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Estocade n°23 : L’Ecclésiaste ou la trahison des clercs
Par Toréador | février 12, 2009
Le royaume dont le prince est un enfant
« Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin ! » (L’Ecclesiaste, 10.16).
Je me suis réveillée aujourd’hui avec un jugement très inquiet sur le Sarkozysme. Alors je suis allé chercher la voie de la sagesse antique dans l’Ecclésiaste, le livre le plus bizarre de la Torah et de la Bible….
La France est un royaume dont le prince est un enfant. Ses foucades violentes et ses colères proverbiales ne sont tempérées que par un Guéant qui est lui-même de plus en plus usé jusqu’à la corde. Il ne se maîtrise plus, et l’on rapporte de toutes parts les exemples de ministres insultés de la manière la plus brutale qu’il soit. Il a voulu le jouet du pouvoir, et comme tout enfant qui a été gâté à Noël, s’en est aussitôt désintéressé. Car ce qui lui manque, c’est le pouvoir de l’argent.
Là est la clé du problème. Peut-etre ne le savait-il même pas lui même, mais Sarkozy faisait autant campagne pour lui que pour la France. Son « Travailler plus pour gagner plus » était un écho au « Enrichissez-vous » de Guizot, mais également le signe de sa propre soif d’or. Comment expliquer sinon la fascination pour le clinquant et le CAC 40 ? L’argent qui fascine, les maisons de luxe et les yachts.
Il y a quelque chose de pourri au Royaume de France
« Mieux vaut une main pleine avec repos,
que les deux mains pleines avec travail
et poursuite du vent. » (Ecclesiaste, 4.6)
Notre président souffre de ne pas être un Napoléon de l’Economie. Voilà pourquoi la perspective d’un second mandat le laisse dubitatif. Si les astrologues lui prédisent une victoire certaine, peut-être ira-t-il. Sinon, il copiera Clinton et Blair, et vivra la vie qu’il souhaitait. Sarkozy n’aime pas perdre : son spectre, c’est Giscard.
Heureusement pour tromper l’ennui du président, locomotive de la République lancée à toute vapeur sur les rails blancs de la surexcitation, il y a eu l’Europe. Président de l’Europe. Voilà qui l’a sauvé de son ennui. Maintenant, c’est la crise. Ah, peut-être pourrait-il être président de la crise ?
Oui, j’en ai de plus en plus la certitude, le président a pour le pouvoir des choses une fascination enfantine que PPDA avait bien résumé – et qui a causé sa perte. Le poisson pourrit par la tête et notre pays est surtout confronté à une crise morale terrible.
Crise morale, Crise républicaine
« Celui qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent, et celui qui aime les richesses n’en profite pas. C’est encore là une vanité. » (Ecclésiaste, 5.9)
En bouleversant les structures de l’Etat, en propulsant des courtisans aux manettes, en transgressant le fonctionnement régulier des institutions, Nicolas Sarkozy a ébranlé les certitudes des potentats bien établis. La valeur « loyalisme » est passée devant la valeur « travail ». Le traître obtient le bâton de maréchal de l’apparence du pouvoir, et le fidèle des fidèles reste à l’UMP. Le jeune commande au vieux. Le secrétaire d’Etat dit merde au Premier ministre.
Tout est possible, et par tout, il fallait comprendre n’importe quoi. Car c’est n’importe quoi : la boîte de Pandore des réformes a été ouverte au gré des impulsions de l’Enfant-Roi, provoquant un jeu de dominos social jamais expérimenté jusqu’ici.
La crise économique vient désormais parachever le tableau. Ce qui aurait été un travail d’Hercule par temps sec et ensoleillé devient un cas de miracle à présenter à Lourdes : non seulement la France est en pleine ébullition et désarroi, mais voici que notre environnement aussi se met à brûler. La « drôle de crise » s’est terminée aujourd’hui, avec les chiffres de la production industrielle français et les prévisions de PIB pour 2009.
La trahison des clercs
« La folie occupe des postes très élevés, et des riches sont assis dans l’abaissement. » (Ecclésiaste, 10.6)
L’élite de ce pays en sait trop sur chacun pour être facteur de changement. Elle est aussi partie prenante à la faillite morale. Les exemples de Julien Dray et de Bernard Kouchner ne sont que des épiphénomènes, des bouts d’iceberg que le milieu a fini par recracher parce qu’ils ne se sont pas montrés assez bon camarades : Dray a voulu jouer les justiciers, et Kouchner a abandonné le compagnonnage.
Restent que ceux qui constituent aujourd’hui l’ossature de la vie politique en France ne sont pas les meilleurs. Ce sont ceux qui ont préféré ne pas prendre de risques dans le secteur entrepreneurial. Leur pouvoir à eux, ce n’est pas l’argent : c’est le réseau, c’est l’accès aux facilités de l’Etat – les hélicoptères, les petits fours, les passe-droit. C’est aussi l’attraction sensuelle que provoque le pouvoir. Car le pouvoir et le sexe font bon ménage. Tel parangon de la vertu de la droite est ainsi un queutard fini. Telle sommité de la gauche un don juan compulsif. Et je passe sur ceux qui ont des goûts plus spéciaux. Du reste, ce n’est pas une exclusivité française – le Vatican abrite la plus belle proportion de cardinaux avec maîtresses ou gitons.
D’autres icônes ont été protégées, parce qu’elles donnent l’apparence de la justice et de la vertu dans un monde sans repère.
Il y a des blogs, il y a une presse, mais nul ne révèlera les secrets nauséabonds des uns et des autres. La peur de la diffamation. Tout le monde sait, mais peu ont les vrais dossiers. Et ces derniers n’ont aucun intérêt à voir exploser le système.
Voilà pourquoi nous sommes en 1788. Le point rassurant, c’est que la nomenklatura qui se partage le gateau est plus nombreuse que la noblesse d’ancien Régime. Le point noir, c’est que le peuple n’a pas la déférence qu’il avait pour le bon roi Louis XVI. Jusqu’ici, tout va bien…
Tags: 1788, Crise morale, Crise républicaine, Enfant-Roi, Nicolas-Sarkozy, valeurs
Sujets: Estocade | 18 Comments »





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février 12th, 2009 at 8:12
Et bien, l’annonce de la revolution a venir et lancer et l’odeiur du sang est enoncee … cela fait froid dans le dos.
Je suis curieux de savoir quel evenement particulier t’as fait au reveil etablir ce jugement tres inquiet.
février 12th, 2009 at 8:14
Horreur mon commentaire precedent est truffe de faute ( plus que d’habitude devrais je dire). Merci d’accepter le pretexte de la fatigue a l’approche de minuit par chez moi
février 12th, 2009 at 8:40
Nicolas I a inventé une nouvelle organisation de la République :
LUI avec des conseillers et des médiateurs, intermittents de son spectacle médiatico-réformiste.
Il y a eu Sangatte qui est devenu dans les faits, Calais.
Il nous emmène de Charybde en Scylla.
Il donne le mal de mer.
Attention au grand vomis national.
février 12th, 2009 at 9:03
Une collecte d’informations sur Kouchner, des détails sur Sarkozy et l’Abbé Pierre. Tout ça venant de sources très fiables.
février 12th, 2009 at 12:35
Toréador, balance!
février 12th, 2009 at 12:55
Oui, une certaine trahison des clercs en ce sens que d’abord , il n’est pas tenu un langage véritablement de vérité ni par la droite ni surtout par la gauche.
Et qu’ensuite, effectivement , il y a une certaine faillite morale : mais attention de ne pas la réduire à une affaire de petite morale bourgeoise qui serait secrètement enfreinte .
Et attention de ne pas oublier que ce relâchement des valeurs est également l’envers des petites facilités de chacun de nos comportements .
Nous sommes donc peut-être au 1788 de quelque chose mais je crains qu’il n’y ait pas grand chose à partager , ni aucun super-privilège clairement identifiable (ou identifié) auquel faire rendre gorge (Car les privilèges, facilités, corporatismes, avantages etc , sont tapis au coeur même du quotidien du plus grand nombre, et donc du système : chaque mise en cause entraine une cascade paralysante …)
février 12th, 2009 at 14:08
Cher Oppossum, il ne s’agit pas de petite morale bourgeoise mais d’hypocrisie sociale inquiétante sur fond d’absence de valeurs.
Je suis d’accord sur 1788.
février 12th, 2009 at 14:37
Sans rapport aucun, une petite info passée inaperçue.
Où sont ceux qui défilaient il y a peu ?
http://www.lejdd.fr/cmc/scanner/international/200907/amnesty-accuse-le-hamas-de-torture_186554.html?popup
février 12th, 2009 at 15:42
« nous sommes en 1788. »
« Jusqu’ici, tout va bien… »
Serais-tu toi aussi devenu un adepte du CPEF(c) (Ce Pays Est Foutu) ?
février 12th, 2009 at 17:10
Non. Je crains cependant que ce pays ne sache pas réformer autrement que par des grandes purges qui ont lieu tous les trente à cinquante ans…
février 12th, 2009 at 21:37
Dis moi mon beau Toreador, Tu fait semblant de découvrir ce que tu viens d’écrire, ou bien tu le savais déjà avant les élections ?
février 12th, 2009 at 23:56
non je viens d’apprendre certains trucs
février 13th, 2009 at 11:44
[...] réforme des Universités, c’est peut-être Nicolas Sarkozy lui-même, … ce qui rejoint mon estocade d’avant [...]
février 13th, 2009 at 23:24
Parce que je suis aux RG, je constate que Toréador s’est réveilléE… Toréador, cet oeil noir qui nous regarde, est donc une femme ?
février 14th, 2009 at 0:06
@ Killcow. Demande à ma mère, elle te le dira !
février 14th, 2009 at 11:37
« Je me suis réveillée aujourd’hui »…
Mais alors, tu es une femme, une torera ?
es-tu cristina sanchez, conchita cintron ou marie sara ?
février 14th, 2009 at 13:03
Demande à mon père, il te le dira
février 14th, 2009 at 13:33
Véronica ?
http://rimbusblog.blogspot.com/2008/01/vernica-rodrguez.html