose, très fier, les cadavres sur le seuil matinal de ma porte , après de folles chasses et amours nocturnes.
Que Michel se débrouille avec ce qui lui reste pour se bricoler et se rafistoler un vague sens à son existence.
MC a peut-être des pistes qui sortent des sentiers battus et dépassent les vagues provocations post-pubères ?.
Mais là où je rejoins MC, c’est sur la dureté , l’inhumanité de l’enfermement à vie de Michel .
Et personnellement, moi, qui suis un grand barbare humaniste laïc animiste chrétien, et mon chat, pensons que le rétablissement de la mort comme substitut obligatoire à la prison à perpet’ serait une grande avancée philosophique. Une sorte de dernière chance. Qui ferait Sens.
mai 31st, 2008 at 17:56
Oppossum,
Au sujet de mon avant dernier texte, la grande Mimi, me fait un grand compliment, celui « d’humaniste du bons sens »: http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2008/05/fabius-responsa.html?cid=116637652#comment-116637652
Mon ego de blogueur qui se la pète velu n’a fait qu’un tour et mes chevilles ont enflé derechef.
Pourtant je n’ai pas de chat.
Mais je suis d’accord avec ce que tu viens de dire !
Comme James, j’ai souvent constaté que les gens à idéologies et convictions « Croient qu’ils pensent alors qu’ils remettent seulement en ordre leurs préjugés. »
mai 31st, 2008 at 19:55
Elle est top Mimi! Avec elle c’est l’humanisme dans ma cuisine, bienveillant , malicieux, et sans cravatte, débarrassé de son académisme.
juin 1st, 2008 at 9:12
@MC,
Pète un coup, oh! toi, être superieur: « Au plus élevé trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. »
juin 1st, 2008 at 20:52
@ Oppossum, je te rejoins sur le point effectivement de savoir ce qui est le plus barbare : emprisonner à vie un type ou l’exécuter ? Cela illustre assez bien le point de vue d’Oz, qui n’a pas tout à fait tort sur l’idéologie sous-jacente.
@ MC, cela débutait bien ta réponse, mais malheureusement elle s’invalide d’elle même. Voici les citations :
« Les attardés mentaux font la queue devant le Palais de Justice pour 1) dégueuler leur soif de vengeance et de mort contre “le monstre” ; 2) se repaître du spectacle morbide de l’assassin, de ses meurtres, de ses victimes, de la tristesse des proches, etc. »
« Comme si l’enfermement à vie de Fourniret (à bien des égards pire que la peine de mort, quoique lui-même semble s’organiser pour mener une vie carcérale correcte) allait racheter la vie des fillettes dont les portraits, devant le Palais de Justice, étaient arborés par des porcs assoiffés de vengeance justice. »
Tu dis que tu t’attaques aux « spectateurs » et non aux « victimes ». Moi, j’ai cru comprendre que c’était un procès à huis-clos où assistent les parties concernées, et notamment les familles des victimes. Par conséquent les fameux « spectateurs », ces « porcs assoiffés de vengeance », sont bien des parties civiles.
Sur le 2ème point, j’ai bien peur que le propos soit trop subtil. Désolé d’avoir voulu utiliser un plumeau en soie pour déboucher un toilette à la turque, cher cabinet.
juin 1st, 2008 at 21:51
Je ne connaissait pas ce Cabinet. Et l’ai laissé dans l’état où je l’ai trouvé.
On ne dénonce jamais mieux chez les autre que ce qui est en nous, et nous gène. A mon avis ce type se sent les doigts quand il tape ses billets. Un prochain billet sur la légalisation de la pédophilie? Ca devrait venir.
juin 1st, 2008 at 22:00
Charles, excellent
juin 2nd, 2008 at 10:03
Pas lu ce billet dont tu parles et pas envie de le lire … il y a vraiment des sujets sur lesquels l’idée de disserter sur l’art du contrepied me laisse perplexe …
Toutefois le seul avis que j’émettrai sur ce procès Fourniret est que l’aspect « jeux du cirque » n’est jamais si bien servi que par les médias … en effet, ils nous ont fait attendre ce verdict comme s’il s’agissait du résultat d’une présidentielle à suspens … tout juste s’ils n’ont pas installé des écrans avec le puzzle qui s’anime pour nous donner à lire : « perpétuité, peine incompressible » … Alors que, sincèrement, quel autre verdict pouvait-il donc sortir ? j’ai trouvé cela parfaitement ridicule et particulièrement détestable. Ce procès était là pour empêcher un couple de meurtriers de nuire à nouveau ET pour procurer la justice à des parties civiles éprouvées. Il suffisait de le laisser se dérouler sans en parler davantage et d’annoncer le verdict comme pour tout autre affaire, dans la mesure où il n’avait rien d’exceptionnel. Cette complaisance médiatique à propos de l’horreur m’indispose toujours …
juin 2nd, 2008 at 10:37
« A mon avis ce type se sent les doigts quand il tape ses billets » : impitoyable, le Charles’ !
juin 2nd, 2008 at 10:56
@ Manue
Oui , la complaisance médiatique à propos de l’horreur est assez énervante . Mais on n’échappe pas , ou difficilement, à la fascination de cette catégorie de monstruosité , relevant à la fois de l’altérité et de la proximité. Interrogation effrayante sur nous même.
D’accord pour porter un jugement moral sur les médias, mais ils sont aussi notre inconscient (qui n’est pas forcément notre vérité, ok !).
juin 2nd, 2008 at 11:05
Charles: « La légalisation de la pédophilie » était le « pas suivant » que je conseillais à Eolas dans son « combat » pour le libertarisme et contre les victimes « satistiquement négligeables ».
juin 2nd, 2008 at 17:52
Je n’ai pas encore lu le billet en question mais l’ébauche du raisonnement m’interpelle.
Si cet homme n’a pas le droit de défense, a t-il le droit de vie ? A t-il tout autre droit dont les ‘autres’, les ‘normaux’ peuvent jouir ?
Il faudrait aborder la chaine du début a la fin…
En revanche son propos selon lequel certains assistent a ce proces comme l’on assiste a un match de foot; j’y adhère plutot. CF une récente émission de télé qui interviewé un couple de passioné, découpant et collant les moindres articles relatifs a l’histoire fourniret. trés franchement, pour les familles de victime et meme au regard de la morale, quel manque de tact…
juin 2nd, 2008 at 23:24
Le procès est à huis-clos