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Banderille n°257 : Dire Pie que pendre…
Par Toréador | octobre 20, 2008
Dies Irae
La polémique enfle à propos du projet du Vatican de faire béatifier Pie XII, le pape de la seconde guerre mondiale. Le CRIF est monté en première ligne, suivi du président des communautés juives d’Italie, notamment pour signifier qu’un tel geste aurait des conséquences extrêmement négatives sur les relations oecuméniques entre le Saint Siège et le monde juif.
Autant vous le dire d’entrée : comme mon Chafouin et son ami la vache-qui-cause, je trouve cette polémique injustifiée, déplacée et même ridicule.
Injustifiée tout d’abord, parce que je trouve pour le moins déraisonnable que des gens extérieurs à un groupe veuille dicter à icelui ses règles de fonctionnement. Pour être polémique, si Mac Donald a envie d’élever Joël Dupont employé du mois, que cela plaise ou non à José Bové, cela ne relève pas de ses prérogatives. A fortiori si la critique vient de chez Quick. L’Eglise Catholique choisit qui elle veut parmi ses brebis pour conduire son troupeau.
Péché par action, par omission, et désormais par inaction
Déplacée ensuite parce qu’à entendre le CRIF, on se demande qui exactement a déporté les juifs : l’Eglise Catholique ou le Régime Nazi ? Lorsque d’aucuns parlent de « blessure ouverte » entre les deux communautés déistes, les détracteurs de Benoit XVI vont loin car ils portent un jugement sans appel, sans égard pour les circonstances exceptionnelles de l’époque.
Je ne suis pas en faveur de la capillarité de la responsabilité. Qu’on juge les Hauts-dignitaires et ceux qui ont trempé dans la machination infernale, c’est normal, même si l’excellent livre de Jonathan Littell a bel et bien montré comment la machinisation des procès dilue le sentiment de culpabilité.
Maintenant, étendre la suspicion aux descendants (la fameuse repentance) ou à ceux qui ressemblent vaguement de loin aux premiers (les « néos-qui-nous-rappellent-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire ») ou enfin à ceux « qui n’auraient pas suffisamment agi », c’est fort de café. Dans ce cas, qu’on juge les 98% de Français qui se sont tus et ont fait le dos rond pendant 4 ans.
Figurez vous qu’il n’y avait pas que le Pape qui était au courant des exactions dans l’Est. Les Américains, les Britanniques, les Russes avaient les mêmes échos : ils ne voulurent pas les croire. Et eux avaient des armées, des radios, et n’étaient pas protégés, par une barrière symbolique, des armées d’Hitler.
C’est l’histoire d’un mec…
Ridicule, pour terminer, lorsque l’on examine le fond. Si la longue diatribe de Koz ne vous avait pas convaincus, laissez-moi vous résumer le cas Pie XII en trois anecdotes.
En février 1945, le Grand Rabbin de Rome, Israël Zolli, fut baptisé sous le prénom chrétien d’Eugenio, en hommage à Eugenio Pacelli, le pape Pie XII, quelques jours après que la communauté juive de Rome eut demandé sa démission. Sa conversion, spirituelle, fut précipitée par son admiration pour le Pape, qui sauva des milliers de juifs de Rome pendant la guerre.
A la mort de Pie XII, Golda Meïr, alors ministre israélien des affaires étrangères, s’est exprimée en ces termes à la tribune de l’O.N.U. : « Nous partageons la douleur de l’humanité pour la mort de Sa Sainteté Pie XII… Nous pleurons un grand serviteur de la paix et de la charité. Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyr effroyable, le voix du pape s’est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes. ».
Albert Einstein déclara pour sa part : « L’Église catholique a été la seule à protester contre les assauts hitlériens portés à la liberté. Jusqu’alors, je n’avais pris aucun intérêt pour elle, mais aujourd’hui j’éprouve une grande admiration pour l’Eglise, qui seule a eu le courage de se battre pour la vérité spirituelle et la liberté morale. »
Pie XII, ce sont in fine les juifs qui en parlent le mieux. Plus exactement, des Juifs qui, ayant connu cette période, pouvait en parler avec un peu plus de légitimité. Profaner une réputation est aussi grave que profaner une tombe…
Tags: Eglise-catholique, juifs, Pacelli, Pie XII, seconde guerre mondiale
Sujets: Banderille | 8 Comments »





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octobre 20th, 2008 at 15:22
Finalement j’ai cru lire que Benoît XVI avait gelé la procédure… Dommage, dommage, d’ainsi céder devant le chantage. Mais c’est une nouvelle preuve de la sagesse du Vatican.
octobre 20th, 2008 at 15:45
Ce qui est difficilement compréhensible, c’est que les Juifs sont eux-même plus que nombreux à reconnaître le fait que Pie XII a directement sauvé des juifs. Je citais Léon Poliakov, qui attribue à Pie XII le sauvetage de 25% des juifs de slovaquie. Je citais Sir Martin Gilbert qui parle de centaines de milliers de juifs sauvés par le Vatican. Même la personne avec qui j’ai eu des échanges pas toujours cordiaux dit clairement en toute fin d’échanges qu’elle ne conteste pas que Pie XII ait effectivement sauvé des juifs, mais qu’il lui reproche de ne pas s’être suffisamment exprimé.
Pourtant qui a fait plus que lui ? De Gaulle ? Eisenhower ? Churchill ? Je ne parle évidemment pas de Staline. Même la Résistance française, s’est-elle donnée pour objectif de sauver des juifs ? Absolument pas…
Le reste, c’est refaire l’Histoire. Pie XII a pu juger, avec les informations qu’il avait, que la prise de parole n’était pas l’urgence. Qu’elle n’était pas forcément le moyen de lutte le plus efficace. Qui sommes-nous pour prétendre apprécier différemment aujourd’hui le choix qu’il avait à faire ?
octobre 20th, 2008 at 15:54
@Koz
Qui sommes nous, en effet. Il est très facile, depuis son fautueil, de dire ce que les autres auraient dû faire il y a 60 ans. Je note qu’en l’espèce, elles n’ont pas rien fait!
Personnellement, je ne sais pas is j’aurais été lâche ou courageux, jespère bien sûr que j’aur
octobre 20th, 2008 at 15:54
@Koz
Qui sommes nous, en effet. Il est très facile, depuis son fautueil, de dire ce que les autres auraient dû faire il y a 60 ans. Je note qu’en l’espèce, elles n’ont pas rien fait!
Personnellement, je ne sais pas is j’aurais été lâche ou courageux, jespère bien sûr que j’aurais été un héros, mais je n’en suis pas sûr!
octobre 20th, 2008 at 16:39
Il est toujours dangereux et facile de decontextualiser l’Histoire.
octobre 20th, 2008 at 21:02
Merci Toreador de cette note courageuse. Pie XII était vulnérable au Vatican. Mussolini pouvait à tout instant en faire son prisonnier, tout le monde aurait été bien avancé. C’est facile de condamner quand on ne risque rien.
octobre 21st, 2008 at 10:13
Amen.
novembre 1st, 2008 at 16:53
[...] plus, comme le rappelle Toreador, qui sait que le Grand Rabbin de Rome s’est converti au catholicisme -impressionné par [...]