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    Désir de Rupture n°24 : Noircir les logos des entreprises non-citoyennes

    Par Toréador | mars 12, 2009

    Total Recall et Continent s’affale

    Coup sur coup, les scandales de Total et de Continental viennent relancer le débat sur le comportement de certains chefs d’entreprise dans la crise. Quelle que soient les excellentes raisons stratégiques qui ont pu présider au démantèlement de l’usine de Clairoix ou à l’annonce d’un programme de restructurations, les conditions de mise en oeuvre sont inacceptables.

    On ne saurait tolérer que 1 100 ouvriers venus travailler à l’usine apprennent leur licenciement le jour même, c’est à dire exactement 45 minutes avant son entrée en vigueur effective. On ne peut pas admettre qu’une entreprise comme Total, qui annonce 14 milliards de bénéfices, supprime des emplois dans notre pays.

    Ceci étant dit, évidemment, les deux cas sont très dissemblables.

    Continental moins Hexagonal égale … ?

    Continental est empêtré dans son rachat par son compatriote Schaeffler: le groupe familial croule sous les dettes, désormais incapable de financer seul une acquisition de plusieurs milliards d’euros. Il a demandé l’aide de l’Etat Allemand et prépare un nouveau plan pour la poursuite des activités.

    Son choix de fermer 2 usines s’explique par la recherche de la compétitivité, les deux sites ayant des coûts de fonctionnement élevés. Continental pointe, par la voix de M. Nikolin, membre du Directoire, que « les coûts de fabrication à Clairoix sont 20% plus élevés que ceux d’une autre usine française similaire, à Sarreguemines ». On se demande alors pourquoi ils ne relocalisent pas toutes leurs activités là bas !

    Enfin, l’émotion est d’autant plus vive qu’il y a 3 ans, les salariés de Clairoix avaient accepté d’augmenter leur temps de travail pour garder leur emploi. Néanmoins, on notera que l’activité pneumatiques de Continental annonce des résultats positifs.

    … la tête à Total !

    Total, pour sa part, a certes annoncé 550 suppressions d’emploi mais Dirty Denys fait remarquer que la presse n’a pas lu correctement la stratégie annoncée par le groupe. Il s’agirait de moderniser et d’adapter son appareil industriel et de créer sur le long terme deux fois plus d’emplois.

    Les 550 postes seront absorbés grâce à des reclassements internes, des départs à la retraite, des préretraites maison et un dispositif de dispense d’activité.

    Denys en conclut que la presse se rapproche dangereusement du café du commerce, et que les torquemada de petite semaine devraient se rhabiller.

    Il n’a pas entièrement tort, reste que Total compte bel et bien supprimer des postes qui seront « traités socialement » avec des dispositifs comme les préretraites ou les retraites, lesquels ont un coût réel pour la collectivité.

    La Charte des entreprises citoyennes

    Il ne s’agit pas ici de dire qu’il y a des « méchants » et des « gentils », ce serait trop simpliste. Mais il y a lieu de constater que la décision économique rationnelle aujourd’hui fonctionne en défaveur des salariés, et plus exactement des salariés de l’industrie. Le rôle de l’Etat est de modifier les paramètres contextuels de la prise de décision pour que les entreprises fassent supporter leurs efforts ailleurs que sur les plus faibles. La casse sociale se terminera sinon en casse politique et ce sera la rue qui fera à sa manière l’ajustement…

    Voilà pourquoi je serais favorable à ce que l’Etat édicte une Charte indiquant quelle doit être la bonne conduite, selon lui, d’une entreprise. Une Charte promulguée AVANT qu’on s’appuie dessus pour prendre éventuellement des sanctions. Parmi les points à débattre, il y aurait la question de savoir par exemple si une entreprise qui réalise des bénéfices sur le territoire peut  impunément dégraisser. Une autre question serait de déterminer au nom de quelle urgence une entreprise ayant pris des engagements pour sauvegarder l’emploi peut revenir dessus ensuite sans risque, et ce dans quel laps de temps. Bref déterminer la ligne de partage entre l’entreprise-voyou et l’entreprise prise à la gorge.

    Cette Charte aurait vocation à devenir européenne, afin de limiter les arbitrages tactiques sur le continent. Et une fois avalisée, chaque pays garderait sa liberté pour sanctionner telle ou telle ne respectant pas cette Charte.

    Quand le social prend le Deuil, l’Economie embauche des pleureuses

    Pour ma part, je serai d’avis de mettre ces entreprises sur une liste noire publique. Non seulement ces entreprises n’auraient droit à aucune aide d’Etat, mais en plus, la sanction associée à cette liste serait que leur logo ne pourrait pour l’avenir être utilisé, sur le territoire français, qu’obligatoirement en noir. Plus de belles couleurs pour égayer le printemps !

    Il faut toucher le porte-monnaie des Entreprises mais de manière ciblée. Non pas par je-ne-sais quelle taxe mais bien via un poste de dépenses qui n’est pas négligeable pour une entreprise : la communication et son image.

    Sous l’Ancien Régime, on flétrissait la peau des condamnés d’une fleur de Lys. Cette infamie là valait son poids d’années de galère. Dans le cas des entreprises sur liste noire, il s’agirait seulement d’une sanction temporaire, les obligeant à engager des frais énormes pour renouveler tout leur matériel de communication, et les pointant comme des entreprises non-citoyennes.

    Histoire de faire réfléchir des entreprises un peu promptes à jouer avec une allumette dangereusement proche des stocks de mazout...

    Alors OUI, NON ou BOF ? A vous de réagir !

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    Sujets: Désirs de Rupture | 10 Comments »

    10 réponses “Désir de Rupture n°24 : Noircir les logos des entreprises non-citoyennes”

    1. Groucho Marx Says:
      mars 12th, 2009 at 14:32

      @Toréador,
      Non, et… bof.
      Je ne reviendrai pas sur le cas Continental, tu as très bien résumé la situation du nouvel actionnaire au bord de la faillite.

      Avant de reprendre le cas TOTAL, je me demande pourquoi l’état devrait-il établir une de la bonne conduite d’une entreprise ? Parce que tu trouves que l’état est une référence en matière de gestion d’entreprise ? Fichtre non!

      De plus, nous avons en France l’une des législation les plus restrictive. Demander encore plus d’intervention de l’état dans la gestion des entreprises est à mes yeux un non sens. Et puis, pourquoi ce réflexe bien français qui veut que pour tenter de régler un problème particulier, on veuille une législation générale ?

      Maintenant, je reviens sur le point qui t’as fait bondir sur TOTAL, à savoir la suppression de 550 postes dans l’entreprise. Je reprends ci-dessous un commentaire que j’ai mis chez notre ami LOmig:

      « Tout le monde à pu constater que TOTAL a versé environ 10 milliards d’euros au titre de l’IS (Impôt Société), mais tout le monde semble ignorer que TOTAL a également versé un montant équivalent en TIPP (Taxe Intérieur sur les Produits Pétroliers).

      On en est donc déjà à quelques 20 milliards d’euros. Je ne connais la hauteur de ses versements dans notre système de protection sociale via la cotisations assises sur les salaires, ni le montant de sa taxe pro.

      Ensuite, la suppression des 550 postes repose elle sur une inadéquation de sa production. Vous avez certainement remarqué que l’été dernier lors de l’envolée des cours du brut, le prix du gas-oil à la pompe était équivalent à celui du super. La cause en est que les raffineries françaises produisent trop “d’essence” et pas assez de gas-oil, d’où la nécessité d’en importer hors de France.

      Je suis intimement convaincu que lors de la prochaine envolée des cours du brut, si le GO reste beaucoup moins cher que le super, tous ceux qui se disent aujourd’hui révoltés par le comportement de TOTAL seront particulièrement ravi que TOTAL ait réorganisé son activité de raffinage. »

      Donc, on ne peut pas taxer (sic) TOTAL de vouloir supprimer des emplois pour une « sordide » histoire de rentabilité. C’est seulement pour améliorer l’outil industriel qu’il réoriente des postes.

      Je précise que je ne suis pas un admirateur de TOTAL, loin de là.

    2. Blanc Cassis Says:
      mars 12th, 2009 at 16:20

      Et si on décrétait que la crise automobile n’existait pas, ou mieux, si on obligeait les constructeurs à faire des voitures à 8 roues pour relancer les manufacturiers !
      Quand à Total, je crois avoir entendu qu’elle pourrait mettre son siège en Alberta……..
      L’Etat est-il Citoyen ?

    3. Groucho Marx Says:
      mars 12th, 2009 at 16:24

      Et puis j’imagine bien une « charte de conduite socialement responsable » pour les entreprises, qui convienne à la fois aux socialistes, aux UMP, au Medef, aux organisations syndicales. Ce que je pourrais appeler un tour de force.

      Et qui bien entendu serait remise à jour à chaque législature en fonction de la coloration politique majoritaire. Rien de mieux pour préparer sereinement une stratégie d’entreprise viable à moyen et long terme.

    4. Toréador Says:
      mars 12th, 2009 at 17:32

      Cher Groucho,

      Je ne dis pas que Total n’est pas une entreprise citoyenne. Je dis que justement, on devrait fixer où commence et où s’arrête la liberté d’entreprendre dans ce pays. Et de réformer le modèle de sanction.

    5. Groucho Marx Says:
      mars 12th, 2009 at 17:53

      Toréador,
      Je comprends parfaitement ton point de vue. Et d’ailleurs, le courant actuel serait plutôt à ce type d’argumentation, puisque même notre gouvernement, dit de « droite décomplexée » veut moraliser le capitalisme financier. Alors pourquoi pas toute l’économie, finalement ?

      Mais je n’y souscris pas. Déjà, si je trouve que TOTAL a fait une erreur de communication, elle n’en a pas pour autant fait une erreur morale. Je me permets d’insister mais 550 suppressions de postes ne ressemblent ni de près ni de loin à 550 supressions d’emplois. J’aurais peut-être loisir d’y revenir plus tard.

      « on devrait fixer où commence et où s’arrête la liberté d’entreprendre dans ce pays »
      Et bien je trouve qu’actuellement le code du travail, le code du commerce, le code de la concurrence fixent déjà beaucoup le cadre de la liberté d’entreprendre. Et je crois me souvenir que la quasi-totalité des chefs d’entreprises trouvent la carcan déjà très près du corps.
      Je crois l’avoir dit plus haut, mais je trouve dommageable de devoir inventer une loi qui s’applique à tous pour contrer une éventuelle incartade d’un seul (et je persiste à dire que TOTAL n’est pas fautif dans ce cas là).

      « Et de réformer le modèle de sanction. »
      Tu vois, la première chose qui vient à l’esprit c’est la sanction. Et pourquoi ne pas (ré)former un modèle d’encouragement ? Parce qu’un encouragement serait une porte ouverte à tous les abus ? Ma vision de l’entreprise (peut-être erronée) est que dans leur immense majorité, elles font tout leur possible pour que le climat social soit propice à l’accomplissement des taches qu’elles doit réaliser. Mieux, et plus, ce qui doit normalement se traduire par plus de profit, puisque plus d’investissements.

      Pour finir, j’ai peur que l’empilement des règles, décrets, lois et autres obligations ne soient contre-productives. Nous arrivons à un point où les résultats sont à l’opposé des objectifs fixés.

    6. Toréador Says:
      mars 12th, 2009 at 19:38

      D’où ma proposition d’une forme nouvelle de sanction qui ne passe pas par la taxe. D’ailleurs, sans doute que Total est blanc comme neige dans cette histoire. Quoiqu’il en soit, tu as raison sur le carcan des règles. Mais ce n’est pas irréconciliable avec en contre-partie un allègement pour la création d’entreprise.

    7. Philippe Sage Says:
      mars 12th, 2009 at 21:43

      Total Recall .. Tiens donc .. On a eu la même idée :-)

    8. Gilbert Says:
      mars 13th, 2009 at 14:14

      Pour compléter les commentaires de Groucho Marx !

      2015 : On peut dire que le secteur productif à cessé d’exister. Faillites et délocalisations ont eu raison de notre savoir faire. La sécu et les caisses des retraites sont en cessation de paiement. http://blog-ccc.typepad.fr/blog_ccc/2009/03/2015-on-peut-dire-que-le-secteur-productif-%C3%A0-cess%C3%A9-dexister-faillites-et-d%C3%A9localisations-ont-eu-raison-de-notre-sa.html#comments

    9. h16 Says:
      mars 13th, 2009 at 16:30

      Total Recall … J’avais eu aussi l’idée, elle a du être trouvée par pas mal de monde ;)

    10. Toréador Says:
      mars 13th, 2009 at 16:53

      Les grands Kiwis se rencontrent :-)