• Les Archives Glorieuses de l’Arène

  • Publicité

    Proud member of Kiwis ! Abonnez-vous à ce blog
  • Bronca !

  • Combien de visiteurs uniques depuis le 1er janvier 2007 ?

  • Catégories

  • Amour, gloire et beauté

  • « | Home | »

    Paso Doble n°119 : Nicolas, un oeil noir te regarde

    Par Toréador | février 18, 2009

    A las cinco de la tarde…

    Le (guade) loupé

    Avec son premier mort, le conflit de Guadeloupe vient de changer d’échelle, et avec lui la crise politique française toute entière. Ce qui était jusqu’ici un conflit social mal géré devient un état d’insurrection qui échappe à tout le monde, y compris au LKP. Car si la victime est bel et bien un syndicaliste, le bourreau n’est pas, comme le prédisait Elie Domota « l’Etat colonial venu casser du nègre » (si je résume deux expressions du leader du LKP), mais de jeunes manifestants qui tenaient un barrage sur la route. Trois policiers qui étaient intervenus pour lui porter secours ont été légèrement blessés.

    En d’autres termes, le premier mort de Guadeloupe aura été causé par les émeutiers eux-mêmes. 15 commerces pillés, 7 établissements incendiés, 21 véhicules brûlés, 13 interpellations et une soixantaine d’interventions de pompiers : ceci n’est pas seulement le symptôme d’un malaise social, mais plutôt le signe que le conflit est devenu le défouloir de minorités agissantes.

    Pretium Doloris

    En changeant d’échelle, le conflit devient désormais beaucoup plus difficile à résoudre. Jusqu’ici, il s’agissait de négociations sur des paramètres techniques : 200 euros ou 150 euros de prime ? quelle revalorisation des bas-salaires ? Un sujet de conférence économique. 

    Désormais, quelqu’un a perdu la vie, ce qui signifie que le prix du sang est aussi dans la balance : les manifestants ne peuvent qu’être incités à demander plus, ne serait-ce que pour pouvoir rentrer un jour à la maison sans se dire que tous ces sacrifices n’ont pas été vains. Et trente pièces d’argent n’y suffiront pas.

    La solution politique va donc devenir de moins en moins technique ou logique, car il va falloir aussi acquitter le coût de la douleur, le pretium doloris. Et plus le conflit s’éternisera, plus le dédommagement attendu augmentera, plus la sortie de crise « par le haut » se compliquera.

    C’est ce qu’on appelle en théorie de l’engagement le « piège abscons » (Beauvois et Joule).  « Seuls les actes nous engagent. Nous ne sommes donc pas engagés par nos idées, ou par nos sentiments, mais par nos conduites effectives ». De fait, si nous tergiversons souvent avant de prendre une décision, pesant patiemment le pour et le contre, une fois la décision prise et transformée en une conduite effective, nous aurons toujours tendance à ne plus la remettre en cause. Et à rationaliser cet acte, à le justifier même si l’on a parfois au fond de nous le sentiment diffus de s’être trompé ou d’avoir été trompé.En effet, le coût psychologique du retour en arrière fige démesurément le comportement.  

    Sur la table de Nicolas Sarkozy, il ne reste désormais plus beaucoup d’armes. Il faut faire redescendre la pression. Je pense donc que la solution locale passerait par une dissolution du conseil régional et du conseil général de Guadeloupe, jumelée avec un référendum sur le statut de l’île : territoire français à part entière, indépendance, ou autonomie plus substantielle avec retrait français. Mieux vaut le « piège à cons » de mai 68 que le piège abscons de février 2009. 

    Il faut dramatiser, et surtout redémocratiser une question qui est aujourd’hui débattue en coulisses et dans la rue. Il faut forcer ceux qui taxent Paris de politique néo-coloniale à « sortir du bois » et à se confronter à l’opinion. Il faut donner la parole à la majorité silencieuse et mettre les Guadeloupéens devant leurs responsabilités : oui, il est inadmissible que certaines rentes de situation perdurent sur le dos de la population et les lois de la République sont faites pour être appliquées. Mais on ne saurait accepter des procès d’intention et des mouvements d’émeute

    Descendre dans l’Arène

    Au plan national, la marge de manoeuvre de Nicolas Sarkozy se réduit.

    La Guadeloupe n’est pas seulement un problème d’outre-mer. N’oublions pas que le mai 67 guadeloupéen préfigura le mai 68 métropolitain.

    Il va lui falloir frapper un grand coup pour desserrer l’étau, entre le plantage guadeloupéen, l’échec des réformes éducatives, et les tensions sociales sur fond de crise. Son gouvernement est composé de ministres à bout de souffle, décrédibilisés ou illégitimes. Il ne peut plus attendre les élections européennes. 

    Si l’on raisonnait in abastracto, la solution logique serait de dissoudre l’Assemblée Nationale et de jumeler là encore les élections législatives avec un référendum sur l’avenir de l’Education nationale et de la Recherche. Hélas, le quinquennat a justement été soit disant inventé pour empêcher la cohabitation et le spectre de 1997 hante encore la scène politique française. Or, un référendum seul conduirait irrémédiablement à la défaite du président, ne serait-ce que par la coalition arithmétique des « non ».

    Voilà pourquoi Sarkozy, lui qui a toujours invoqué l’éthique de responsabilité, devrait changer le gouvernement et le Premier ministre, et engager sa propre responsabilité dans un référendum sur les réformes en cours. Ce n’est pas le panier garni de mesurettes annoncées ce jour qui va améliorer durablement la situation. Sarkozy se demande peut être s’il doit virer Jego et Pecresse en juin prochain : c’est une erreur. La crise politique a déjà dépassé ce stade – on en est quasiment au stade de la survie du gouvernement, dernier fusible de l’Elysée.

    Tags: , , , , , , , , , ,

    Sujets: Paso Doble | 14 Comments »

    14 réponses “Paso Doble n°119 : Nicolas, un oeil noir te regarde”

    1. Moktarama Says:
      février 18th, 2009 at 17:43

      Le gouvernement, après avoir laissé pourrir la situation depuis un mois, se trouve fort étonné de voir que la situation est effectivement en état avancé de pourrissement. L’histoire, il est vrai, ne semble pas être le dada du président.

      Plus largement, et compte tenu du refus politique de Sarkozy d’acter les changements majeurs qui se produisent dans le monde tant aux niveaux politique que social, et donc de faire la moindre concession (parlons-en, de la théorie de l’engagement) ; il me semble que vous pointez les seules possibilités de sortir par le haut de la situation.

      Il doit tout remettre en jeu, en Guadeloupe en permettant un référendum et des élections locales, et en France via un référendum ou une dissolution de l’Assemblée Nationale. Le score serait sévère, mais l’autre solution qui serait d’aller vers un durcissement de la situation ne pourrait être que désastreuse pour le gouvernement et le président.

    2. Flamant rose Says:
      février 18th, 2009 at 18:39

      Mais l’État a déjà proposé le référendum, c’était en 2003 et la question posée était : Approuvez-vous le projet de création en Guadeloupe d’une collectivité territoriale demeurant régie par l’article 73 de la Constitution, et donc par le principe de l’identité législative avec possibilité d’adaptations, et se substituant au département et à la région dans les conditions prévues par cet article

      Alors que les habitants de l’île avait la possibilité d’améliorer leur statut ils ont répondu non à 73%. Il faut savoir assumer les décisions prises.

    3. Toréador Says:
      février 18th, 2009 at 19:43

      Flamant vous avez raison. Mais il s’agissait de simplification administrative, et non d’indépendance. En outre même si cela avait la même question, il y aurait la jurisprudence « Traité de Nice » et « Chavez » :-)

    4. garçon Says:
      février 18th, 2009 at 20:03

      Il me semble qu’une erreur majeure de Sarkozy aura ete de diminuer le role et la responsabilite de son premier ministre. Cela le mets en premiere ligne, sans fusible autres que la masse de ces ministres et secretaires generaux, mais un remaniement ne donne satisfaction qu’aux journalistes, surtout en temps de crise et dans un contexte de confrontation. Toutefois je ne crois pas une seule seconde que Sarkozy soit pret a engager sa responsabilite, son objectif est proprement le pouvoir, certainement pas la reussite de sa politique, sinon il aurait anticipe la crise et offert des solutions des le lendemain de son election. En mai 2007, les Roubinis, Krugman et autres avaient deja annonces l’ampleur de la crise a venir… Et ceux la meme n’invoquait pas de solutions qui aillent dans la direction politique que Sarkozy a proposee a la France.

    5. Toréador Says:
      février 18th, 2009 at 21:25

      Pas 100% d’accord Garçon : on remanie pour donner une nouvelle impulsion politique et dire qu’on a compris le message du pays !

    6. Erick Says:
      février 19th, 2009 at 8:24

      9a va quand même largement au-delà d’une simple simplification administrative. D’ ailleurs qui parle d’ indépendance ? Pas grand monde. Autonomie, oui.

      Art. 73. – Dans les départements et les régions d’outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. Ils peuvent faire l’objet d’adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités.

      Ces adaptations peuvent être décidées par ces collectivités dans les matières où s’exercent leurs compétences et si elles y ont été habilitées, selon le cas, par la loi ou par le règlement.

      Par dérogation au premier alinéa et pour tenir compte de leurs spécificités, les collectivités régies par le présent article peuvent être habilitées, selon le cas, par la loi ou par le règlement à fixer elles-mêmes les règles applicables sur leur territoire, dans un nombre limité de matières pouvant relever du domaine de la loi ou du règlement. [Entrée en vigueur dans les conditions fixées par les lois et lois organiques nécessaires à leur application (article 46-I de la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008)]

      Ces règles ne peuvent porter sur la nationalité, les droits civiques, les garanties des libertés publiques, l’état et la capacité des personnes, l’organisation de la justice, le droit pénal, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l’ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes, ainsi que le droit électoral. Cette énumération pourra être précisée et complétée par une loi organique.

      La disposition prévue aux deux précédents alinéas n’est pas applicable au département et à la région de La Réunion.

      Les habilitations prévues aux deuxième et troisième alinéas sont décidées, à la demande de la collectivité concernée, dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique. Elles ne peuvent intervenir lorsque sont en cause les conditions essentielles d’exercice d’une liberté publique ou d’un droit constitutionnellement garanti.

      La création par la loi d’une collectivité se substituant à un département et une région d’outre-mer ou l’institution d’une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités ne peut intervenir sans qu’ait été recueilli, selon les formes prévues au second alinéa de l’article 72-4, le consentement des électeurs inscrits dans le ressort de ces collectivités.

    7. Toréador Says:
      février 19th, 2009 at 9:57

      Attends là tu mélanges le projet de 2003 et la modification constitutionnelle de 2008 ?

    8. Jean-Paul Says:
      février 19th, 2009 at 10:11

      Vous proposez un référendum sur le statut de l’île (territoire français à part entière, indépendance, ou autonomie plus substantielle avec retrait français). Ce serait effectivement la seule voie de sortie démocratique puisque la prolongation du statut départemental dans l’ambiguïté ne mènerait à rien. Par contre:
      1/ on ne peut pas poser 3 questions dans un référendum. Quelle serait la bonne formulation?
      2/ qui pourrait voter? DOM concerné ou France entière? Et dans ce dernier cas que se passerait-il en cas de rejet de l’indépendance par le DOM et acceptation par le reste de la France?
      3/ Dans le cas du choix de l’indépendance, comment serait déterminée la nationalité des personnes concernées?
      Ce sont là des choses auxquelles on pouvait refuser de songer il y a encore un mois, mais tout s’est beaucoup accéléré ces dernières semaines…

    9. Erick Says:
      février 19th, 2009 at 14:01

      Ben non. C ‘est l’ article 73 de la Constitution cité par FR.

    10. Toréador Says:
      février 19th, 2009 at 16:49

      @ Erick. En 2003, le projet a été repoussé. Dès lors tu fais référence à la réforme constitutionnelle de 2008, pour laquelle la Guadeloupe n’a pas été consultée ?
      Comprends-tu le problème logique ? Tu as dit : la Guadeloupe a déjà repoussé l’autonomie en 2003. C’est vrai. Et pour appuyer ton argumentation, tu cites un texte modifié en 2008.

      @ J-P.
      1/ Si, on le peut – cf. offres de de Gaulle sur la décolonisation en Afrique, pour lesquels seule la Guinée préféra opter pour l »indépendance. On peut très bien organiser un référendum avec 3 options.

      2/ Selon moi, seule la Guadeloupe pourrait voter, charge au Parlement de ratifier la décision.

      3/ Chaque habitant de Guadeloupe aurait la possibilité de choisir sa nationalité : Française ou guadeloupéenne. Ceux qui font le premier choix serait cependant contraint vraisemblablement de prendre la valise. Pour les guadeloupéens vivant en métropole, le même choix serait offert. C’est ce qui s’est pratiqué ds les ex colonies.

    11. amike Says:
      février 19th, 2009 at 17:48

      Il y a encore la solution calédonienne :
      - L’un et l’autre des parties trouvent un accord (avec probablement donation des uns)
      - on se partage un bout de l’île

    12. Toréador Says:
      février 19th, 2009 at 18:49

      Chypre ? lol

    13. Erick Says:
      février 20th, 2009 at 11:57

      Je fais noisette honorable, je me suis un peu emmêlé. Néanmoins, la seule modification à l’ art 73 opérée par la révision de 2008 a été d’ ajouter le règlement à la loi (cf alinéa 2 et 3).

    14. toreador Says:
      février 20th, 2009 at 12:22

      oui mais c’est le point central car c’est une brèche dans l’indivisibilité de la république…