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    Paso Doble n°97 : Journal de campagne américaine (XI) : Born a 5th of November

    Par Toréador | novembre 6, 2008

    A las cinco de la tarde…

    Mea Culpa, Mea Maxima Obama

    Remember, remember the 5th of November. Le jour où Guy Fawkes tenta de mettre le feu au Parlement Anglais. C’est également le jour de la victoire sans appel de Barack Obama et la revanche en symétrique des démocrates (à tous les sens du terme) sur la partie de dupes de 2000.

    La démocratie américaine a en effet pris sa revanche, en portant à sa tête, malgré les obstacles nombreux, un jeune métis. Cette fois-ci le vote électronique a fonctionné et les électeurs américains se sont rendus en masse à l’isoloir. Barack Obama a déclaré : Les Etats-Unis sont le lieu où tout est possible*.

    Tout est possible. Comment ne pas dresser un parallèle avec la campagne et l’élection de Nicolas Sarkozy l’an dernier, sur des scores d’ailleurs assez voisins ? Le choix net pour un Obama ou un Sarkozy est venu sanctionner la mélasse des élections de 2000 et 2002.

    Pour ma part, je dois reconnaître que je me suis trompé. Mea Culpa. J’avais expliqué que parmi les trois candidats, mon ordre de préférence était 1. Hillary Clinton ; 2. John McCain ; 3. Barack Obama. J’avais expliqué que dans un pays raciste comme les Etats-Unis, la probabilité d’une élection d’un président noir était quasi-nulle. J’avais salué le choix de Palin comme un très bon coup tactique.

    Tout cela n’était pas faux en soi, j’en reste convaincu. Par ailleurs, j’avais je crois assez bien analysé la course des primaires. Mais j’avais sous-estimé deux choses : la capacité du duo McCain/Palin à commettre des erreurs, et surtout la crise financière.

    Un petit pas pour l’homme noir, un grand pas pour l’Amérique

    52%/48%, ce n’est pas une victoire grandiose, contrairement à ce que disent certains, lorsque l’on pense à l’inexpérience de Palin et aux choix erratiques de McCain, à l’impopularité de Bush et à l’incompétence généralisée dont le parti de l’éléphant a fait preuve à la fois en politique étrangère et dans sa stratégie de lutte contre la crise.

    Ces 1,5% d’électeurs indécis qui ont basculé et qui ont creusé l’écart, McCain les a perdus lorsqu’il n’a pas su se montrer à la hauteur de son principal slogan – l’expérience politique – en agissant en homme d’Etat face à la crise financière. L’attentisme d’Obama aura été perçu, à tort ou à raison, comme une forme de sagesse. Le tournant de la campagne restera donc pour moi cette quinzaine folle, cette rupture économique qui a totalement bouleversé le paysage politique américain**.

    La crise aura en effet révélé les fractures républicaines, entre les vrais libéraux et les partisans d’un Etat dépensier. La peur qui a saisi les ménages américains aura eu ceci de bon qu’elle a peut-être libéré une partie de la classe moyenne de son racisme habituel.

    A ceci, on peut aussi rajouter que l’inexpérience de Palin a eu un double effet kiss cool. Premièrement, l’âge de McCain est redevenu un handicap, l’électeur moyen se demandant ce que donnerait une présidente Palin. Deuxièmement, l’inexpérience d’Obama, par contraste, n’en aura été que d’autant mieux relativisée.

    Le premier président mondialisé de l’histoire américaine

    Tout ceci est posé sans oublier l’autre grand enseignement de la campagne : l’irruption dans la vie politique américaine de ces minorités autrefois sceptiques sur la démocratie. Obama a réveillé un volcan, drainant à lui des catégories nouvelles d’électeurs. Il a bouleversé l’équilibre de 2000, qui avait révélé un pays coupé en deux entre ses côtes cosmopolites et libérales (au sens américain) et son arrière-pays petit blanc, arc-bouté sur des valeurs puritaines et réductrices du monde.

    C’est un fait démographique : les Etats-Unis évoluent vers un modèle pluri-culturel et pluri-racial où la classe blanche occidentale sera de plus en plus minoritaire, un pays d’avantage tourné vers le sud du continent et l’Asie. Georges Bush est peut-être le dernier président représentatif de la vieille Amérique, le dernier de la lignée, à l’image de ces fins de races royales complètement timbrées du fait de mariages consanguins trop souvent répétés.

    Je ne peux m’empêcher d’éprouver, à ce moment de mon analyse, de la compassion pour McCain. Contrairement à ce que des esprits simplificateurs ont réussi à imposer, celui-ci n’appartenait pas à la même famille que Georges Bush. Bush l’aura tué deux fois : une première fois en 2000 en lui ravissant la candidature du parti pour les élections ; une deuxième fois en 2008 en l’obligeant à payer pour un héritage idéologique que Mc Cain avait pourtant en grande partie combattu.

    Mc Cain se rêvait en franc-tireur de la politique américaine. Hélas, c’était sans compter un challenger en la personne d’Obama encore plus crédible dans ce rôle. Mc Cain avait le choix entre mimer ses concurrents idéologiques au sein du parti ou rester sur son créneau et perdre. Il a capitulé idéologiquement, et a perdu quand même. Mais il a montré qu’il valait mieux que ce que ses détracteurs pensaient de lui, en faisant taire ses supporters racistes ou en reconnaissant de bonne grâce sa défaite.

    Reste donc qu’avec Obama, c’est une ère d’espoir qui s’ouvre pour le monde. Pour ma part, j’espère surtout qu’il n’aura pas seulement été un slogan, un symbole , un « buzz« , mais qu’il aura les épaules suffisamment larges pour diriger le paquebot américain. Celui-ci a un trou dans la coque, causé par plusieurs icebergs, dont l’un nommé Irak, et pour s’en désencastrer, il va falloir un pilotage tout en douceur. Good luck, Barack.

    * Une expression que j’avais d’ailleurs utilisée, en toutes lettres, ici.

    ** J’avais écris ici : « Une autre variante est que généralement, quand l’économie va bien, l’Amérique élit un Républicain. Et quand ça va mal, elle élit un démocrate (qui avaient en revanche la réputation, avant l’arrivée de Bush Jr, d’être mauvais en politique étrangère). La crise des subprimes favorise donc les candidatures démocrates, à n’en pas douter. »

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    Sujets: Paso Doble | 19 Comments »

    19 réponses “Paso Doble n°97 : Journal de campagne américaine (XI) : Born a 5th of November”

    1. Rubin Says:
      novembre 6th, 2008 at 18:35

      Salut, et merci pour le lien. Je partage en partie ton analyse, sauf notamment sur un point : il me semble que l’accès progressif des minorités aux marches les plus hautes de l’échelle sociale constitue une constante dans l’histoire américaine.

      Pour ce qui est de l’univers politique, l’élection de Barack Obama est spectaculaire, mais elle constitue aussi une forme de suite logique aux ascensions de Condie Rice ou Colin Powell. Au plan local, les États et les grandes villes n’ont pas non plus attendu 2008 pour se doter de représentants et de dirigeants issus des nombreuses minorités qui les peuplent.

      Et pour ce qui relève plus précisément de la minorité noire, cette élection s’inscrit également dans une évolution lente mais réelle, après l’accès aux responsabilités dans le monde professionnel et l’apparition d’une classe moyenne noire.

      Sur les primaires non plus, je ne partage pas ton analyse, mais je vais éviter de me lancer dans un monologue hors sujet ;-)

    2. Toréador Says:
      novembre 6th, 2008 at 19:28

      En fait Rubin, tu partages rien LOL

    3. Rubin Says:
      novembre 6th, 2008 at 20:40

      M’enfin…

    4. Garcon Says:
      novembre 7th, 2008 at 0:17

      Il a gagne 53 % contre 46 % … 7 points d’ecart c’est considerable : c’est la plus grande victoire democrate depuis Lyndon Jonhson en terme de pourcentage et le plus gros ecart pour un president depuis la reelection de Reagan en 84…

      Concernant ton analyse, je la trouve juste, et j’eprouve le meme sentiment face a la veritable personnalite de McCain, mais il ne peut s’en prendre qu’a lui meme de ne pas avoir voulut jouer au centre et d’avoir choisi Palin ce qui fut desastreux pour sa campagne.

      Ce qui est choquant dans l’election c’est de voir a quel point les jeunes, les latinos, les afro americains ont vote en masse pour Obama. Cela ne presage rien de bon pour le parti republicain et je penses que ceux ci vont payer les annees Bush pendant tres longtemps.

    5. amike Says:
      novembre 7th, 2008 at 0:18

      Je n’avais pas beaucoup insisté à l’époque, mais cette description des EU en utilisant qu’un seul et unique terme, « racisme » me semble simpliste.
      Les Etatsuniens seraient-ils communitaristes, xénophobes, individualistes, nationalistes, etc que tout est ramené à cette seule notion de racisme, et dans une portée tout à fait binaire !
      Je pense que ce racisme est – globalement – moins profond qu’on ne le croit (ou superficiel) et qu’il est tout à fait possible de le surpasser, comme Obama l’a prouvé, certes en profitant de la crise, mais en étant sûr qu’il était possible de compenser cet handicap d’opinion.
      Attention : je parle de changer l’opinion d’un « raciste » de voter pour un leader « différent », parce que ce racisme n’est pas absolu. Mais pas de manière permanente non plus…

      Quant à Palin, elle a surtout fait fuir les qq % d’indépendants qui auraient fait pencher la balance…

      PS: Obama comparé à Sarkozy !? je croyait avoir lu l’inverse : Obama/Royal vs Hillary/Sarkozy sur ce blog !

      PS2: Je ne sais plus… le célèbre Bradley était-il le grand-père d’Obama ou le nom du premier président noir américain ? ;)

    6. PierreC Says:
      novembre 7th, 2008 at 0:37

      52/48 quand on sait qu’aucun démocrate n’a passé la barre des 50% depuis 30 ans, et quand on constate le très fort taux de participation à 66%, si, c’est énorme.

    7. Toréador Says:
      novembre 7th, 2008 at 1:33

      52/48 c’est 2% d’écart avec Georges Bush comme héritage. Arrêtez !
      En France, Obama aurait fait 65% !

      Amike tu as raison sur le parallèle. Mais avec sa phrase « Tout est possible », Obama pour le coup m’a fait penser à Sarko.

    8. Rubin Says:
      novembre 7th, 2008 at 3:34

      @Toreador En France, Obama m’aurait jamais pu se présenter.

    9. cimendef Says:
      novembre 7th, 2008 at 5:11

      J’abonde dans votre sens et dans une situation normale Obama n’aurait pas dû être élu. Et je le dis en voyant les résultats.

      J’ai laissé un commentaire chez koz et j’évite le copié/collé.

      http://www.koztoujours.fr/?p=1932#comment-86168

    10. Garçon Says:
      novembre 7th, 2008 at 8:31

      Euh J’insiste
      c’est pas 52/48 mais 53/46 …
      Les bulletins ne sont pas tous depouilles et le cumul fait evoluer le chiffre final vers Obama…

      http://www.cnn.com/ELECTION/2008/results/president/

      pres de 8 millions de votants en plus pour Obama, plus de 350 grands electeurs (car le vote populaire n’a aucun sens pour stipuler de l’ampleur d’une victoire) il suffit de voir que Reagan en 1980 50.7% contre 40.1% et pourtant inflige une correction a Carter bien plus large encore sur le nombre de grands electeur 489/49

      Il est totalement faux de dire que cette victoire n’est pas une victoire net, d’autant plus que la majorite democrate progresse encore au Congres. Obama a ete donne gagnant depuis Juin sauf pendant les 3 semaines qui ont suivi la Convention republicaine et la nomination de Palin. La victoire de McCain n’a jamais ete tres credible apres les primaires …sauf pour les pessimistes n’ayant pas analyse de pres la credibilite du so called « bradley effect » ;)

      J’ai un peu l’impression de me repeter par rapport a mon premier commentaire, mais visiblement personne ne l’a lu puisque vous continuez a occulter les resultats exacts…

    11. Toreador Says:
      novembre 7th, 2008 at 11:08

      Garçon, je n’ai pas dit qu’il ne s’agissait pas d’une victoire nette. Je vous renvoie au premier paragraphe du billet ainsi libellé :

      « C’est également le jour de la victoire sans appel de Barack Obama et la revanche en symétrique des démocrates (à tous les sens du terme) sur la partie de dupes de 2000. »

      Il faut raisonner en % et non en nombre de grands électeurs, la démocratie américaine était vous le savez sur ce point plus qu’imparfaite. En effet, Gore avait plus de voix et moins de grands électeurs. On se fiche du nombre de GE. Ce qui compte pour apprécier la victoire, c’est le vote des électeurs.

      Sur Reagan, vous verrez ici la différence en termes d’effet d’entraînement sur les élections au Congrès :
      http://fr.news.yahoo.com/64/20081106/twl-le-prsident-lu-ne-disposera-pas-de-l-acb1c83.html

      N’oubliez pas que 8 millions de voix de différence, ce sont en réalité 4 millions qui décident de voter pour l’un et pas pour l’autre, à ramener… aux 200 millions qui votent…

      Et quand je lis que Palin ne savait pas que l’Afrique était un continent, je m’interroge sur quel type de candidat il faudrait que les Républicains envoie pour qu’Obama fasse plus de 55% des voix ?

    12. Garcon Says:
      novembre 7th, 2008 at 21:19

      135 millions de votants… 200 millions en age de voter.

      Je ne disais pas que la victoire de Reagan n’a pas ete plus grande que celle d’Obama au congres. Il faut comparer ce qui est comparable. La victoire d’obama face aux precedentes victoires democrates.

      et encore une fois admettez que 53/46 est une victoire plus large que 52/48, certes ce n’est pas une victoire fandiose, mais occulter les chiffres qui montrent un ecart plus grand, donne l’impression que vous cherchez a minimiser la victoire pour soutenir vos arguments.

      Je crois que la raison des victoires courtes ( depuis Johnson) de la part des democrates est du a la difficulte morale que les conservateurs aux USA ont a donner leur vote au democrates. La religion, la morale, le patriotisme restent des valeurs que les conservateurs n’arrivent pas a associer aux democrates.

    13. cimendef Says:
      novembre 8th, 2008 at 14:43

      J’abonde tout à fait dans le sens de Toreador.

      La victoire d’Obama est incontestable mais ce que dit Toreador et moi-même c’est qu’il a fallu des circontances exceptionnelles pour qu’il soit élu. J’ai le sentiment (je n’ai pas les éléments chiffrés) que Gore et même Kerry quand il a été bien battu en 2004 a eu plus de 43% de vote blanc. Quelqu’un peut-il trouver le détail du vote de 2004 ?

      Toreador et moi nous demandons qu’aurait-il fallu qu’il arrive aux USA (après 2 guerres, un déficit budgétaire abyssal, une crise économique, un candidat adverse mal inspiré dans les deux derniers mois) pour que les blancs votent enfin pour un homme d’état capable sans regarder sa couleur.

      Que ce serait-il passer si McCain s’était comporter en chef d’état pendant la crise de septembre/octobre ?

      Maintenant, Obama devra en faire plus que n’importe qui (un blanc) pour montrer que la couleur n’y fait rien à la direction d’un pays. Je pense d’ailleurs qu’il est un pur produit de l’Amérique et qu’il va gouverner comme un américain dans les intérêts de l’Amérique. Ce qu’il va faire de différent (de par son élection déjà) c’est changer la façon de voir de l’électorat blanc et effacer sa couleur (au figuré) au moment du choix du prochain président.

    14. Toréador Says:
      novembre 8th, 2008 at 18:42

      Merci Cimendef !

      Est-ce que vous arrivez à lire le billet ? oppossum et mimi n’y arrivent pas ??

    15. cimendef Says:
      novembre 9th, 2008 at 2:22

      Oui, mais hier, à un certain moment, on voyait la structure mais pas le billet, aucun billet, même l’accueil n’affichait pas les billets.

    16. cimendef Says:
      novembre 9th, 2008 at 22:08

      Je reviens pour une correction, reçue chez Koz, le vote des blancs à 43% pour les démocrates est un vote historique (qui s’inscrit dans une tradition) et normal pour eux. Dont acte.

      On aurait aimé une victoire en pourcentage de voix plus importante, mais les proportions de votants elles, ne s’écartent pas tant que ça des séries précédentes.

      En réalité, Obama a été élu comme n’importe quel candidat démocrate. On peut penser un peu ric rac mais mieux que le président des quatre précédentes élections, donc quand même pas mal.

    17. Toréador Says:
      novembre 9th, 2008 at 22:23

      Evidemment, c’est pas mal, mais pas la victoire qu’on aurait pu attendre vu les circonstances. Ceci démontre que son socle électoral est fragile et repose dans l’espoir des minorités. Nous verrons s’il sera Kennedy ou Roosevelt. Ou peut-être tout simplement, Obama !

    18. Dominique Hasselmann Says:
      novembre 11th, 2008 at 10:16

      Vous qui étiez partisan de McCain et persuadé de sa victoire, il est bien de reconnaître votre erreur d’analyse, vous êtes donc pardonné.

      En revanche, votre comparaison Obama/Sarkozy (parce qu’ils ont dit tous les deux « tout est possible ») ne tient pas debout (encore une erreur ?) : l’un va faire changer les choses et représente un espoir formidable – je dis bien un espoir – pour ceux qui désirent une politique plus juste et plus sociale, l’autre fait régresser les choses en permanence tout en ayant essayé de « surfer » sur la crise pour se donner une image plus populaire.

      Obama est une image de l’avenir, Sarkozy un pâle daguerrotype.

    19. Toréador Says:
      novembre 11th, 2008 at 10:51

      Cher Dominique,

      Oui, je crains qu’Obama ne soit que poudre aux yeux. Toutefois, je ne peux pas m’empêcher d’y croire, parce qu’on aimerait tous qu’il soit un président si formidable que la face du monde en soit changée.