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    Paso Doble n°98 : L’abdication de Reims

    Par Toréador | novembre 17, 2008

    A las cinco de la manana…

    Circus Maximus

    La campagne au PS a toutes les caractéristiques d’une course de chars, version Ben-Hur. Il y avait 4 candidats principaux, chacun avec son écurie et sa casaque. Les conducteurs des quadriges, ont tenté à chaque tour de piste, de se déséquilibrer les uns les autres, à grands coups de fouet et de bâton, afin de finir seul sur la ligne d’arrivée.

    Manque de pot, ils n’y sont pas arrivés, au grand désespoir du public qui attendait une clarification. Un seul cavalier a eu l’élégance de se retirer : Bertrand Delanoë. Curieusement, c’était celui qui aurait dû se maintenir si l’on avait un système électoral à deux tours.

    Au soir de ce congrès, certains socialistes vous diront donc qu’il aura surtout eu l’avantage de faire oublier le désastreux Congrès de Rennes. Le Parti sort complètement rincé , si j’ose dire.

    Point de sacre à Reims

    Et pourtant, le résultat n’est pas aussi pitoyable qu’on pourrait le penser. Certes, la guerre des égos est le grand problème du Parti. D’ailleurs, j’en veux pour preuve que Ségolène Royale s’est mise au décongélateur très rapidement après être sortie du frigidaire, pour servir réchauffée sa proposition de candidature. Chez Aubry ou chez Hamon, on n’a pas non plus tenté de mettre en avant le n°2 ou le n°3 -  par exemple, Pierre Moscovici a totalement disparu de la scène.

    L’Histoire ne retient que ceux qui se battent.

    Cependant, à ce titre, je dois dire que Ségolène Royal force l’admiration. Lorsque l’on voit toute la hargne dont elle a fait l’objet, sa capacité de rebond est quand même surprenante. Il en faut, une volonté de fer, pour surfer sur le harcèlement dont elle est la victime.

    Ayant désormais « éliminé » le risque Delanoë, il ne lui reste plus qu’à espérer capter ses électeurs. En claquant la porte de la commission des résolutions, le petit cabinet noir où les moines archivistes du PS tentaient de « faire synthèse » (comme on dit là bas), Royal a pris le risque de sortir de l’ambiguïté. Elle a neutralisé son ex-mari.

    Par là même, le véritable perdant du congrès de Reims, ce n’est pas Delanoë, dont il faut souligner le discours très digne et qui a préservé son image, mais bien François Hollande. Il n’aura pas été le faiseur de roi ni l’éminence grise de Reims.

    Beaucoup d’(é)motions, peu de démocratie

    La démocratie va donc trancher, n’en déplaise à certains supporters d’Aubry, comme David Goldberg, qui auraient souhaité supprimer l’élection du Premier secrétaire pour revenir aux combinaziones. Le choix est simple : pour la stratégie Defferre d’alliance avec le centre, votez Royal. pour la stratégie Mitterrand d’alliance avec la gauche, votez Hamon.  Si vous hésitez, votez Aubry.

    Le choix du PS va conditionner la vie ou la lutte pour la survie du Modem et de NPA. Si Royal est élue, Bayrou devra exister par rapport à un P.S de centre gauche. Si Aubry ou Hamon sont élus, les petits partis de la gauche du PS, le PCF et le NPA devront se démarquer, sans doute au prix d’une surenchère réthorique.

    Si les militants socialistes votent sur les idées, ils éliront Royal, car les électeurs de Delanoë sont officiellement plus proches du centre : les 2 motions représentent plus de la moitié des voix. Si des questions de personne jouent, ce sera le TSS, et Aubry sera élue. Je pencherais pour la seconde hypothèse, bien qu’en réalité, un report de voix  à peu près équitable sur Aubry, Royal et l’abstention puisse favoriser à la majorité relative Ségolène.

    En termes de stratégie, je conseillerais plutôt de voter Hamon : il est jeune, radicalement à gauche, et sera un excellent antidote à Besancenot. De plus, contrairement à d’autres, il n’est pas un présidentiable crédible pour 2012.

    En effet, pour le PS, si l’on considère uniquement l’affaire du point de vue de la tectonique des partis, le vrai danger idéologique est  d’être poussé vers le centre. D’ailleurs sa composition sociologique l’y pousse. Les élections de Sarkozy en 2007, Mitterrand en 1981 ont montré que la maîtrise de son bord le plus extrême est une nécessité pour partir à la conquête du pouvoir.

    P.S : Pour un point de vue intéressant et plus tranché sur une manoeuvre Aubry/Delanoë, allez ici.
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    Sujets: Paso Doble | 12 Comments »

    12 réponses “Paso Doble n°98 : L’abdication de Reims”

    1. Falconhill Says:
      novembre 17th, 2008 at 8:06

      Très juste ce que tu dis, et sur Delanoé, et sur Hollande… Qui aura laissé le PS comme il l’a toujours dirigé finalement : en miette, inaudible, presque ridicule…

      Et quelque part, Delanoé, en se retirant comme il a fait, pourrait bien, à l’instar d’un DSK, se trouver en position de recours dans quelques années. 2012 c’est pas loin.

      Tu es excellent dans ce genre de billet Toréador :) Réserve plutôt tes banderilles pour une classe politique et/ou élitiste, qui entre nous le mérite souvent.

      Bonne semaine

    2. amike Says:
      novembre 17th, 2008 at 8:43

      La couverture médiatique du congrés de Reims est énorme. Alors que les événements liés aux crises internationales et leurs impacts sont systématiquement en seconde partie.

    3. le chafouin Says:
      novembre 17th, 2008 at 9:07

      Il y a un second tour, non?

      Donc au second tour, aubry ou hamon seront de facto ensemble. Si l’on imagine que les partisans de delanoe se scindent en deux, royal peut déjà dire adieu à la tête du PS…

      Au fait, intox2007 n’est aps pour aubry mais pour royal, enfin je ne sais pas si c’est ce que tu voulais dire…

      Royal, pour moi, n’a pas de courage particulier : certes, elle résiste aux sarcasmes et aux huées, mais c’ets pa rpuire ambition personnelle. Elle serre les dens car elle pense qu’au final elle les battra tous et les tapera à coups de bambou plus tard.

      Mais sur le fond, sa conception de la politique c’est « les militants trancheront », et discours télévangéliste : quand on n’a pas d’idées,on demande au peuple d’en avoir…

    4. Erick Says:
      novembre 17th, 2008 at 9:36

      Les militants vont voter (ce qui permet aux multiples responsables PS de se défausser de leurs responsabilités). Et alors ? Au-delà de la célébration convenue de « la démocratie qui règne au sein du parti » qu’ est-ce que ça va régler ?
      Que la future direction du PS pousse à gauche ou à droite ou fasse du sur-place, croyez-vous que le PS va sortir indemne de ce foutoir ?

    5. Toreador Says:
      novembre 17th, 2008 at 9:59

      @ Falcon. Ceci n’est pas une banderille…

      @ Amike. En même temps, Sarkozy avait fait exprès d’organiser le G20 ce jour là pour couvrir médiatiquement le Congrès

      @ Au second tour, on verra bien. Mathématiquement, tout dépend des Delanoïstes. Je les vois mal voter pour un ticket inspiré par Hamon.
      De plus, Royal croit en la démocratie. Au moins, c’est transparent.

      @ Erick. Je ne suis pas si pessimiste. Soit le PS explose, et ce sera plus clair. Soit les vainqueurs flinguent les vaincus, et ce sera pareil…

    6. Oppossum Says:
      novembre 17th, 2008 at 10:36

      La grande hypocrisie est qu’une partie du PS ne peut pas blairer Ségolène . C’est presque physique. Elle a été considéré comme une dinde dès le départ. (Mais la dinde – à défaut d’être ‘courageuse’ – est coriace et pugnace !)

      Après tout on peut comprendre ce sentiment mais il amène à des contorsions idéologiques et à des tentatives de contournements des règles du jeu, risibles et grotesques. Les déclarations contradictoires de F.Hollande illustrent bien cela.

      Car la stricte vérité c’est qu’entre Martine, Ségo et Bertrand , les idées sont identiques : il n’y a que nuances sur le fond. Le seul clivage consiste dans la nature de l’alliance avec le modem ; et encore là aussi beaucoup d’hypocrisie de la part de ceux derrière Martine lorsqu’on regarde les alliances passées pou garder la mairie de Lille.

      Chafoin, reprocher à Ségo de la pure ambition n’a aucun sens car cela s’applique à tous ou à personne. Son discours télévanlegiste est risible mais n’est que pure forme ! elle n’était pas comme cela avant et elle n’est pas ainsi dans son fief.

      Quant à sa démocratie participative du style « les militants trancheront » , là aussi il s’agit d’un leurre : elle ne se comporte pas du tout ainsi dans sa région ! Et je ne vois pas trop en quoi Martine aurait plus d’idées que Ségo …

      Ce leurre pose tout de même le problème du traitement de la structure militante du PS, qui, sous des airs démocratiques , enferment les militants dans des choix traditionnels pré-établis par les caciques du PS, et des programmes qu’ils appliquent très peu une fois au pouvoir , ce qui amènent ces notables du PS , à chaque fois, à procéder à des auto-critiques malsaines et embrouillés sur ‘ce qui n’a pas été’ de la période Mitterrand I ou II ou Jospin etc … : de quoi troubler les supporters -pardon pas de gros mots- , les militants socialistes.

      La chienlit au PS n’est de toute façon que le reflet du trouble total qui règne dans la tête des électeurs du PS : discutez avec vos amis soc’ : ils ne savent plus ni quoi ni comment penser !

      Ceci dit, oui Delanoé a été très ‘classe’ dans son attitude. Et le billet de Toré est bon. Enfin à mon avis, quoi.

    7. Gilou Says:
      novembre 17th, 2008 at 11:18

      Excellente papier, juste un petit manque.
      Quelque soit celle ou celle (car le celui n’a pas beaucoup de chance), il faudra diriger ce parti, avec un bureau qui serait composé de 19 % de Hamoniste, 24 % de Aubryste, 24 % de Delanoëiste, et 29 % de Ségolèniste. Belle table ronde avec les flingues sur ou sous la table.

    8. Ozenfant Says:
      novembre 17th, 2008 at 13:53

      Toreador,
      Très juste ce que dit Oppossum !
      J’ai bêtement titré :
      « Un congrès P. S. pour peau de balle ? »
      En fait c’est beaucoup plus grave. Le PS Français se divise en deux tendances.
      1° Celle qui ne pense pas (à gauche).
      2° celle qui ne pense pas (à droite).

      Hamon, le seul socialiste du lot n’a pas la moindre notion d’économie réelle.
      Les trois autres, comme le dit notre marsupial national, changent d’avis tous les trois mois dans le cadre du vague marais social démocrate de papa.

    9. Oppossum Says:
      novembre 17th, 2008 at 14:04

      Je rectifie : le billet de Toré est bon …
      mais Delanoé n’aura pas été élégant et classe bien longtemps !

      Même les Delanoïstes de base sont écoeurés : hier soit pas de consigne de vote , ce matin tourne la girouette !

      Les premiers pointage internes doivent être bien alarmants pour Martine , qu’ils en arrivent à appeler à voter pour une motion avec laquelle ils n’ont pas su fusionner :
      Oui au PS c’est les idées d’abord ! Et pas les personnes : bon, ils vont bien arriver à la dégommer, l’icône Royal.

    10. Toréador Says:
      novembre 17th, 2008 at 14:54

      Oui, le TSS apparaît dans toute sa splendeur. En même temps, cela ruine la stratégie en sous-main pour tuer Royal (cf. mon PS à l’article). De plus, je pense que Delanoë n’aurait pas dû sortir du bois. Quelque soit le Premier Secr, il aurait été le seul autour de ta table à être simili-neutre, tout en sachant que ses électeurs serviront de support à l’élection du premier secrétaire, quel qu’il soit.

    11. Banderille n°265 : Reine de Pique, Reine de Coeur et mistigri… | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      novembre 17th, 2008 at 15:25

      [...] L’élégance de Bertrand Delanoë aura vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin. On mesure l’extraordinaire degré d’affaiblissement idéologique du P.S : son appel à voter pour Martine Aubry  récupère la dialectique de la droite, avec une phrase célèbre du Général de Gauche – une “certaine idée du socialisme“. Cela veut tout dire et rien dire. [...]

    12. Estocade n°21 : De la guerre des deux Roses à la Guerre des Rose | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      novembre 22nd, 2008 at 12:25

      [...] était censée clarifier les choses, elle a révélé un parti coupé exactement en deux, tiraillé entre le pôle centriste et le pôle socialiste. C’est le seul parti où le 2ème meilleur candidat dans la course est capable de se retirer [...]