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Olé n°135 : La lèpre financière (Grand Corps malade…)
Par Toréador | décembre 14, 2008
L’article originel de Doctissimo peut être trouvé ici.
[?] Qu’est-ce que c’est ?
Cette maladie infectieuse est due au bacille de Surprofit (mycobactérie très voisine du bacille Amoral) caractérisé par sa lenteur d’évolution. La transmission de la lèpre est interfinancière. La banque malade constitue l’unique réservoir.
Il existe trois formes de lèpre.
- La Kerviellose frappe des individus isolés et provoque des dégâts sur le corps qui sont lourds mais ne sont pas irréversibles.
- La Subprima Madoffera, qui frappe actuellement les Etats-Unis, est beaucoup plus grave. C’est elle qui avait causé la mort de nobles institutions comme Arthur Andersen, Long Term Capital Management et Enron il y a quelques années en arrière.
- La dernière forme de Lèpre, éminemment contagieuse, serait capable de décimer le système financier en quelques mois. Sa dernière occurrence date de 1929.
Seuls les sujets porteurs de la forme « lépromateuse » sont contagieux car ils éliminent de nombreux bacilles dans leur sécrétion financière et leurs actifs liquides (gouttelettes d’actifs pourris, expectorations de subprimes).
Les mauvaises conditions d’hygiène légale, la promiscuité des intérêts public/privé favorisent la dissémination de la maladie.
Il y aurait un nombre incertain de lépreux financiers répartis dans les pays de la zone interoccidentale : Cote Est des Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, et probablement plusieurs pays d’Asie également. Comme pour le VIH, certains porteurs peuvent être jugés « sains » et ne présentent pas les symptômes de la maladie.

[?] Les signes de la maladie
L’incubation, longue, est silencieuse et dure de 2 à 8 ans.
La Kerviellose
La lèpre débute par une « lépride » indifférenciée, la Kerviellose : il s’agit de pertes financières, non spécifiques, sèches (anhidrose) bien limitées et planes. Elles peuvent être précédées de sensations d’incertitudes, de dissimulations, voire de mensonges. Au niveau des lésions primales, le patient – généralement une banque ou un fonds de placement – présente une anesthésie progressive : il ne sent ni la douleur des pertes, ni le montant des sommes engagées.
Traitées, les lésions primales de la lèpre indéterminée se réparent en moins de 2 ans à grands coups de purges boursières ; le malade est alors mis en observation sans traitement par les marchés, puis considéré comme définitivement guéri un an plus tard.
Non traitée, la lèpre indéterminée va évoluer différemment selon la résistance du sujet vers la lèpre « Madoffera » non contagieuse ;
La lèpre Madoffera non contagieuse
Il n’y a pas de symptômes généraux.
Les « léprides cutanées maculo-anesthésiques » sont des taches sur le bilan et le compte de résultat, devenus insensibles (exemple : les subprimes). Les atteintes nerveuses (névrites périphériques de type hypertrophique) dominent le pronostic, avec des réactions irrationnelles du sujet (panique, vente d’actifs, demandes de renflouement).
L’anesthésie et les paresthésies (agitation interne et démissions) sont les premiers symptômes. Les troubles moteurs sont plus tardifs : ce sont des déficits musculaires, qui finissent par paralyser totalement le corps bancaire ou financier. Des troubles trophiques (maux perforants sur les effectifs de base, altération de l’organigramme, fonte musculaire des actifs, kératite – aveuglement des dirigeants – neuroparalytique) sont possibles.
Les lésions ont tendance à régresser spontanément, de concert avec l’arrogance des dirigeants et la patience des contribuables.
Le traitement est très actif – plusieurs milliards de dollars ou d’euros, des garanties sans limites - et le blanchiment peut être obtenu en 1 à 3 ans, réserve faite des séquelles neurologiques.
La lèpre lépromateuse contagieuse dite « de 1929″
C’est la forme du sujet fragile. Les signes généraux sont importants.
Les lésions financières sont les « lépromes ». Il s’agit de macules infiltrées et luisantes. Les lépromes populo-démoratiques touchent le front politique, les médias sourcilleux, les corps constitués, les entreprises, … Gangrénée, la cloison économie réelle/économie financière peut s’effondrer.
Les atteintes neurologiques sont des névrites hypertrophiques et douloureuses. Le cerveau bancaire et financier, assailli de demandes, finit par comater.
L’atteinte des muqueuses est constante. La rhinite lépreuse est évocatrice avec jetage purulent (« affaires », scandales, démissions) et hémorragique (purges sociales, suicides).
Le cartilage social et les os industriels peuvent être atteints.
L’évolution spontanée se fait par des poussées successives fébriles, douloureuses et extensives vers la mort totale du système en 10 à 20 mois.
Le traitement spécifique peut obtenir le blanchiment de l’argent sale en 3 à 8 mois mais il doit être poursuivi toute la vie en raison des rechutes à l’arrêt du traitement.
[?] Traitement
Les traitements contre les formes bénignes de la lèpre sont coûteux et lourds. Ils nécessitent de multiples interventions chirurgicales, un approvisionnement en liquide continuel, des gesticulations et de la coordination politique en temps réel.
La forme la plus mortelle de la lèpre, faute de traitement efficace, a jusqu’ici été traitée en abandonnant le patient et en espérant qu’il guérisse tout seul. Cette méthode fonctionne, au prix d’une guerre mondiale et de l’appauvrissement généralisé des populations en cause.
C’était notre série : le Capitalisme se porte bien, merci ! (volet I, volet II, volet III)
Tags: Affaire Kerviel, Affaire MadoffSujets: Olé | 12 Comments »





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décembre 14th, 2008 at 16:04
Bien
))
Bonne fin de dimanche
décembre 14th, 2008 at 18:47
Bonjour,
Pas trop appétissant, mais bravo, du grand art.
décembre 14th, 2008 at 19:08
Toreador,
C’est un texte humoristique et un très bon exercice de style, que tu nous a pondu là.
Nous vivons un moment crucial de la civilisation occidentale, dont l’unique système de référence est la richesse.
La finance et ses cathédrales de Wall Street et de la City ont un peu abusé de la vente de fausses images pieuses, en bons marchands du temple qu‘ils sont.
Les accros au jeux du Saint casino ont mis de côté pour plus de 900 milliards d’€ au paradis.
Et comme il sera plus dur aux cupides d’aller au paradis que de passer par le chat d’une aiguille, on se doute que le paradis en question est en fait celui de l’argent sale : les paradis fiscaux qui nous cernent, pardi !
Ce n’est pas sans rapport avec le sujet que je traite ce dimanche : Les émeutes grecques sont un avant goût de ce qui attends les autres pays en ces “temps de marasme économiques”.
Les étudiants sont-ils entrain de s’apercevoir que tout ce que la bullocratie leur raconte est du vent ?
Se sont-ils rendu compte que quand Sarkozy parle de supprimer les paradis fiscaux, il est aussi honnête que s’il disait : Demain, je supprime la corruption ?
Listes des 51 paradis fiscaux… et que lest resteront http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_du_GAFI_de_territoires_%C3%A0_faible_r%C3%A8glementation
Sont-ils assez conscients du jeu de dupes que joue la presse en faisant semblant de croire des promesses aussi intenables, des mensonges éhontés ?
décembre 14th, 2008 at 21:46
Cher Oz, on ne dit pas le chat de l’aiguille mais le chas de l’aiguille !
Et savez vous ce qu’était l’Aiguille ?
décembre 14th, 2008 at 22:31
Bonsoir,
Il y a une autre interprétation que la porte basse dans les remparts de Jérusalem ou le rocher de l’Aiguille. C’est une confusion entre les mots chameau et corde en grec et l’expression deviendrait « faire passer une corde dans le chas d’une aiguille ».
décembre 14th, 2008 at 23:11
Oui, c’est cela Lou Ravi. Vous avez défloré mon petit effet !
décembre 15th, 2008 at 12:37
Toreador,
Non, je ne sais pas…
Dis moi !
décembre 15th, 2008 at 12:40
Enfin, s’il y a une autre interprétation que celle du ravi !
décembre 15th, 2008 at 14:22
La Porte de l’Aiguille à Jérusalem était très étroite. D’où le problème du chameau. La traduction a mélangé avec le chas de l’aiguille.
décembre 15th, 2008 at 19:35
Merci, maintenant que je suis plus instruit:
« J’en suis fier comme un petit banc ! »
décembre 15th, 2008 at 21:48
Excellent, du Toré goûteux!
Bon tu en profites insidieusement pour nous rappeler ton volet I sur le Kapitalisme voué à sa disparition prochaine …
Même si le coup est plus rude que je ne le pensais, je ne vois pas quoi pourrait s’y substituer. Le plus dur serait de prévoir quelles nouvelles formes aura ce capitalisme là.
D’un côté il sera tentant et pas idiot d’en tirer quelques conséquences (mais les diagnostics sont si contradictoires, flous, et parfois incohérents) mais de l’autre , si l’on veut sortir assez rapidement de ce marasme, il faudra bien appliquer les recettes du capitalisme lui-même qu’elles soient néo-classiques ou post-keynesiennes (Keynes étant lui-même, au fond, un croyant du marché et du capital mais moins ‘naïf’ et idéologique que les autres)
Rendez vous dans 15 ans ?
décembre 16th, 2008 at 1:34
Cher Oppossum, je pense que nous allons entrer dans l’ère de l’éco-capitalisme, une forme équilibrant profit économique et profit en termes de développement durable.