« Chaussure(s) – suite | Home | Banderille n°282 : Docteur « Jassume » et Mister « Screwed » »
Paso Doble n°118 : Péan et Kouchner, les Rois maudits
Par Toréador | février 4, 2009
A las cinco de la tarde…
Pourquoi Kouchner est puni par là où il a péché
Chevalier blanc contre chevalier blanc, tel pourrait être résumé l’affrontement par livres et interviews interposés de Pierre Péan et Bernard Kouchner. Dans les Rois maudits, il est dit qu’Edouard II d’Angleterre fut puni par là où il avait péché, avec un tison ardent plongé dans ses entrailles. Il en est de même pour notre ministre des affaires étrangères, qui n’est pas sodomite pour un sou, mais qui a en ce moment, -comme on dit vulgairement- le feu au cul.
Peut-être s’époumonera-t-il, comme naguère Jacques de Molay, grand maître des Templiers, faussement accusé lui aussi de sodomie, et placé sur un bûcher « Pape Péan, juge inique et cruel bourreau (…) avant un an, je vous ajourne à comparaître au tribunal de l’Histoire. Soyez maudits, vous et votre descendance jusqu’à la treizième génération! »
Traître à son camp, Kouchner est désormais trahi par les siens, qui sont les premiers à brûler ce qu’ils avaient autrefois adoré. Hérault (Héros ?) de la morale, Bernard Kouchner se voit confronté à un travail de sape exercé sur ce qui fait le socle de sa légitimité : les grands principes, la conscience universelle, les droits de l’Homme.
Péan le dit d’ailleurs : à priori, Kouchner n’a pas agi dans l’illégalité. Il n’y a pas là de favoritisme ou de prise illégale d’intérêts, ni une quelconque affaire de pot-de-vin, ce qui n’empêchera pas les contempteurs de Kouchner de faire des amalgames.
Kant a les mains pures, mais Kant n’a pas de mains…
Le journaliste n’invoque pas le droit positif pour traîner Kouchner au tribunal de l’histoire, mais le droit naturel, la morale. Les actions de Kouchner sont légales mais illégitimes défend l’écrivain qui explique sa base d’accusation «sous l’angle de l’éthique et de la morale républicaine».
La défense de Bernard Kouchner cherche à recadrer désespérément le débat sur une base inattaquable, celle du respect des lois : « J’ai toujours agi dans la légalité et la transparence, déclaré mes revenus, payé mes impôts» dit le ministre. «Je ne dis pas le contraire», explique l’auteur de l’ouvrage. «Je ne parle à aucun moment d’entrer dans l’illégalité, mais de la distorsion entre deux images.» Selon Pierre Péan, il s’agit de montrer l’ambiguïté entre l’image de «chevalier blanc» qu’ont les Français de Bernard Kouchner et celle qui est traitée dans Le Monde selon K.
Bernard Kouchner se voit ainsi reprocher la même chose que ce que jadis il invoquait, lui qui faisait fi du droit des Nations au nom de principes supérieurs « Nous ne respections la souveraineté des Etats que lorsque ces derniers respectaient les droits de l’Homme ».
Péan lave plus blanc que blanc
On touche ici à un problème (dé)ontologique. C’est tout le problème d’une argumentation basée sur la légitimité des actes, plutôt que leur légalité. La légitimité est subjective. Dans le monde de Péan, Kouchner a trahi ses convictions en gagnant de l’argent versé par des dictateurs africains. Pour Monsieur K, il n’y a rien de mal à accepter un travail sous-tarifé pour aider les pays africains à moderniser leurs systèmes de santé.
Pierre Péan a pris le beau rôle, lui qui fait commerce depuis des années du déboulonnage des « grandes figures morales » en montrant la nature, par définition grise, de l’âme humaine. Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre !
On lui reprochera sans doute de livrer en spectacle à la comédie humaine des vilénies qui ne sont peut-être pas aussi monstrueuses qu’il le dit, de s’attaquer à des âmes gris clair et pas aux âmes gris foncé, et de participer au désenchantement (gratuit) du monde. Toute société a besoin d’exemplarité, et souffre lorsqu’elle découvre que le monde n’est pas en noir et blanc.
Personnellement, ma sympathie va plutôt à l’homme d’action qu’à l’homme d’investigation. D’une part, l’un a consacré sa vie à des causes, et cette grande oeuvre vaut bien qu’on l’absolve de quelques écarts. Même Soeur Emmanuelle et l’Abbé Pierre en ont eu, et ils avaient Dieu pour eux au conseil d’administration. D’autre part, les lapidations des individus au nom de grands principes intangibles me rappellent trop Robespierre ou Saint-Just.
Voilà pourquoi le titre du livre est mal choisi, tant on en apprend plus sur la vision de Pierre Péan de notre époque que sur les péchés de Bernard Kouchner. Il aurait dû s’appeler « Le Monde selon P. ».
Image – Olivier Roller.
Tags: Affaires-internationales, Bernard Kouchner, chevalier blanc, Humanitaire, légalité et légitimité, Le Monde selon K., MSF, Pierre PéanSujets: Paso Doble | 10 Comments »





Abonnez-vous à ce blog



février 4th, 2009 at 17:39
Lapide-le au nom de principes plus modestes. Si tu tiens vraiment à la lapidation.
Sinon, tu peux au moins blâmer ce qui ne relève en rien de « l’homme d’action ». Tu me fais penser aux citoyens qui votent pour les corrompus : eux, au moins, on peut leur faire confiance, ils s’en sont déjà tellement mis dans les poches….
février 4th, 2009 at 17:56
Mais justement Mtislav, tu te trompes lorsque tu affirmes que Kouchner est « corrompu ». Où est la corruption ? Et qu’entends-tu par « Sinon, tu peux au moins blâmer ce qui ne relève en rien de “l’homme d’action”. «
février 4th, 2009 at 18:25
Relvons tout de même que l’affaire fut révélée par Bakchich, qui a fait là un beau travail, repris par…aucun confrère tant que le livre de Péan n’était pas sorti !
Pour parler plus précisément de Monsieur K. , on pourra noter que la proximité temporelle entre le réglement de factures dues à sa société par Omar Bongo et la mise à pied brutale de Jean Marie Bockel est à même d’induire de sérieux doutes sur la probité du personnage.
Surtout quand ledit personnage a déjà utilisé sa « légende » à tort et à travers, se faisant grassement rémunérer par Total peu après 2000 pour concocter un rapport affirmant la bonne tenue de ladite société concernant la sustentation quasi-complète de la dictature birmane.
Il me semble dommage que vous vous soyiez laissé prendre par le charme de l’homme d’action…pour ma part, chat échaudé craint l’eau froide, aussi ma confiance, je l’accorde ici à Péan et Bakchich. Kouchner se fout de la gueule du monde, stricte légalité ou pas. Et encore, je ne parle même pas des questions d’influences réciproques que soulève la nomination de sa femme à France 24.
février 4th, 2009 at 18:51
Chouette, je sens venir un débat où je suis minoritaire. J’adore ceci.
Le charme, non : Kouchner adore les caméras. Et je l’ai déjà étrillé en ces lieux :
http://www.toreador.fr/2007/10/30/paso-doble-n%C2%B033-zoe-zoe-capitaine-abandonne/
Mais je pense que ça ne justifie pas la lapidation à coups de figues molles. Et la nomination d’Ockrent à France 24, voilà ce que j’en dis :
http://www.toreador.fr/2008/02/22/banderille-n%C2%B0201-femme-fils-de/
février 4th, 2009 at 19:21
Vous n’en dites pas grand-chose, de la nomination d’Ockrent
On ne me fera pas croire qu’il était impossible de trouver qui que ce soit d’autre pour faire le boulot, surtout quand on considère les émoluments attribués au poste…
D’un autre côté, je suis tout autant scandalisé par l’élection de Sarkozy junior.
PS : lapider à coup de figues molles, c’est pas mal du tout ! Ca correspond bien au lent glissement des valeurs affiché par Monsieur K. , autrefois le révolté public numéro un du pays.
février 4th, 2009 at 21:05
sous-tarifé ? c’est une blague ?
février 5th, 2009 at 0:01
Edgar, c’est l’argument de Kouchner. Et je pense qu’effectivement, le consulting coûte bcp plus cher qu’on ne le pense.
février 5th, 2009 at 9:47
« Le journaliste n’invoque pas le droit positif pour traîner Kouchner au tribunal de l’histoire, mais le droit naturel, la morale. »
Confondrais-tu morale et DN ? Parce qu’en l’occurrence, ce n’est pas la même chose et il n’y a pas recouvrement.
…
Pour le reste, me méfiant toujours des gens qui s’indignent haut et fort, comme le ministre K, disent agir et faire des choses, et s’ébrouent paresseusement dans la presse, je ne suis pas surpris qu’un certain nombre de casseroles reviennent à la surface.
Comme disait Tacite, « corruptissima republica plurimae leges » ; actuellement, la foison de lois ne laisse plus de doute sur la corruption (au sens large, – corruption morale par exemple, et pas seulement financière) de la république et des hommes qui la font.
février 5th, 2009 at 11:12
Tu as raison droit naturel et morale ne se confondent pas. Reste que ma démonstration tient. On invoque des principes supérieurs et non le droit positif. Entre la morale laïcisée et les grands principes naturels issus de la conscience des hommes, la distinction est ténue puisque l’un et l’autre invoquent l’homme comme critère de jugement.
février 5th, 2009 at 19:57
[...] à la Santé à cause d’une affaire de corruption. En France, on farfouille dans la vie de Bernard Kouchner; le Canard Enchaîné a Bernard Laporte et Santini dans le collimateur; et bientôt un livre sur [...]