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    Banderille n°281 : Le Mantra magique

    Par Toréador | janvier 29, 2009

    Abracadacrise !

    La Crise a bon dos. Il est stupéfiant de voir comment ce terme de crise, détourné de sa signification originale (par définition, surtout en économie, une crise est un pic négatif, et non un moment long), est agité comme totem par la Droite et la Gauche pour justifier n’importe quoi. Hier, c’était le pouvoidacha, avant hier le sentiment d’insécurité. On le psalmodie, yeux mi-clos et révulsés, comme un mantra.

    Prenons tout d’abord le gouvernement, qui a le premier abusé de cet artifice. Hier, il était au bord de l’asphyxie budgétaire, coincé entre ses cadeaux fiscaux et les règles de Maastricht. La « Crise » a permis de retrouver des marges de manoeuvres , de jeter les fameux 3% de déficit aux orties, et de déboucher le champagne au nom de la relance.On faisait la même chose sur le Titanic.

    Aujourd’hui, - il y a une justice – c’est la rue qui s’est saisie de ce leitmotiv. J’entendais le secrétaire général de la FSU expliquer que pour lutter contre le crise, il fallait arrêter la casse des services publics et cesser de ne pas remplacer 1 fonctionnaire sur 2. C’est fou, il me semblait il y a un an qu’ils défendaient le même programme au nom du pouvoidacha.


    Crise, es-tu là ? (toc, toc, toc)

    Le plus drôle, c’est que cette crise que tout le monde invoque n’est pas encore là économiquement parlant : les stations de sport d’hiver était complet pour les fêtes, et les seuls symptômes dont j’ai pu avoir connaissance sont indirects (par ouïe dire ou à cause du misérabilisme stupide qui a règné pour la période des voeux). Mais elle est déjà politiquement profitable

    A force cependant de convaincre tout le monde qu’elle est là, on va finir par la provoquer. Et vive les anticipations rationnelles !

    Pour l’instant, la Crise permet la transgression. Elle a des vertus thérapeutiques : elle permet de revenir sur tout. Il suffit simplement lorsqu’on vous interroge un peu brutalement sur le sérieux de vos arguments de lever les yeux au plafond, paumes ouvertes, et de soupirer : « C’est la Crise ! ».

    Hare Crise-na !

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    Sujets: Banderille, Toréador critique la Droite, Toréador critique la Gauche, Toréador critique littéraire et médiatique | 14 Comments »

    14 réponses “Banderille n°281 : Le Mantra magique”

    1. garçon Says:
      janvier 29th, 2009 at 22:33

      Le plus drôle, c’est que cette crise que tout le monde invoque n’est pas encore là économiquement parlant. »
      Pas d’accord :
      http://eco.rue89.com/2008/11/19/avec-vous-eco89-tient-a-jour-la-carte-de-la-crise-sociale
      et les chiffres du chomage tombent demain, ce sera pas jojo comme tous les mois depuis 6 mois.
      Elle est la mais n’a pas atteint son paroxysme comme le souligne Roubini.

      Mais en ce qui concerne la France il me semble que cette crise de l’emploi et pouvoidacha date pas non plus du 15 septembre et de la faillite de Lehmann, il me semble que le glissement de la repartition du PIB des salaires vers le capital est en oeuvre depuis 30 ans.

      Mais il faut prendre le sujet a l’envers. Quelles sont les elements qui satisferaient ta vision de la crise ? des fils d’attentes a la soupe populaire, pourtant il y en a deja pour les resto du coeur et ca augmente chaque annee. Une reductions des revenus medians ? c’est deja le cas…
      En gros je me demandes quels sont les symptomes qui te feront dire que la crise economique est la ? Les images de la grande depression se resument a quelques cliches permettant de remettre en question le glissement economique actuel tant ceux ci sont dramatiques et on imprime la memoire collective, mais on oublie bien vite que durant cette periode toute la population ne subissait pas cette crise, seule l’allemagne a connu des taux de chomage a 50 %, pas les USA, ni la France.

      Toutefois je te rejoins sur la semantique si tu tiens a parler du paroxysme de la Crise alors oui : elle n’est pas ENCORE la economiquement parlant la GRANDE CRISE, mais la crise (celle que l’on definit par une periode de recession) elle a deja un impact visible forcant tous les indicateurs dans le rouge. Il ne faut pas s’etonner que la population gronde en temps de crise, et encore moins qu’elle grogne avant son paroxysme, car une fois le paroxysme atteint generalement la situation s’ameliore et la population a moins de raisons de crier sa colere.
      Toutefois nous ne sommes pas non plus a l’abri d’une recession de longue duree comme celle du Japon qui dure depuis 10 ans et qui donc par definition n’a pas connu paroxysme.

    2. Toréador Says:
      janvier 30th, 2009 at 0:59

      Une récession, oui, Garçon. En même temps, nous n’y sommes pas encore techniquement parlant. Une crise ? où ça ?

    3. garçon Says:
      janvier 30th, 2009 at 1:28

      Une recession c’est une crise, significative d’un changement intense qu’il soit court ou long.
      Mais tu n’as pas repondu a mes quelques questions :
      Quels sont les symptomes qui te feront dire que la crise economique est la ?
      La crise n’est pas l’apocalypse, que ce soit en 1929 ou en 1873. Donc je suis curieux de savoir ce qui d’apres toi permet de confirmer la crise.

    4. Toréador Says:
      janvier 30th, 2009 at 9:14

      Des dégraissages dans certains secteurs non connectés entre eux : automobile, pharmacie (des cadres même…). Un gel quasi total des recrutements y compris dans les industries de luxe.
      Non, une récession, c’est une baisse du PIB sur 2 trimestres consécutifs.

    5. Oppossum Says:
      janvier 30th, 2009 at 12:57

      @ garçon
      Oui la crise est déjà là, mais concrètement elle n’est pas là en ce sens que l’ensemble du pouvoir d’achat global ne fait que tout juste commencer à en être affecté : voilà la réalité tangible.

      Mais par sécurité, effectivement , (principe primitif de précaution) , on commence d’ores et déjà à brailler : c’est de bonne guerre.

      D’ailleurs mes collègues fonctionnaires grévistes de l’E.N. , ils s’en tapent le coquillard de la crise , et ce d’autant plus que leurs appointements resterons les mêmes et que la déflation ne peut donc que leur apporter un surcroît de pouvoir d’achat !
      Non la crise est , pour eux, l’argument suprême pour arrêter des réformes (dont pas mal sont névrotiques, je l’accorde) qu’ils n’approuvent pas !

      Oui la crise va donc être invoquée comme argument passe-partout des décisionnaires ,permettant de ‘revenir’ sur pas mal de choses … (L’idée d’ « Europe » a longtemps joué ce rôle) … mais d’un autre côté on assiste déjà , de la part des idéologies contestataires à une instrumentalisation des aspects de cette crise allant dans le sens de sa propre idéologie … et de ses propres intérêts . Bon , c’est humain.

      Et en ce qui concerne le « le glissement de la repartition du PIB des salaires vers le capital  » , on sait à présent que l’on se disputait surtout une richesse virtuelle provoquée par des mécanismes monétaires et autres bulles : ça remet à sa place les spéculateurs et une certaine caste des riches … mais également l’illusion des alter-idéologies dénonçant « les profits du Cac40″ : et oui, tout n’était que fumée …

      Ah c’était beau, ces manifestations de gens se réclamant du « pouvoir d’achat » à eux mêmes , et des « réformes » qui n’iraient que dans le sens de la facilité et du confort.

      Finalement bien des français ont la même névrose que Sarko, mais à l’envers. Et si les syndicats et l’opposition arrivent à bien faire monter la mayonnaise , on va tout droit vers un pays en crise de nerf compulsive , infantile et … stérile.

    6. Toreador Says:
      janvier 30th, 2009 at 14:50

      Oppossum, tu es fonctionnaire de l’Educ Nat ? :-)

    7. Oppossum Says:
      janvier 30th, 2009 at 17:13

      Quand je ne suis pas sur les planches théâtrales , je bricole dans le grand machin.

    8. Toreador Says:
      janvier 30th, 2009 at 17:23

      Oppossum, un jour j’aimerais que vous acceptiez mon offre…

    9. Gilbert Says:
      janvier 31st, 2009 at 17:44

      Mon cher Oppossum !

      Ça y est, l’équivoque est levée, la complexité du personnage s’explique !
      Je me suis toujours dit à ton sujet :
      Comment un type qui s’exprime aussi bien, explique aussi bien, raisonne aussi bien et à l’air aussi intelligent, peut-il parfois être aussi naïf et conventionnel ?

      En fait, tu es quasiment génial (pour un endoctriné). Si tu avais travaillé dans le monde réel, dans le monde du travail où de la recherche.
      Il ne fait aucun doute pour moi : tu aurais été un génie.

    10. Gilbert Says:
      janvier 31st, 2009 at 17:45

      P.S.
      Peut-être l’es tu dans ton métier, d’ailleurs ! lol

    11. Oppossum Says:
      février 1st, 2009 at 22:50

      Merci Gilbert, de tes lazzis ! Pour le reste je ne dirai rien car, comme tu le sais , on ne sort de l’ambiguïté ou du quipropos, qu’ à ses dépends !

      Mais tu dis ‘conventionnel’ (la naïveté ne peut pas se discuter , par définition) et là je réagis : c’est vrai qu’il m’arrive d’émettre quelques avis allant dans le sens de ce qui est communément admis . Ce n’est pas par conservatisme mécanique , mais par l’observation que souvent , ce qui « est », est le résultat d’un rapport de force ou d’intérêt puissamment ancré dans la réalité , et difficilement contournable , même si l’on se refuse à l’admettre.

      Mais (allons encore + loin) cette réalité dure et contraignante (rapport de pouvoirs/forces/intérêts) n’est que la résultante , la somme de nos micro-comportements qui en sont l’envers définitif .
      Le grand complot visant à notre asservissement , il est aussi dans notre caddie , dans nos facilités, dans notre auto-démagogie .

      Et donc bien souvent nos désirs de changement sont donc en stricte contradiction avec nos exigences quotidiennes. Et ne pas voir cela un minimum , condamne ces aspirations à être bien insignifiantes ou délétères !

      Et, pour te taquiner, je dirais que je ne me sens pas éloigné d’un discours ‘védrinesque’ …

    12. h16 Says:
      février 2nd, 2009 at 12:49

      Juste une remarque, en passant. On écrit maintenant « La criiiiiiiiiiise ». C’est plus dans l’air du temps.

      :)

    13. Toreador Says:
      février 2nd, 2009 at 13:54

      Non. La Krrriiiiiiizzzze

    14. Gilbert Says:
      février 2nd, 2009 at 17:07

      @Oppossum,

      Tu confirmes, par tes propos mesurés, les compliments que je t’adressais.
      Pour Hubert Védrine nous sommes en total accord.

      Nous sommes toujours le naïf de l’autre :
      Pour toi c’est celui qui veut changer le monde :
      « L’homme raisonnable s’adapte au monde. L’homme déraisonnable essaye d’adapter le monde à lui-même. Par conséquent tout progrès dépend de l’homme qui n’est pas raisonnable » disait G.B. Shaw

      Pour moi, le naïf, c’est celui qui affirme sans avoir expérimenté :
      « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information. » disait Einstein.

      Tout est question de point de vue et seuls les grands comme Einstein sont capable à la fois de changer le monde et de pouvoir juger du point de vue du professeur et de celui de l’expérimentateur…