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Paso doble n°87 : Journal de campagne américaine (IX) : Le grand Roque
Par Toréador | septembre 6, 2008
A las cinco de la tarde…
Note : Le roque est un déplacement spécial du jeu d’échecs. Introduit au XVIIIe siècle, le roque permet de protéger le roi tout en centralisant la tour, ce qui permet de mobiliser cette dernière.
Les deux Tours
Avec la désignation des colistiers respectifs de Mc Cain et d’Obama, la campagne présidentielle est entrée dans sa dernière ligne droite. Désormais, dans le mois qui va venir, la campagne va se cristalliser autour de quelques grands thèmes de confrontation, qui s’annoncent par avance défavorables aux démocrates puisque c’est l’actualité internationale qui risque de dicter le tempo.
En attendant, comme aux échecs, chaque Roi a fortifié sa position en roquant avec une Tour qui lui permette de mettre en échec le Roi adverse. Fait marquant, le duel Mac Cain/Obama est à ce point manicheen (Noir/Blanc, Jeune/Vieux, Expérimenté/Sans expérience, etc…) que le rééquilibrage a forcément conduit à un rapprochement des deux écuries par la compensation des différences trop criantes. Néanmoins, dans le subtil équilibre qui régit la constitution du fameux ticket, la stratégie suivie n’a pas été exactement la même.

Roi Noir : la guerre des Clônes
Barack Obama a fait un choix classique, celui de l’homothétie de compensation, en prenant à bord un clône de son adversaire capable de renforcer ses points faibles. Le premier candidat afro-américain investi par un des deux grands partis à la présidence des Etats-Unis, à qui on peut légitimement reprocher un flagrant manque d’expérience, s’est en effet doté d’un colistier fort en gueule et fort en thème, rompu à la politique Washingtonienne, Joe Biden. Ce choix de la complémentarité ressemble à celui fait par Georges Bush Jr, pour qui Cheiney devait être un chaperon efficace pour ses premiers pas dans l’arène.
A 64 ans, un âge vénérable pour la politique américaine, Joe Biden est un politicien charismatique chargé de faire contre-poids à Mac Cain. Comme Mac Cain, Biden a subi un drame personnel( il a perdu très tôt sa femme et sa fille dans un accident de voiture), ce qui devrait permettre aux démocrates d’écrire quelques belles histoires eux aussi sur le sacrifice personnel. Comme Mac Cain, Biden a la réputation d’être un franc-tireur. D’ailleurs les deux hommes ne sont guère éloignés : en 2004, Biden avait proposé un ticket Kerry-Mac Cain !
Biden est loin d’être un dangereux révolutionnaire. Il est favorable au droit à l’avortement mais hostile à son financement public. Il est opposé au mariage des homosexuels mais favorable à un contrat d’union civile pour les homosexuels. Il accepte la peine de mort et est favorable à un contrôle modéré de la vente des armes à feu. On appelle ça un centriste aux Etats-Unis. Biden pourra faciliter le ralliement des électeurs démocrates traditionnels qui soutenaient Hillary Clinton (cols bleus, seniors, etc.), compensant les difficultés du candidat dans les États pivots comme la Pennsylvanie ou l’Ohio. Politiquement, le choix d’Obama relève cependant plus d’une stratégie de second tour, comme on dirait Fen rance (exemple : Jospin 2002) avec une ouverture vers les catholiques et plus largement les républicains. Une ouverture maladroite, cependant, car Biden n’est pas vraiment en odeur de sainteté auprès des catholiques purs et durs.
Roi Blanc : l’épée reforgée
De son coté, Mac Cain a fait un choix à mon sens beaucoup plus audacieux (voire téméraire) : non pas seulement compenser en apparence ses handicaps ou dupliquer son adversaire, mais aussi savonner la planche d’Obama.
Sarah Palin, née en 1964, a 44 ans. L’âge moyen du ticket Républicain est donc désormais de 58 ans, contre 56 pour le démocrate. Le choix de Sarah Palin n’est pas seulement celui du clône, mais de la reconstitution en laboratoire de ce qu’aurait pu être une fusion réussie entre Obama et Hillary. Sans trop d’expérience, elle ressemble à Obama. Mais sa manière d’incarner le changement, copie plus la réthorique d’Hillary, puisqu’elle est une femme. Elle est surtout un piège : les démocrates devront y réfléchir à deux fois avant de moquer son inexpérience s’ils ne veulent pas mécontenter l’électorat féminin.
Toutefois, le choix de Mac Cain est à mon sens beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît. Avec Palin, Mac Cain s’assure de son électorat naturel, contrairement à Obama qui n’a pas souhaité gauchiser son ticket, même si cela ne sera pas suffisant pour gagner. Il a adopté une stratégie de socle, ou de premier tour dirait-on en France (Sarkozy, 2007). Lui qui a une image de franc-tireur a choisi une icône rassurante, très marquée à droite.
De plus, notons qu’il reconstitue l’alliance victorieuse de Bush entre les faucons néo-conservateurs et les chrétiens évangéliques, même si sur ce ticket-là, les seconds prennent la vice-présidence et non plus la présidence comme en 2000. J’avais noté que pendant la pré-campagne, cette alliance-là avait explosé. Mc Cain est parvenu à la reforger.
Enfin, Mc Cain, en nommant une femme se paye le luxe de pointer les dissensions du camp adverse qui n’a pas osé faire de même en ressoudant ses rangs de manière à permettre le ticket gagnant Obama/Clinton.
L’épisode du bébé de la fille de Palin, enfin, au-delà des premières turbulences, a quant à lui eu trois effets bénéfiques sur le long terme : 1/ Il a montré que Sarah Palin était capable de modernité et de bienveillance, et n’était pas seulement une femme de principes 2/ Il a soudé le camp républicain, qui a dû faire front sous les attaques, 3/ Il a monopolisé la couverture médiatique. Les premiers sondages confirment.
Voilà pourquoi, pour l’instant je le maintiens : Mc Cain sera élu !
Tags: Biden, campagne présidentielle 2008, clône, démocrates, Echecs, Mc Cain, Obama, Palin, rééquilibrage, Républicains, Roi, RoqueSujets: Paso Doble | 16 Comments »





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septembre 6th, 2008 at 17:32
Pas mal vu ! Toreador.
Bon, n’étant pas un homme de certitudes, je refuse, sla vade soit, de faire des pronostics.
Plus simplement : Bien qu’anti Républicain (US)
je regardais CNN à 4h30 AM, quand Sarah Palin (prononcer Pèline) est apparue pour faire son discours d’investiture. CHOC !
Les visages du public se figent. Des sourires apparaissent sur les faces incrédules. Les yeux équarquillés ont du mal à réaliser. Au dessus des bouches en bananes les yeux ont du mal à retenir leurs larmes : Shes got it !
Mèmère crève l’écran !
En l’espace de deux face a face de 10 minutes avec elle, le vieux renard à compris qu’il avait découvert la perle médiatique et surtout a eu le mérite de prendre cette décision improbable.
Le plus beau compliment que je puisse lui faire :
Au plan humain, c’est une anti-Ségolène Royal.
septembre 6th, 2008 at 17:55
Comme dit Ozenfant : ‘pas mal vu’ (comme souvent)
J’aime beaucoup ton analyse, et ta vision, différente de celle que nous sort l’ensemble des médias français. Je trouve en effet cette campagne mal présentée, mal couverte. Beaucoup d’Obama, et finalement assez peu d’analyse sur le pourquoi du comment de McCain.
et l’impression que comme y a 4 ans où tous les projecteurs français étaient braqués sur Kerry, le risque d’une gueule de bois au lendemain du vote américain.
Bon weekend
PS : « anti-Royal », clap clap Ozenfent le compliment
septembre 6th, 2008 at 18:18
Oui, je pense aussi que c’est Mc Cain qui sera élu. Pour toutes les raisons que tu développes dans tes billets depuis un bon bout de temps.
Petit sourire et clin d’oeil aussi pour les allusions à Tolkien et George Lucas
septembre 6th, 2008 at 19:02
Analyse fort juste, mais il manque le debat de fond. Et c’est cela qu’a reussit a evacuer mcCain durant la RNC, il n’y a pas eut un seul moment ou celui ci a mis en avant un quelconque programme, pourtant en se reclamant le camp du changement par rapport a Washington. Au dela de son audace il faut quand meme rester prudent quant au fait que les choix actuels des uns et des autres vont decider de comment cette election va se terminer. Cette election risque de se jouer enormement lors des 4 debats. C’est d’ailleurs la que Kerry avait perdu en 2004.
septembre 7th, 2008 at 0:08
Intéressant. Ta bonne connaissance des USA te permets de faire des pronostics.
J’ajouterai que la comparaison d’Obama et de Kennedy (mais fonctionne-t-elle chez les américains ?) pourrait rendre des faux pas du candidat démocrate très coûteux.
D’un autre côté un soutien trop prononcé de G.W.Bush à Mc Caine pourrait bien le handicaper assez fortement tant le désir des américains de tourner la page semble fort.
septembre 7th, 2008 at 1:42
ah, juste un detail, cette annee la Pennsylvanie ne sera pas un swing states. La victoire d’Obama y est quasi assuree. En revanche l’Ohio, le Colorado, la Floride, et peut etre le Minnesotta seront les Etats clefs.
@ Oppossum : La presence de Bush pres de McCain a ete bien maitrisee par le GOP et l’ouragan Gustav a aider ceux ci a eviter la presence de Bush durant la convention qui a finalement fait un discours par video. La comparaison Obama/Kennedy est relativement peu mise en avant pour etre clair. Il semblerait surtout que l’element nouveau de la campagne, Sarah Palin , pousse le debat autour des personnalites et non des programmes…
septembre 7th, 2008 at 16:52
Garçon, pas sûr que le fond soit si important : les démocrates et les républicains n’ont pas des différences si importantes, et Mac Cain et Obama sont eux-mêmes centristes !
septembre 7th, 2008 at 17:24
@Oppossum,
Je disais (avant hier) à Mme Ozenfant, que les soutiens comme ceux de Georges Bush, McCain s’en serait bien passé.
Mais c’est une constante en politique : Il n’osent pas renvoyer les cadeaux empoisonnés.
Par exemple celui du soutien de Jospin à Delanoë !
septembre 8th, 2008 at 5:57
@ Toreador,
du point de vue d’un français les différences peuvent paraitrent peu importantes car on focalise sur les sujets de sociétés que l’on considère comme les grande reformes que les démocrates ne veulent pas mettre en place par peur électorale : peine de mort, port des armes a feux, engagement guerrier un peu plus modéré mais toujours présent chez les démocrates. Obama est considéré au centre du parti démocrate mais pas proche de l’aile conservatrice, alors que Mc Cain lui est plus proche du centre, d’où ses affinités avec Liebermann ou même avec le VP du camp adverse Biden. Dans le duo Obama Biden, c’est Biden le plus conservateur.
Ensuite, vivant la campagne depuis un État qui votera en majorité Obama, je ne peux être totalement objectif concernant l’envie de centrage du débat sur les programmes. Mais le sentiment est fort ici et les médias n’ont de cesse de le rappeler, peut être pas suffisamment pour résister a la montée en Force de Palin dans le paysage médiatique (qu’elle soit dépeinte en bien ou en mal cette sur-médiatisation peut jouer en sa faveur).
Ensuite les différences de programmes me semblent majeures:
-sur l’Irak, mais aussi sur l’Iran ou la Russie.
-sur la fiscalité favorisant la classe moyenne pour Obama, favorisant les investisseurs pour McCain
-Sur l’éducation
-Sur le système de santé ( McCain n’a aucune proposition concrète a ce niveau la)
-Sur la reforme de la sécurité sociale
-Sur le plan d’investissement énergétique qui est chiffre et réaliste dans le camp d’Obama( Quand McCain dit qu’ils vont forer des maintenant , c’est totalement faux et irréalisable)
j’en passe et des meilleurs. Va voir du cote du site d’Obama puis celui de Mc Cain, le contraste est saisissant.
septembre 8th, 2008 at 9:49
J’ai un argument plus fort que toute ta démonstration pour deviner l’issue du combat électoral. Les Francais (médias et masse populaire) soutiennent aveuglément (et c’est vraiment le cas de le dire) Obama. Cela suffira pour faire pencher la balance !
D’ailleurs ce soutient aveugle m’insupporte a
septembre 8th, 2008 at 10:07
Obama est aussi le candidat de l’extrème droite isolationiste : les choses sont + complexes et pardoxales que ne le montre la presse US grand public.
C’est pourquoi les pronostiques sont osés.
septembre 8th, 2008 at 10:29
Chers amis, tout pronostic est prise de risque ! Mais j’ose !
septembre 8th, 2008 at 11:04
Il est commun de critiquer les média français, « aveuglés » par l’obamania. Mais je n’ai rien n’appris dans ce post que je n’ai entendu ailleurs depuis une semaine.
Par contre, Toréador semble accréditer une réédition de l’élection de 2004 et suivre l’avis du conseiller de Bush, Karl Rove : « favoriser d’abord l’alliance… ». Sauf qu’en 2004, l’effet Irak a joué à plein pour la réélection du « commander in chief ».
En 2009, le vote des indépendants risque d’être plus difficile à capter avec Palin…
septembre 8th, 2008 at 14:29
Sauf votre respect, Monsieur Toreador, le pronostiqueur est dans la position du boxeur déja 15 fois mis KO, mais qui pense toujours qu’il va être, un jour, Champion du Monde.
Quand on monte une affaire, là on prend des risques !
Faire des pronostiques, où sont les risques ?
Mille fois, j’ai entendu des gens faire des pronostiques, combien de fois ais-je entendu les même dire :
Vous vous souvenez de mon pronostique ?
Et bien je suis nul : je m’étais trompé !
Quelle quantité ? Disons Epsilon !
septembre 8th, 2008 at 17:57
Je me suis quelquefois trompé. Mais le plaisir est dans le jeu : si je me plante, tant pis. Ce qui est drôle c’est de pendre position, et d’apprendre de ses erreurs.
Attention Amike, je n’ai pas vocation à apprendre quoique ce soit aux gens. Je ne suis pas journaliste !
septembre 8th, 2008 at 18:39
Hé bin, ça doit être mon coté scientifique… une religion qui interdit les paris.