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Paso Doble n°84 : Mourir pour Tskinmachinchose
Par Toréador | août 11, 2008
A las cinco de la manana…(brève reprise dans ma pause estivale)
J.O métrie variable
C’est le Printemps des outrages : en ces temps de Jeux Olympiques, l’adjectif munichois est à la mode et fleurit dans les salons, ici, là, là ou encore là. Il s’agit pour les plus enfievrés de mes con-citoyens de caractériser la lâcheté dont aurait/a fait preuve Nicolas Sarkozy à l’égard du gouvernement de Pékin sur la délicate question des droits de l’Homme.
Il est vrai que ses homologues allemand et britanniques ont été respectivement plus constant et plus malin dans leur approche, laissant à Sarkozy le soin de s’attirer tout seul les foudres de l’opinion publique chinoise. Ironiquement, à force d’empirer, sa position médiane aura déplu en Empire du milieu. Bouquet final, sa décision d’envoyer Carla Bruni pour rencontrer le Dalaï-Lama a révélé au monde que notre roi était nu, pour ne pas dire à poil.
Munichois est donc le mot de l’été. Je ne cesse de m’étonner de la facilité avec laquelle certains de mes contemporains dressent des parallèles hasardeux, voire des perpendiculaires regrettables. L’Histoire n’est en effet pas la géométrie, et il n’y a jamais de réponse simple à un problème. Il est donc facile de meugler a posteriori : « Y’avait qu’à, fallait qu’on », lorsqu’on est confortablement assis, passez moi l’expression, le cul dans son fauteuil, avec une bouteille de bière à la main.
Orgie de JO et Géorgie
Prenons le cas particulièrement éclairant de la guerre en Géorgie. A dresser des parallèles, celui-ci me semble l’un dans l’autre plus équilibré. Voyez vous, l’Ossétie du Sud ressemble étrangement aux Sudètes de l’entre-deux-guerres, cette région dont le sort fut justement débattu à Munich. En 1938, il s’agissait d’une minorité allemande que le IIIème Reich souhaitait arracher à la faible Tchécoslovaquie. En Ossétie du Sud, ce sont des russophones et cela se passe en Georgie.
Dans les deux cas, un jeune et petit pays cherche à s’opposer à son propre démembrement par un voisin puissant et indélicat. Hélas, il n’a pas grand chose à opposer sinon sa bonne foi, le droit international et le respect de sa souveraineté. Dans les deux cas, le martèlement des bottes se fait entendre aux frontières. Dans les deux cas, une ancienne puissance vaincue en plein redressement national cherche à récupérer son espace vital.
Et pourtant, le sentiment qui prédomine lorsque j’en parle autour de moi est la peur, la peur d’un conflit mondial. On craint un dérapage et un engrenage. Après tout, la Géorgie est à nos portes et elle a failli rentrer dans l’OTAN. Mais, pour plagier Déat, qui veut mourir pour Tskhinvali ? Personne. Les Européens ne veulent pas affronter les Russes sur une question mineure. Les Américains ont déjà fort à faire avec l’Irak et l’Afghanistan. La Communauté internationale ne veut pas d’un conflit avec la Russie.
Et pourtant, c’est bien aujourd’hui qu’il faudrait montrer les dents.
L’extension du conflit par les Russes à la région d’Abkhazie montre que le problème de l’Ossétie du Sud n’est vraisemblablement que le premier des dominos. Si la Russie démembre la Géorgie, elle vassalisera ce pays, puis s’attaquera vraisemblablement ensuite à l’Ukraine, dont une petite moitié de la population est russophone.
Rien ne sert de courir, il faut partir à point
La Russie se comporte avec l’Ossétie comme, en son temps, la France avec l’Alsace Lorraine. Son comportement n’est ni moral, ni immoral : il est rationnel. Nous avons, nous « Occidentaux », les moyens de faire reculer la Russie, mais il y a un coût fixe – les morts et de grandes tensions internationales – et un coût variable – l’humiliation ou la défaite face à une puissance nucléaire.
Et, malgré une flagrante agression, nous n’avons pas bougé.
Tout ça pour dire qu’avant de prêcher le courage historique, certains feraient mieux de réfléchir aux conséquences. L’alternative à la diplomatie « munichoise », c’est à dire de compromis, c’est le bras de fer. Encore faut-il assumer toutes les conséquences de l’épreuve de force.
La Chine représente un quart de la population mondiale. Dans vingt ans, elle aura probablement quasiment rejoint les Etats-Unis en termes de puissance économique. Les rodomontades fonctionnent lorsqu’on parle de cérémonie d’ouverture des jeux, mais elles sont rapidement au pied du mur lorsqu’il faut se battre ou se coucher. Ennemis de l’esprit de Munich, êtes vous prêts à défier la Chine, et si oui, jusqu’où êtes vous prêts à aller, c’est à dire mourir pour une idée ?
Tags: Chine, esprit munichois, Georgie, J.O, Jeux Olympiques, Nicolas-Sarkozy, Ossétie, Pékin, RussieSujets: Paso Doble | 18 Comments »





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août 11th, 2008 at 10:03
OUF !
Hé bé, ça fait plaisir de te lire, Toreador !
Voilà ce que je disais ce matin chez les B&B’s sur la guerre en Géorgie:
Les JO occupent 90% de l’espace médiatique et comme d’habitude, notre presse sportive en délire à tellement prévu nos victoires en natation, judo et escrime, que les résultats n’ont aucune chance d’êtres à la hauteur des espérances.
On dirait que présumer de victoires hypothétiques afin, à coups sûrs d’être déçus est l’unique but de ces journaleux !
Occultée donc la guerre qui gronde en Europe, voici ce qu’en dit de.defensa :
L’“Ouest” en déroute : — En plus des pertes sur le terrain et, sans doute, des ambitions de Saakachvili, une victime de la crise géorgienne, c’est l’influence et le poids diplomatique de l’Ouest, – de l’Europe (l’UE) notamment.
Désormais, la question que se posent les Occidentaux est de savoir où s’arrêteront les Russes. A première vue, il semble que la Russie n’est pas exactement inclinée aux concessions ou à la modération. Cette perspective était prévisible après la politique menée depuis 1991, et à la lumière de l’exemple donné par les USA dans ses diverses entreprises expansionnistes, particulièrement depuis le 11 septembre 2001. Dans l’actuelle crise, les Russes prennent leur revanche de 17 années de pressions et d’humiliation de l’Occident, et ils ont bien l’intention de compléter ainsi, par le volet de l’action militaire brutale, le retour de leur puissance au premier plan. Ils sont aidés en cela, bien entendu, par la folie occidentale qui a été de poursuivre son travail d’expansion vers l’Est, notamment avec la perspective d’intégrer Géorgiens et Ukrainiens dans l’OTAN, alors que leurs options militaires sont si complètement limitées par leurs engagements déraisonnables dans divers conflits périphériques, tous aussi inutiles les uns que les autres
http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=5338
août 11th, 2008 at 10:36
Je crois que ce qui fait peur c’est l’engagement en guerre d’un pays possedant la force nucleaire, dans un conflit regional face a un pays soutenu par l’ennemi de la guerre froide. Mais effectivement ton analyse est tres juste et le probleme serait bien plus important dans le cadre d’une agression sur l’Ukraine.
Concernant la Chine, les occidentaux ne sont pas prets du tout a se battre pour leur idees, leur crainte est motivee par la peur d’etre dominee par une grande puissance non democratique. Et en ce sens le fantasme d’une Chine guerriere et expansionniste est largement repandue. Pour autant l’occident est surtout a la merci de l’economie Chinoise qui j’en suis persuade mettra bien moins de 20 ans a depasser celles des USA.
Je crois , enfin, que mourir pour ses idees est un « concept » qui nous echappe totalement, que ce soit chez les ennemis ou les amis de l’esprit de Munich.
août 11th, 2008 at 11:56
Parfois la forme l’emporte sur le fond, notamment dans le domaine diplomatique.
Entre Munich et l’interventionnisme à tout crin pour jouer au gendarme, il y a me semble-t-il une bonne marge de manœuvre.
Bizarrement, vous n’avez pas cité une seule fois l’ONU…
Quant à Sarkozy, il est très maladroit dans le domaine international. Et malgré toutes ses courbettes, il n’est guère apprécié des Chinois.
août 11th, 2008 at 12:45
Cher Paps Perdus, pourquoi citer l’ONU ? La Russie et la Chine peuvent bloquer toute résolution les concernant.
Cher Garçon, il y donc bien un parallèle nucléaire à faire entre Russie et Chine !
août 11th, 2008 at 12:47
Cher Oz, je suis de ton avis
août 11th, 2008 at 18:35
C’est vrai que le conseil de sécurité est paralysé et le reste de l’ONU également. Mais, c’est pourtant cette instance qui devrait faire respecter le droit international, non?
août 11th, 2008 at 18:39
cher Toreador
Oui le parallele nucleaire est evident, mais la Chine bien que applicant la repression au sein de son territoire, n’a pas fait de mouvement militaire d’agression depuis bien longtemps. L’inteventionnisme des Americains autour des tensions sino-taiwannaise semble avoir ralenti l’escalade sur ce conflit regional (je globalise largement a ce niveau) pour combien de temps encore je ne sais pas, mais le temps des JO la Chine va surtout s’occuper a recuperer des medailles…
août 11th, 2008 at 23:54
Garçon, on en reparle sur Taïwan qui est l’Ukraine de la Chine. Pas Perdus, l’ONU fonctionne a minima, ce n’est pas une découverte !
août 12th, 2008 at 7:58
Ségolène doit avoir une solution : envoyer Carla chez Poupou pour qu’il ait un peu de compassion et redevienne zen.
Et dire que notre armée va se formater pour faire du renseignement.
L’Europe est en slip, Sarko et Koukouche panier sont à poil.`
Quand à Rama, elle doit s’enfiler vodka sur vodka pour faire passer les dragons qu’elle a avalés
août 12th, 2008 at 13:13
Cher Toreador (pardon Mimi, pardon a genoux!),
Aujourd’hui je prend comme prétexte la place prépondérente des JO sur la Guerre, grâce à une presse de désinformation, pour conclure que ce devrait être à la blogosphère de dénoncer les mensonges ontologique ou par omission.
« Notre travail est de donner aux gens non pas ce qu’ils veulent, mais ce que nous décidons qu’ils doivent avoir. »
Disait Richard Salant, ex-président de CBS News. La guerre déclanchée par Saakachvili, donne à la télévision française une occasion de plus de montrer qu’elle excelle dans son travail de désinformation.
« La politique est l’ensemble des procédés par lesquels des hommes sans prévoyance mènent des hommes sans mémoire grâce à la complicité d’hommes sans morale. » http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=632 lien pour Jean Mistler grand esprit très contesté. (« Les grands esprits ont toujours subit une opposition violente de la part des esprits médiocres. » Einstein).
août 12th, 2008 at 13:45
Toreador,
Légalement la Géorgie à peut-être raison, mais alors, il faudrait vite rendre le Kosovo à la Serbie.
Comme Montesqieu, je pense qu’ « Une chose n’est pas juste parce qu’elle est la loi, mais au contraire elle doit être la loi parce qu’elle est juste ».
Dans ce cas, je ne possède pas assez d’éléments pour porter un jugement définitif, encore moins péremptoir.
août 12th, 2008 at 14:21
Si l’on a besoin de sortir les chars et de faire 2000 morts dans la population civile pour reprendre le contrôle d’un territoire, c’est qu’il ne nous appartient pas ! Saakachvili a déclenché les hostilités. La Russie n’a fait qu’intervenir pour éviter un nettoyage ethnique.
Tu oublies un argument essentiel. C’est l’adhésion à l’OTAN. L’occidentalisme est le seul fond de commerce politique de la Géorgie, comme de l’Ukraine depuis la révolution orange (dans une moindre mesure toutefois). C’est justement pour être admis dans l’OTAN que Saakachvili a commis cette fuite en avant, pour prouver à Bush qu’il était de son coté, pour montrer qu’il avait besoin de l’aide des occidentaux.
Si les occidentaux avaient reconnus que ce machin n’avait plus lieu d’être depuis la fin de la guerre froide, il y aurait la paix aux marges de la fédération de russie.
C’est parce que l’administration Bush s’est évertué à vouloir restaurer un rideau de fer entre nations occidentales et celles qui ne le seraient pas que certains petits pays ont cru devoir donner des gages au maître américain, en se fachant avec les russes.
août 12th, 2008 at 17:55
Mon Garçon,
Très juste ce que tu dis, sauf que ce sont les moyens financiers et surtout industriels qui permettent aux états de faire la guerre.
août 12th, 2008 at 18:19
@ Toréador: Que tio!!! Très bon billet (j’aime ce respect sous-jacent pour le travail des diplomates), magnifique titre (ça m’a provoqué un fou rire dont je n’arrive pas à me débarrasser, désolé, pas très digne compte tenu de ce qui se joue; mais la référence historique est superbe et résume très bien le sentiment ambiant de peur entretenu par les médias).
Pour ma part, je pense que c’est un drame pour les populations locales pour lesquelles un Etat de quasi-guerre existe depuis 16 ans (sans oublier le Haut Karabakh, la Tchétchénie / Itchkérie, l’Ingouchie, le Nakhitchevan et l’Adjarie). Cependant n’exagérons rien, avec les russes, c’est un jeu d’échec sur plusieurs tableaux (le retour à vitesse grand V de la realpolitik; tu fais bien de parler de l’Ukraine – la Géorgie fait figure de test) mais pas encore un engrenage (sauf à l’échelle de la Géorgie, et à moyen terme du Caucase); avec les chinois, les tensions militaires ne sont pas d’actualité (du moins sous forme d’engrenage avec les occidentaux au sujet de Taïwan après les dernières élections; en Asie Centrale et Asie du Sud, c’est une autre histoire; la menace nucléaire étant permanente dans les deux derniers scénarios; la Corée du Nord, est devenu un problème commun).
Pour les russes, Saakachvili et l’OTAN ont mal joué ces derniers quatre mois, en laissant une situation incertaine (adhésion OTAN / UE) se dégrader et en espérant pouvoir grignoter des avantages tactiques (drones, provocations diplomatiques) pour raisons électorales (en Géorgie, et de sortie de piste pour W.), alors que la Russie préparait le coming out géopolitique de son nouveau duo exécutif (de la même manière que Poutine et Eltsine l’avaient fait avec la Tchétchénie). Pour les chinois, c’est tout l’inverse il me semble, des décennies de soft et hard power occidental commencent à payer avec un assouplissement de leurs soutiens géopolitiques inconditionnels à certains régimes, et le développement de discours / négociations plus tolérants sur les questions du Tibet et les Droits de l’Homme. Bon, ce ne sont que des tendances diplomatiques, sans grands effets sur le terrain (ou au Conseil de Sécurité), mais il y a un début à tout.
Bref, tout ça pour dire que les agissements et zigzags de la diplomatie de Sarko sur les JO (el sol), et la réaction de la Chine, ne servent qu’à amuser la galerie nationaliste chinoise, et exciter les galeries militantes et médiatiques occidentales (les gradins?); par contre les navettes diplomatiques avec Moscou et Tbilissi ne doivent pas être ignorées ou sous-estimées, les détails seront de toute première importance pour la suite (et le temps médiatique empêchera aux occidentaux de prendre la pleine mesure de ce qui se jour: la sombra). Sans partager les orientations diplomatiques actuelles du Quai D’Orsay, force est de constater que le rôle diplomatique français actuel dans la crise géorgienne est aussi une conséquence du rapprochement avec Washington (cela ne permet pas pour autant de préjuger du résultat).
@ Malakine: « Si les occidentaux avaient reconnus que ce machin n’avait plus lieu d’être depuis la fin de la guerre froide, il y aurait la paix aux marges de la fédération de russie. »: mais bien sur… pour la Tchétchénie, le Haut Karabakh, c’est l’OTAN le problème? l’Ossétie du Nord et l’Ingouchie, ce sont des républiques satisfaites de leur statut? ça devrait être quoi le statut final de l’Abkhazie? eux demandent une association avec la Russie à l’image des îles Marshall et non pas une absorption par la Russie… le Caucase Sud est une faille géopolitique comme il en existe peu, le « wishfull thinking » n’a pas sa place dans ce contexte.
août 12th, 2008 at 19:22
Malakine a raison sur le fait que l’OTAN a perdu sa raison d’être, mais comme toute survivance bureaucratique, elle s’est trouvée une 2ème vie après 1995.
Oz, tu as raison sur le Kosovo. Pour moi, nous n’aurions jamais dû rentrer dans ce jeu, au risque de le voir nous échapper. Il y a des Corses et des Bretons…
Je pense que la Georgie a voulu reprendre l’avantage à un moment soit-disant judicieux, mais ceci s’est révélé une erreur énorme. Elle met en tous les cas l’Occident face à des choix. Personnellement, intervenir militairement contre la russie me semble la seule manière de montrer efficacement les dents.
août 12th, 2008 at 23:11
Mourir pour une idée, mais de mort lente alors…
Chargée comme actu pour un retour de vacances, non ?
août 13th, 2008 at 0:04
Tss ma pause estivale durera jusqu’au 4 septembre !
août 14th, 2008 at 10:50
@ Toréador: une organisation de sécurité collective, intégrant les Etats-Unis (pour cause d’alliances historiques britanniques et allemandes) était inévitable; que celle-ci soit issue de l’OTAN ou d’une création nouvelle, cela ne change rien (le seul moment de flou réel a été la période 1991-1995, depuis la question ne se pose pas trop, avec la multiplication des crises internationales dans la périphérie de l’UE – Balkans Occ. – puis au niveau international avec des besoins militaires dépassant les capacités des Casques Bleus). L’OTAN est par ailleurs devenue l’organisation collective de défense de référence pour une expansion internationale. Les problématiques géopolitiques de l’étranger proche russe se poseraient avec ou sans l’OTAN.