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    Paso Doble n°91 : Journal de campagne américaine (X) : Mc Krach

    Par Toréador | octobre 9, 2008

    A las cinco de la manana…

    Discriminative (genealogic) action

    Il n’est pas bon d’être Républicain en ces temps troublés. En effet, tout candidat à la magistrature suprême des Etats-Unis essaye subtilement de relier sa petite équation personnelle à la grande saga héroïque de l’Amérique. Il s’agit d’invoquer les mânes de ses glorieux prédécesseurs, bonnes fées appelées (parfois à l’insu de leur plein gré), à bénir le berceau du président-to-be.  Sans doute faut-il voir là une réminiscence des traditions chamaniques indiennes où les esprits de la Nature pouvaient insuffler aux guerriers des tribus une force surhumaine pour la bataille. :-)

    Pour ce petit exercice imposé, John Mc Cain avait bien compris combien le nom de Bush résonnait de manière désagréable aux oreilles de bon nombre d’électeurs. Comme il avait en son temps pourfendu Georges Bush lors des primaires républicaines de 2000, il n’eut guère de mal à sauter cette génération de Républicains-là et en appeler directement à Ronald Reagan, figure tutélaire et rassurante. Tout le prédisposait à se comparer à lui et à s’identifier  au vieux cow-boy victorieux, c’est à dire qui avait quand même réussi à descendre l’URSS alors que la Guerre Froide jouait à plein. 

    Précisions qu’au-delà de Reagan, les Républicains n’aiment guère remonter plus haut dans leur généalogie : l’arrière grand père politique, c’est Nixon et son réalisme cynique. Ike Eisenhower fit un bon président mais un peu daté;  Et puis il est dangereux de trop remonter le passé car sinon on tombe sur les trois incapables présidents des années 30 (Hoover, Harding, Coolidge). Coté Démocrate, c’est plus simple car, hormis les neuneus du type Carter, les rares présidents démocrates (Kennedy, Clinton, Roosevelt) ont plutôt laissé d’excellents souvenirs. 

    reagan-at-durenberger-rally.jpg

    Bye, bye Reagan

    Eviter de citer Bush pour ne pas être contaminé par son désastreux bilan international, tel était l’axe tactique.

    Hélas, voilà que par un incroyable retournement de situation, l’étoile Reaganienne faiblit à son tour avec la crise financière qui est en train de saper l’économie américaine. En effet, Reagan a inauguré cet étonnant mélange de dérégulation libérale et de laissez-aller budgétaire qui est devenue la marque des républicains depuis lors, et qui a conduit au désastre que l’on sait. Mc Cain a beau pitoyablement tenter de pointer la responsabilité des démocrates et de Barack Obama, nul n’est dupe.  

    Il est vrai qu’on comprend l’affolement. Pour Mac Cain, toutes ses références « culturelles » qui ont assuré la supériorité de la Droite américaine depuis trente ans sont en train de s’effondrer. En Economie, l’absence d’encadrement d’un capitalisme mondialisé a à ce point dérégulé la planète, que l’idéologie du marché pur et parfait en est discréditée. En politique étrangère, le néo-conservatisme a englué l’Amérique dans deux conflits qui s’enveniment. Reste la troisième patte, à savoir le fondamentalisme chrétien, mais Sarah Palin est en train, bien malgré elle, de le ridiculiser avec son Jurassik Jésus et autres palin(odies).  

    Deus ex Obama

    Barack Obama, contrairement à ce que j’avais anticipé,  a désormais, dans ces conditions, une chance sérieuse d’être élu, car le champ intellectuel des Républicains est désormais en ruine.

    Ajoutez à cela que les personnalités des 2 candidats renforcent encore les avantages naturels qu’ont normalement les Républicains en politique étrangère et les Démocrates en économie : Obama est calme, et c’est du sang-froid dont a désespérément besoin l’Amérique aujourd’hui. En revanche, le volontarisme de Mac Cain et ses coups de chaud lui donnent une crédibilité certaine pour le concours du meilleur chef de guerre charismatique. Cependant, elle le dessert pour le traitement de la crise financière. 

    Ainsi se clot peut-être sous nos yeux un épisode de la courte histoire de l’Occident : celle du capitalisme impérial. Ironiquement, ce sont des hommes et femmes venus de la Droite – Bush, Merkel, Sarkozy – qui vont devoir signer l’acte de décès. Et Mac Cain, qui se débat dans un bateau qui prend l’eau, risque de devoir acquitter les droits de mutation. A moins que… si Al Quaida, la Russie ou Joe Biden voulaient bien faire un geste ?

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    Sujets: Paso Doble | 3 Comments »

    3 réponses “Paso Doble n°91 : Journal de campagne américaine (X) : Mc Krach”

    1. Oppossum Says:
      octobre 9th, 2008 at 17:29

      Le capitalisme impérial est mort , vive le capitalisme !
      Cependant la mutation sera douloureuse, surtout sous la houlette cette classe politique , qui elle aussi pratique l’art de nous endetter … et de nous enfumer avec du virtuel.

      Les cocus -pour un temps- seront les entreprises du capitalisme ‘réel’ , qui sont les seuls à être financièrement sains.

      Oui, le libéralisme et le capitalisme sont bien piteux, mais ne nous leurrons pas … pour l’instant , interventionnisme ne signifie pas changement de nature profonde du système : d’autant qu’il n’y a aucun projet derrière cela.

      Quant à la régulation promise … sans bon sens , éthique et lucidité , cela ne sera que règles qui se surajouteront ou se substitueront aux autres (déjà pléthoriques malgré l’impression de dérèglementation).

      Sinon, oui Obama.

    2. Ozenfant Says:
      octobre 12th, 2008 at 10:30

      Oppossum,
      Excuses moi de m’excuser…
      Mais (je le re-répète), « Libéralisme » n’a jamais rien signifié en ce qui concerne la bourse et ses règles auto proclamées.
      Pouvait-on dire que ces règles de loto financier étaient libérales ?
      I dont think so, my friend (as McCain would say) !
      Hier, Laurence Parizot déclarait qu’elle-même et certain économistes, avaient prévu la crise… son interlocuteur à alors cité une déclaration de Lolo P. (d’il y a 6 mois) prévoyant une bonne croissance pour 2009 !
      On a en ce moment toute une génération d’amnésiques qui se dénoncent (lol) !

      Ce que l’on peut dire c’est que les théories économiques et les certitudes idéologiques viennent d’exploser en plein vol.
      Ce qui est le sort, tôt ou tard, de toute idéologie, puisqu’elles ne sont au fond, qu’un ensemble coordonné d’idées préconçues, destinées à se substituer à la pensée personnelle et à l’imagination….
      N’est t’il pas ?

    3. oppossum Says:
      octobre 12th, 2008 at 16:49

      Oz,
      Lolo P n’est pas la seule à avoir prévu la crise !!! Figure toi que pas mal d’économistes, aussi bien à ‘gauche’ (sans parler des cassandre perpétuels) qu’ à ‘droite’ (Et notamment certains liberaux de bon sens) , sentaient bien qu’il allait y avoir un problème de solvabilité, tant l’endettement devient une culture et tant les instruments financiers finissent pas devenir opaques à force de complexité à effets diffus et multiplicateurs .

      Cependant comme aurait dit Lapalisse, si la crise n’avait pas eu lieu , il est probable que cela n’irait pas si mal que ça … car l’économie réelle paraissait relativement saine.

      Et sans l’ étincelle des subprimes qui révèle l’ampleur d’une vertigineuse titrisation dont on n’arrive pas à connaître le risque réel , cette crise aurait pu être différée .

      Donc Lolo n’est pas si stupide que ça, d’autant que son boulot n’est pas de délivrer des oracles mais de défendre l’activité des entreprises.

      Pour ce qui est de l’explosion de théories et de certitudes, je suis d’accord avec toi puisque c’est un constat.
      Mais de ce défoulement assez irresponsable et mequin -écoutez les âneries de vos amis, même si j’en partage parfois les avis- , qu’il en sorte une clarté très claire , voilà qui me parait douteux.

      Car tu remarqueras que chacun (moi comme toi, mais les autres c’est bien pire) cherche à re-interpréter cette crise à la façon la plus proche de ses idéologies et de ses … intérêts (ou absences d’intérêt) .

      Et que de ce mouvement nait une nouvelle idéologie , assez monstrueuse dans sa disparité et dans son incohérence, vaguement anti-tout sans trop savoir ce qu’il y a derrière, et surtout sans aucun projet cohérent, pour l’instant .

      Tu as l’air de croire qu’on peut échapper à l’idéologie , je ne pense pas. On est automatiquement dedans . Cependant on peut quand même essayer de soumettre l’idéologie à laquelle on adhère le plus , au principe du doute et de la critique.