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Paso Doble n°83 : J’ai rêvé d’un autre monde…
Par Toréador | juillet 16, 2008
A las cinco de la manana…
Le jour s’est levé/ sur une étrange idée…
Dimanche 14 juillet 2008, le système international a connu une vraie révolution : un président en exercice, Omar Hassan el Beshir, chef de l’Etat du Soudan, a fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, lancé par le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo.
Sur le papier, la fin du régime d’immunité diplomatique, issu de la coutume internationale et sacralisé par la Convention de Vienne de 1969, avait été amorcée avec l’adoption du statut de Rome de 1998 portant création de la Cour Pénale Internationale.
Le lancement de cette organisation internationale était en effet en soi une rupture par rapport aux pratiques en cours, puisqu’elle se destinait à juger de manière permanente des individus (et non des Etats) pour des crimes très graves, y compris les crimes commis par des nationaux dont les gouvernements ne reconnaissaient pas la CPI. Les Etats-Unis, sentant tous les dangers de cette immixtion de la juridiction pénale internationale dans les affaires internationales, s’en étaient d’ailleurs émus et avaient tenté abusivement de limiter son pouvoir sur les ressortissants américains en signant des traités bilatéraux d’immunité, pays par pays.
La nouvelle étape de ce week-end est de taille : la CPI s’est centrée sur un président en exercice. Jusqu’ici, elle ou ses consoeurs (les tribunaux ad hoc pour le Rwanda, le Cambodge ou l’ex-Yougoslavie) ne s’étaient attaqués qu’à de vieilles gloires déchues, comme par exemple Pinochet. C’était déjà énorme et en 10 ans, le monde a bien changé.
Place des Grands Hommes
(On s’était dit rendez-vous dans dix ans /Même jour, même heure, mêmes pommes)
Bien évidemment, ce geste d’une folle audace n’a été permis que parce le dossier du Darfour a été porté à l’origine par le Conseil de sécurité, les Etats-Unis n’osant pas bloquer la saisine de la CPI après avoir publiquement parlé de génocide au Soudan.
Et pourtant, c’est une révolution car deux logiques viennent ici croiser le fer.
D’un coté la tradition des relations internationales, faite de myopie arrangeante à l’égard des affaires de ses voisins. De l’autre, la transcendance d’une religion laïque – les droits de l’Homme – qui fait sienne le crédo de Kouchner : « Nous ne respections les souverainetés que lorsque ces dernières respectaient les droits de l’homme« . Le Tibet ou la Tchétchénie sont là pour rappeler que la propagation de cette foi connaît elle aussi cependant ses limites.
En germe cependant se pose la question de la légitimité électorale. Quid si demain, un gouvernement démocratique commettait des exactions ? Il se trouve qu’Omar El Beshir est plus un dictateur qu’un démocrate, ce qui arrange tout le monde. Mais la CPI n’inculpe pas que sur la base d’un génocide : elle défend aussi le droit de Genève et de la Haye, le droit humanitaire. Ce même droit qui fut bafoué en son temps par les soldats américains à Abou Graib en Irak, parfois même sur ordre du « Commander-in-chief », Georges W. Bush. N’oublions pas Guantanamo.
On le voit bien, la CPI n’osera pas aller jusque là. Dans dix ans peut-être ? Mettons cent.
Dimanche 14 juillet, Bashir sur les champs-élysées et Al Beshir inculpé. Symbole des valses avec Beshir. C’est un demi-pas pour les droits de l’homme mais un grand pas pour la CPI.
Tags: Abu Graib, Bashir El Assad, Cour Pénale Internationale, CPI, crime contre l'humanité, crime de guerre, Droit international, Etats-Unis, Génocide, Georges Bush, Guantanamo, Irak, Luis Moreno Ocampo, mandat d'arrêt, Omar Hassan el Beshir
Sujets: Paso Doble | 4 Comments »





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juillet 16th, 2008 at 10:00
Tu compares Abu Graïb et le Darfour ?
juillet 16th, 2008 at 15:11
Abu Graïb est une violation du droit de la guerre, notamment la convention sur le droit des prisonniers. Le Darfour relève d’un autre type de crime, le génocide. Il s’agit de crimes qui relèvent tous les deux de la compétence de la CPI.
juillet 16th, 2008 at 17:34
Toreador,
Ce qui me dérange le plus dans la politique étrangère des nations occidentales : c’est sa profonde débilité !
Enfin, merde ! Ne savent’ils pas (en hauts lieux) que chaque fois qu’un leader occidental type BUSH « enjoint un état « émmergent » à prendre une mesure » : Il n’a qu’une envie, c’est de faire l’inverse… bien évidemment !
juillet 18th, 2008 at 1:15
[...] suis content car ceci rejoint finalement la conclusion de mon dernier Paso Doble : que va faire la CPI face à un président légitimement élu qui transgresse le droit [...]