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Paso Doble n°117 : Les sources russes du comportement Sarkozyste
Par Toréador | février 3, 2009
A las cinco de la tarde…
Jeudi prochain, Nicolas Sarkozy est attendu pour un entretien avec plusieurs journalistes visant à déminer une situation politico-sociale très tendue. Malheureusement, il va falloir beaucoup d’habileté, tant le discours élyséen s’est brouillé sur fond d’erreurs stratégiques difficilement rattrapables.
Nicolas « La Trique »
On a connu Nicolas l’Autocrate.
Connaissez-vous Nicolas Ier de Russie ? La comparaison sur la base de l’article de Wikipedia est peu flatteuse mais relativement savoureuse, toutes (j’ai bien écrit TOUTES) proportions gardées:
« Il s’agit du souverain de l’Empire russe dont l’influence fut sûrement la plus importante et qui donna à ce dernier son apogée sur le plan international. Il est connu pour le régime autocratique qu’il instaura et qui permit en outre un plus grand développement de l’Empire russe (…)
C’est un colosse (sic) très autocratique, surnommé Nicolas la Trique (…) En 1833 le ministre de l’éducation Sergueï Ouvarov précise ce programme autoritaire : « autocratie, orthodoxie et génie national » sont les principes guidant le régime. Les gens doivent montrer leur loyauté à l’autorité illimitée du tsar (…)
Nicolas Ier s’en remet pour gouverner à des comités qui ne font pas partie de l’appareil normal de l’État. Il choisit leurs membres parmi ses plus proches collaborateurs qu’il charge d’enquêter sur des questions particulières ou de proposer des décisions (…) Le tsar se reposait aussi sur la Chancellerie privée de Sa Majesté, relais de son pouvoir personnel. »
En termes de stratégie, notre Nicolas la Trique à nous (pas de lien avec Carla soit-dit en passant) récolte les dividendes négatifs de deux erreurs.
La première fut de vouloir, en autocrate russe, tout diriger et tout centraliser, vassalisant les ministres – publiquement humiliés lorsqu’ils tombent en disgrâce – et contre-arbitrant Matignon, dont c’est pourtant le job.
La seconde a été de reculer sur la réforme de l’Education voulue par Darcos, ce qui a été interprété par les milieux éducatifs comme un encouragement à remettre en cause d’autres réformes, à commencer par celle des universités.
Devenu le super-Héros de la Nation, Petit père des peuples, Nicolas Sarkozy voit monter vers lui les attentes d’un pays tout entier, coincé entre une réalité financière très sombre et un message politique décrédibilisé et brouillé.
Nicolas II, réformateur malheureux ?
S’ouvre désormais le véritable 2ème volet de son règne. On parlerait presque de Nicolas II, tant la comparaison avec le dernier Tsar de Russie est sur ce point parlante…Tsar réformateur, il engagea la Russie dans la modernité, mais n’arriva pas à juguler l’agitation politique de son Empire, avant d’être renversé par l’extrême-gauche.
Le principal problème de Sarkozy est une contradiction inhérente, sur le fond, à son message politique.
Les réformes ont été engagées par Nicolas Sarkozy avec en toile de fond l’idée qu’il fallait libérer l’économie française de ses pesanteurs (notamment la refonte des règles régissant le marché du travail) et alléger l’Etat (revue générale des politiques publiques, non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux). L’aiguillon sarkozyste de la « rupture » présentait le double avantage de pousser le peuple à accélérer la marche tout en contenant un liquide anesthésiant social puissant.
Ce bel édifice est en train de s’effondrer. La « Krrriiise » est venue remettre en cause la logique de la mondialisation ouverte et concurrentielle. Les mots de protectionnisme ou d’intervention keynésienne sont revenus à la mode. L’avenir qui semblait si tracé est désormais dans l’incertitude la plus totale : la Grèce pourrait même quitter la zone euro et la Grande-Bretagne l’intégrer. C’est dire.
A partir du moment où la contrainte extérieure semble vaciller, comment légitimer la poursuite d’une rupture qui est désormais analysée comme un démantèlement des protections solides capables d’ancrer la France dans sa singularité économique ?
L’Elysée s’est même tiré une balle dans le pied en distribuant à tout va des milliards. Tant que François Fillon répétait que les caisses étaient vides, le gouvernement pouvait reprendre la posture Balladurienne de 1993, celle qui nous promettait de la sueur, du sang, et des larmes pour faire face à la récession qui menaçait le pays. Or, comment légimiter des économies budgétaires, alors que l’Etat a faussement donné l’impression de pouvoir impunément s’affranchir de toute prudence en la matière ?
Se voulant président des Etats-Unis et star des médias, Sarkozy s’est fait Tsar de France, tout-puissant monarque d’un Etat en faillite assailli de doléances. Et il découvre que par la magie de son action, il n’y a plus de fusible à faire sauter : reste le disjoncteur…
Tags: autocrate, centralisation, Education Nationale, grève, mouvement social, Nicolas-Sarkozy, onmiprésident, Réforme, RuptureSujets: Paso Doble | 7 Comments »





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février 3rd, 2009 at 22:21
Magnifique !
février 3rd, 2009 at 22:37
merci !
février 4th, 2009 at 12:53
Oui, mais quelques remarques – Sur Nicolas la Trique :
1- Peut-on dire qu’il humilie vraiment ses ministres ? Ca ressemble plus à des sortes de caprice en forme de petites colères qu’il ne contrôlerait pas. Car d’un autre côté, en cas de coups dur, il soutient ses ministres , et accepte même une liberté de parole assez stupéfiante , surtout quand on la compare avec ce qui se pratiquait avant : ainsi un ministre qui contredit un autre n’est plus qu’un simple couac !
Repensons à Mitterrand et à son art de vraiment humilier en profondeur quelqu’un … jusqu’à le détruire !
2- S’est-il vraiment substitué à ses ministres ? Là encore , s’il est vrai qu’il les serre de plus près et leur impose une feuille de route plus pressante , ils ne sont guère plus vassalisés qu’avant sauf qu’avant c’était le boulot du 1er ministre.
3- A-t-il fait une erreur en remettant à plus tard la réforme de l’E.N. ? Difficile à dire car un vent de contestation semble monter et il veut à tout prix éviter une catharsie générale . Il n’aurait probablement pas du le faire sous cette forme là, assez incompréhensible.
- Sur Nicolas réformateur malheureux
1- Oui mais on ne peut lui imputer le fait que les circonstances le desservent !
2- Oui les miliards (même s’il ne s’agit que de prêts … qui rapportent à l’Etat) distribués au secteur bancaire font mauvais effet mais honnêtement , que pouvait-il faire d’autre ?
3- Oui le plan de relance est ric-rac mais la France est touchée par la crise d’une façon assez particulière et un peu moindre de sorte qu’on ne voit pas encore clairement les secteurs qui vont souffrir le plus. Une relance par la consommation est une stupidité. Par contre un accompagnement social bien plus fort face aux vrais touchés par la crise me semble manquer. Il est probable qu’il y aura un 2d plan de relance.
Mais l’important est -d’un point de vue égoïste et géo-stratégique que surtout il manœuvre pour conserver nos atouts et faire marquer des points à ce modèle français dont la singularité , surtout quand on la regarde de l’extérieur , est défendue par la gauche et la droite.
4- Quant à poursuivre des réformes et en profiter pour faire bouger un certain nombre de choses -même si c’est assez désordonné et parfois néfaste- , je ne vois pas pourquoi -de son point de vue- il arrêterait.
Car on assiste en même temps à un retour d’un discours très immobiliste et réactionnaire de gauche dont les voiles se gonflent sous le vent du désarroi face à cette crise . (Car il y a archaïsme structurant et protecteur et … archaïsme de l’immobilisme et du laisser-aller)
Au total oui, sa super-exposition médiatique finira par le paralyser : il a été ‘sauvé’ l’an dernier par son coup de bol de la réforme de la constitution et la crise en Géorgie , ainsi que par cette présidence de l’Union pendant laquelle son agitation a, par hasard, plutôt été positive.
février 4th, 2009 at 14:37
Salut Oppossum,
1/ Il humilie parfois – je pensais à Rama Yade et à Dati, dans une moindre mesure. Il s’est substitué à ses ministres lorsque sur certaines réformes (cf. Albanel ou Pécresse), il a arbitré directement depuis l’Elysée, en convoquant les principaux acteurs du dossier.
2/ Sur l’E.N, tu as peut-être raison mais cela lui a coûté son image d’invincibilité. Personnellement, j’aurais proposé un référendum sur l’Education Nationale.
3/ Sur la relance, je vois surtout l’affichage très malheureux. Il a « cassé » l’idée que la contrainte budgétaire était réelle en mettant en place un concept de réformes à 2 vitesses.
février 5th, 2009 at 17:50
@Toréador,
Je ne vois surtout aucune véritable mesure de relance… rien que des financements a fon perdus payés par nos futurs impôts.
@Oppossum,
Je voudrais bien, moi aussi croire que ce ne sont que des prêts…
Au fait, j’ai laissé chez Laurent le Gaulliste, une réponse que je t’adressais chez Malakine… et que je n’arrive plus à poster ???
Bine évidemment, je ne crois pas une seule seconde qu’étant incapble de répondre à mon texte… il ait préfèré le censurer, ou bien ?
février 5th, 2009 at 17:55
@ Gilbert. Dans Kiwis, les commentaires ne sont pas modérés.
février 5th, 2009 at 18:14
@Toreador,
Je sais ! lol
Mais je dois faire mon méa culpa, en fait il il avait un délai… la réponse à Oppossum à été publiée… please, excuse me Malakine !