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    Paso Doble n°75 : La décennie du « mouroir d’achat »

    Par Toréador | juin 2, 2008

    A las cinco de la tarde …

    Double anniversaire et deux personnages à l’honneur cette semaine. D’un coté, Jean-Claude Trichet et l’anniversaire des dix ans de la Banque centrale Européenne (BCE). De l’autre, Martine Aubry et les dix ans des trente-cinq heures. Deux personnages mal-aimés de l’opinion qui ont « survécu ». Deux anniversaires qui illustrent pourtant symboliquement une décennie de paupérisation française.

    Car il ne faut pas chercher plus loin la source de nos maux économiques actuels.

    Sacré régime pour un « quatre-heures » supplémentaire !

    Les trente-cinq heures, en premier lieu, ont représenté pour les salariés un net déplacement du curseur sur la ligne rémunération/loisirs. Les Français ont hérité de jours de repos en plus, pour un salaire global qui s’est évidemment grippé puisque l’économie ne pouvait pas immédiatement payer un salaire horaire identique. Le gouvernement de Lionel Jospin avait garanti que le pouvoir d’achat serait stable : effectivement, il a été gelé (« Les 35h payées 39″).

    Plutôt que d’encaisser un effet de seuil (qui aurait consisté à baisser les salaires totaux de 10,25%), la solution raisonnable a été retenue : gel du salaire horaire pour lisser sur plusieurs années la diminution des heures travaillées. Il n’y a qu’à regarder comment les gouvernements successifs ont catégoriquement refusé d’augmenter le point de la fonction publique de manière automatique ces dernières années. Moralité : les rémunérations ont stagné. Le salaire moyen français a peu augmenté : + 3,7 % entre 1998 et 2004.

    En parallèle, les ménages se sont retrouvés dans une situation micro-économique très incitative pour la consommation. Si l’on vous donne un seul jour de congés, vous dépenserez plus que si vous étiez cloué au bureau ou à l’usine. Mais si l’on vous maintient dix jours à domicile, vous dépenserez mécaniquement et proportionnellement plus. En un week-end, vous avez l’énergie de faire peut-être une fois du shopping, un cinéma et un restaurant. Sur dix jours, vous irez peut-être deux fois au restaurant, deux voire trois fois au cinéma, vous chercherez peut-être à partir au vert. Bref, ne travaillant pas, vous serez exposé à toutes les tentations du monde de la consommation.

    Chère BCE,…

    De l’autre, la BCE, gardienne vigilante du pacte de l’alliance, le fameux « pacte de stabilité entre parenthèses et de croissance fermez la parenthèse ». Son objectif unique : une inflation jugulée. La BCE a compris que la crédibilité internationale se bâtissait sur la durée. Elle est arrivée à imposer l’idée qu’elle était totalement étanche aux aléas politiques. Qu’il vente, qu’il pleuve, que les gouvernements récriminent ou pas, la BCE a tout fait pour contenir l’inflation.

    Moralité : ses taux d’intérêt relativement élevés ont instauré un euro fort. Pas seulement fort par rapport au dollar, mais fort dans sa crédibilité de monnaie-refuge.

    En cela, la BCE depuis Francfort n’a pas correctement anticipé les effets « culturels » du passage à l’euro, qui varient d’un pays à l’autre. En France, où un euro fut fixé à six francs six sous, on a assisté, j’en suis persuadé, à un rattrapage inconscient négatif. 100 € valent psychologiquement 100 FF, alors qu’ils devraient en valoir 650. Moralité, les ménages achètent des plasmas à 3000 € avec la même « réserve » que s’il s’agissait de 3000 FF. Le billet de 100 FF, autrefois roi des portefeuilles, a été détroné par le billet de 20 €, qui a un quart de valeur en plus. Et ce n’est pas fini : nous verrons dans dix ans si ce billet de 20 € n’est pas devenu l’ancien billet de 50 FF.

    Des rémunérations bloquées, des jours de « consommation » en plus et des prix en hausse. La France célèbre aujourd’hui dix années d’effet ciseau: les mouroirs feraient bien de réfléchir à deux fois avant de nous renvoyer notre image !

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    Sujets: Paso Doble | 17 Comments »

    17 réponses “Paso Doble n°75 : La décennie du « mouroir d’achat »”

    1. Seb Says:
      juin 2nd, 2008 at 17:21

      D’accord sur les 35h tu penses bien, d’accord sur les conséquences du passage a l’euro pour les ménages, j’y rajouterai les modifications structurelles de consommations qui furent un peu masquée par ce passage a l’euro, notamment les postes des nouvelles technologies de communications. Sur la BCE j’adhère que moyennement sur la BCE, son rôle contractuel si j’ose dire est de juguler l’inflation et elle s’y emploie. Je suis en pleine reflexion sur ce role de la BCE car dans la crise actuelle imaginons un seul instant que les deux banques centrales se soient précipitées à grand renforts de milliards sur les marchés pour acquérir les pourritures de la crise dont personnes ne voulait, quid alors de l’inflation ?

      De plus dans un modele de pétrole durablement haut, de sous consommation alimentaire et de récente explosion de la bulle crédit, finalement Trichet a peut etre raison de jouer la stabilité en fervent défenseur du pouvoir d’achat non ?

    2. Olivier Autissier Says:
      juin 2nd, 2008 at 22:03

      Théorie fort discutable sur le rapport journée libre/dépense, je schématise.

    3. Toréador Says:
      juin 2nd, 2008 at 23:23

      @ Olivier – tu peux développer ta critique ?

      @ Seb. Les Etats-Unis ont un gouvernement, l’Europe a une gouvernance. Là est le problème !

    4. Olivier Autissier Says:
      juin 3rd, 2008 at 7:15

      Si en un week-end tu vas au cinéma, au restaurant et tu fais du shopping, ça n’est pas parce que tes week-ends durent trois jours au lieu de deux que tu vas multiplier les sorties et donc les dépenses. Et heureusement.
      On peut, et c’est facile, avoir du temps libre sans forcément dépenser davantage.
      En revanche, au boulot,tu vas dépenser du transport (en commun ou essence), déjeuner plus facilement à l’extérieur ou consacrer ta pause déjeuner à traîner les magasins.
      Je demeure convaincu, par expérience en plus, que le temps libre supplémentaire n’offre pas forcément du temps en plus pour dépenser. Ou seulement en terme de temps mais pas en terme de faits.

    5. Toréador Says:
      juin 3rd, 2008 at 8:51

      Cher Olivier, ton argument est intéressant car je défends exactement l’inverse, basé sur ma propre expérience. Messieurs, mesdames les lecteurs, exprimez-vous : où vous situez vous ?

    6. flamant rose Says:
      juin 3rd, 2008 at 10:04

      Je pense que l’utilisation de son temps libre dépend uniquement de son pouvoir d’achat. Lorsque j’étais en activité mes moyens me permettaient de profiter de ces moments ( Week-end, congés payés, RTT…..), de bricoler à la maison et de m’occuper de mon jardin et potager. On partait en famille 1 semaine l’hiver et 3 en été. Mais je me souviens que lorsque j’ai négocié la mise en place des 35 heures dans l’entreprise des salariés m’ont dit ne pas être intéressés car ils passeraient ce temps libre dans leur cité à ne rien faire. Ils préféraient travailler, avoir du pouvoir d’achat et profiter un peu plus de leurs congés. Avec les 35 heures disaient-ils non seulement on ne profitera pas du temps libre faute de moyens mais, de plus avec les salaires bloqués on profitera moins du temps que l’on avait déjà. C’était la loi et on se devait de l’appliquer. Ceux qui sont au salaire minimum ne vont pas toutes les semaines au restaurant ou au cinéma. Aujourd’hui je suis à la retraite et j’en profite pleinement, ce qui ne m’empêche pas d’être parfaitement conscient que tous les retraités et loin s’en faut n’ont pas cette chance même ceux qui comme moi s’en sont donné les moyens et je pense particulièrement aux paysans et agriculteurs.

      Pour ce qui est de la BCE on aurait pu choisir une organisation dirigée par des politiques. Soucieux de leur réélection ils auraient pu infléchir leur politique en fonction des événements ce qui n’aurait pas forcément été une bonne chose. On a choisi de mettre en place des technocrates qui ne peuvent être délogés. Quand ils ont décidé d’une politique ils sont alors inflexibles. Alors bon ou pas ? Il est incontestable que l’euro a déstabilisé les prix. Aujourd’hui on voit des artichauts affichés à 1 euro, avant l’euro les commerçants n’auraient jamais osé mettre le même artichaut à 6,55 francs. Il aurait été invendable

    7. Seb Says:
      juin 3rd, 2008 at 10:24

      Je demeure persuadé que la BCE ne doit pas devenir le jouet de personnes, il y a trop de risques en Europe pour qu’un gros pays (imaginez Sarkozy au pouvoir en Europe avec possibilité d’agir sur la BCE..) s’empare du pouvoir au détriment de la stabilité de la monnaie européenne et des taux. La monnaie est trop importante pour etre politique…

    8. Seb Says:
      juin 3rd, 2008 at 10:27

      Sur le débat qui anime les commentaires, j’adhère à la thèse Toréadienne, le temps libre entraine de nouvelles dépenses. Sur une année c’est proche de l’incontestable !

    9. Rubin Says:
      juin 4th, 2008 at 15:01

      Tout à fait d’accord sur les 35 heures. Un peu moins sur la BCE : le raisonnement se tient, mais n’explique à mon sens pas tout. Ce n’est pas la BCE qui est responsable du rapport Euro-France et de ses conséquences d’ordre psychologique.

    10. Toréador Says:
      juin 4th, 2008 at 15:57

      Rubin, l’idée n’est pas de dire que la BCE est responsable : elle n’a pas pris en compte, n’a pas combattu la dérive intrinsèquement inflationniste du passage à l’euro. Or, c’était sa mission.

    11. Rubin Says:
      juin 4th, 2008 at 19:30

      Il faudrait pouvoir évaluer la part du phénomène que tu décris dans l’inflation constatée depuis le passage à l’euro…

    12. Ozenfant Says:
      juin 4th, 2008 at 19:41

      Toreador,
      Neuf fois sur dix, je suis d’accord avec ce que tu dis, mais là….
      C’est n’importe quoi !

      Norte mal essentiel est que notre total national d’heures travaillées productrices est trop faible pour le nombre de personnes à employer.
      Je suis par principe contre les 35 heures, mais ce n’est qu’un épi-phénomène.

      Dans un pays à la balance commerciale lourdement négative comme la notre, il n’est même pas sur qu’un Euro faible soit un gros avantage.

      Faire croire aux gens que 35 heures et Euro fort sont la cause de tout : ce n’est pas rendre service au pays.

    13. Toréador Says:
      juin 4th, 2008 at 21:16

      @ Rubin : évaluer, c’est là toute la question. Seulement, je me contenterai de donner un fait : avant le passage à l’euro, l’inflation était faible. Aujourd’hui elle s’emballe. Pourquoi ?

      @ Oz : C’est pour ça que nous sommes deux personnes différentes ! Sauf que tu commets des contresens : lorsque la balance commerciale est négative, on a besoin d’un euro faible justement ! Et pas d’un euro fort, compte tenu de notre structure productive.
      Sur ton 1er paragraphe d’explication, je décris un phénomène de déformation sociale de la consommation de loisirs. Que critiques-tu exactement ?

    14. Rubin Says:
      juin 5th, 2008 at 11:05

      @Toréador : corrélation n’est pas causation ;-)

    15. Toréador Says:
      juin 5th, 2008 at 11:54

      Rubin, tu es limite mauvaise foi, là !

    16. Ozenfant Says:
      juin 5th, 2008 at 12:19

      Toré,
      Je ne critique pas ton phénomène de déformation sociale de la consommation de loisirs !

      Je dis que contrairement à l’idée reçue, un pays qui achète plus qu’il ne vend à mécaniquement intérêt à avoir une monaie forte, sinon mécaniquement son déficit augmente proportionnellement.

      Maintenant si nous parlons compétitivité et non balance commerciale, bien évidemment et en considérant l’avenir (si l’on veut reconstruire les outils de production qu’OBO Cohen et consorts veulent abandonner)… la monaie forte est un handicap. Mais ces économistes virtuels ont rangé la compétitivité dans un tiroir parce qu’elle les dérangeait… bon moyen ontologique de bâtir des théories ubuesques.
      Par contre la bien concrète fiscalité que nous sommes les seuls à supporter (étonnant que cela ne nous ait pas « achevés » encore plus vite) est « oubliée » !
      Par dogmatisme ou par incompétence ?
      je ne saurais choisir (lol).

    17. Toréador Says:
      juin 5th, 2008 at 12:50

      Oz, le problème est que la BCE ne réfléchit pas en termes de balance commerciale, et encore moins au niveau de chaque pays. Tout dépend ensuite ce que tu achètes et ce que tu vends : sensibilité aux prix, compétitivité, etc…