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    Paso Doble n°128 : Pas de boogie-woogie avant la capote du soir ?

    Par Toréador | mars 21, 2009

    A las cinco de la tarde…

    L’alternatiVIH

    Maintenant que la polémique sur les propos du Pape s’est un peu apaisée (quoi que…), c’est le moment, je crois, de réfléchir sérieusement et calmement aux données du problème. Pour éviter d’avoir un cancer du poumon, vous avez le choix entre arrêter de fumer ou poser des filtres ou des patchs. Clairement, pour lutter contre la propagation du sida, il y a deux méthodes, sans que je me risquerais à qualifier l’une de supérieure à l’autre.

    La première est l’abstinence : il est certain que, sans relation sexuelle, vous aurez plus de mal à attraper le VIH que si Pétrone est votre modèle dans la vie. La seconde est le préservatif.

    La première, défendue par l’Eglise au nom d’une idéologie de la natalité et de la famille présente le désavantage de ne pas coller aux moeurs de notre époque. La seconde présente le désavantage de ne pas être efficace à 100% et de reposer sur l’intelligence ou du moins la compréhension des gens, une fois dans l’intimité. Ca a l’air stupide, mais on se rend compte que le fonctionnement du préservatif ne va pas de soi. Je rappelle que Louis XVI a mis 10 ans à comprendre comment on faisait des enfants.

    Ma première question sera donc de me demander pourquoi les thuriféraires du préservatif sont furieux que l’Eglise catholique ne défende que la première méthode. A cette question, je ne vois que trois possibilités (si j’en ai oublié, n’hésitez pas à me l’indiquer en commentaires). La première explication est que les propos du Pape, un peu embrouillés, semblaient décrédibiliser la méthode contraceptive. La seconde, qui vaut très certainement pour une frange radicale et libertaire, est que l’Eglise n’a pas à se mêler de sexualité. La troisième est à mon sens la plus partagée : on craint que les propos du Pape aient un effet démobilisateur, c’est à dire que les gens cessent de mettre systématiquement des préservatifs.

    Abstenez-vous !

    Il y a là une forme d’intolérance intellectuelle à ne pas accepter que d’autres prônent des solutions alternatives. Est-elle justifiée ? J’en doute, d’autant que plus j’y réfléchis, et plus je vois des failles dans les trois explications qui pourraient légitimement justifier le tollé. Primo, lorsque l’on regarde de plus près, Benoit XVI n’a pas vraiment disqualifié le préservatif mais a considéré qu’on ne pouvait pas seulement se baser sur cela. C’est tout aussi intelligent ou stupide que de dire que l’abstinence est une méthode honteuse.

    Deuxio, si l’Eglise n’a pas à se mêler de sexualité, alors je ne comprends pas pourquoi on lui demanderait de faire campagne pour le préservatif, qui est une immixtion toute aussi réelle dans la vie privée des individus.

    Tertio, si l’on craint qu’il y ait démobilisation et essor du VIH, c’est qu’en réalité on craint que les gens abandonnent le préservatif, sans réellement passer à la méthode d’abstinence. Ce qui signifierait que Benoit XVI n’est pas écouté. Mais s’il n’est pas écouté – et c’était le sens de mon petit jeu logique intitulé « le pari de Toré – pourquoi ne lui laisse-t-on pas dire ce qu’il veut ?

    Conclusion : charité bien ordonnée…

    En conclusion, je considère que l’une et l’autre méthode sont basées sur des postulats en parti idéologiques qui n’engagent que leurs auteurs. Si je m’en tiens à la stricte efficacité et au droit de développer une pensée hétérodoxe, je pense que la polémique n’a pas lieu d’être.

    Après, là où je serai critique, c’est que je pense que les deux méthodes sont loin d’être inconciliables et que, préconisées de manière commune, elles permettraient de se renforcer mutuellement. Benoit XVI aurait donc été mieux inspiré de s’en tenir à une démarche active plutôt que critique.

    Cette affaire témoigne surtout de la rigidité d’un Eglise dont le message spirituel doit s’accommoder des réalités de l’âme humaine. Le problème de l’Eglise est qu’elle est une institution qui transmet un message. Des siècles d’existence ont alourdi et ultra-détaillé un message évangélique de concepts sur la vie et la conduite en société, au point que le dogme finisse parfois par masquer le salut.

    Changer ce message a un coût politique en termes de crédibilité qui est bien supérieur à celui de la plupart des gouvernements démocratiques car il suppose de revenir sur des années, des décennies, voire des siècles de magistère : regardez en France comment abroger  les 35 heures ou le paquet fiscal est difficile.

    Revenir sur une position c’est grosso modo : 1/ Proclamer que vos prédécesseurs étaient des imbéciles, que vous avez tout compris, et donc que l’Eglise a eu tort. 2/ Assumer le risque de transmettre une Eglise plus divisée que celle dont vous avez hérité, une responsabilité qui ne se mesure pas seulement à l’aune de l’Histoire mais, pour un croyant comme le Pape, l’engage dans l’au-delà. Ceci ne favorise pas, dans une société qui privilégie  l’innovation, l’adaptation du message d’une Eglise pluricentenaire.

    Lire aussi dans la Kiwisphère : l’avis de notre catho de service, et celui d’un libéral pas libertaire, …

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    Sujets: Paso Doble | 10 Comments »

    10 réponses “Paso Doble n°128 : Pas de boogie-woogie avant la capote du soir ?”

    1. Olivier Autissier Says:
      mars 21st, 2009 at 19:07

      Vous êtes vraiment drôles avec votre discours d’abstinence ! Mais qui s’abstient ? Qui le souhaite ?
      Et lorsque l’un des deux ou les deux sont déjà contaminés ?
      Et si donc, pas d’abstinence, quelle solution ?
      La vie est parsemée de risques, et je ne suis pas sûr que même rester chez soi mette à l’abri de tout. Alors les risques, on en prend tous les jours. Et contre eux, que fait-on ? Ben on se protège, de diverses manières selon les risques.

    2. amike Says:
      mars 21st, 2009 at 19:40

      La fidélité est une sorte d’abstinence tout à fait acceptable …

    3. El Ronchon Says:
      mars 21st, 2009 at 22:51

      Vous aimez vous frotter aux habitudes catholiques. Malheureusement, il est fort probable qu’elles vous survivent.

    4. Toréador Says:
      mars 22nd, 2009 at 1:20

      @ Olivier. Si on parle de propagation, je comprends l’abstinence dans un sens contaminé vers non contaminé. Et comme je l’ai écrit, je conçois très bien le préservatif comme un moyen substitutif à l’abstinence/fidélité lorsque ce n’est pas possible.

      @ El Ronchon. Que veux tu dire par là ?

    5. Blanc Cassis Says:
      mars 22nd, 2009 at 7:44

      Sidaction : 3,5 millions € 95 millions du Téléthon
      L’Eglise : chasteté et fidélité dispensaires tenus par les braves bonnes Soeurs infirmières qui font de la prévention, et soignent pour le SIDA, le paludisme, etc….

      Comme on sort de Gaulle régulièrement de son caveau pour refaire la politique française, Un docte Penseur Unique aurait-il sorti Jésus de son au-delà pour qu’il puisse répondre au Pape ?

      Pour ma part, j’ai retrouvé un vieux proverbe :
      « Plus tu te trempes, plus tu te mouilles »
      Il est vrai que la tenue d’homme grenouille n’existait pas.

    6. Benoît XVI : quand le lynchage s’arrêtera-t-il? « Pensées d’outre-politique Says:
      mars 23rd, 2009 at 2:17

      [...] chez les Kiwis, lire les billets de Toreador et [...]

    7. psam Says:
      mars 23rd, 2009 at 10:06

      Vous dites que proner l’abstinence et la fidélité a
      « le désavantage de ne pas coller aux moeurs de notre époque »

      Je n’arrive pas a être convaincu que les moeurs aient changés (je pense que la proportion de libertins et d’infidèles à peu évolué, sauf peut être (et encore) avant 25 ans). Il suffit de lire Molière, Feydeau, …

      Ce qui a changé, c’est l’idéologie . La phrase serait donc « le désavantage de ne pas coller à l’idélogie de notre époque ».

    8. Toréador Says:
      mars 23rd, 2009 at 10:22

      Cher Psam,

      Notez qu’il y a plus de divorcés et moins de jeunes vierges qu’avant. Non ?

    9. Blanc Cassis Says:
      mars 23rd, 2009 at 14:03

      Hors sujet, mais pour le buzz :

      http://www.actu24.be/article/monde/sarkozy,_terroriste_de_la_langue_française/268434.aspx

      Sarkozy, terroriste de la langue française

      EXTRAITS | Le ton de Nicolas Sarkozy ne fait pas l’unanimité ni sur le fond, ni sur la forme. Le président multiplie les erreurs de langage, se permettant quelques fameuses approximations syntaxiques.
      Olivier Deheneffe

      Les professeurs de français de Nicolas de Sarkozy ne doivent pas être fiers de leur poulain. Car Sarko a beau être président de la France, il n’est pas prêt de devenir ambassadeur de la Francophonie… Et on espère pour lui qu’il n’ambitionne pas d’entrer à l’Académie française.

      Sarko manie le français au bazooka, utilise les mots pour frapper les esprits sans se soucier de plaire aux amoureux de la langue de Molière.

      A l’occasion de la Semaine de la langue française, le quotidien « Le Parisien » s’est penché sur les dérapages verbaux de Sarko. Et cette fois ce n’est pas « le karcher » pour les racailles ou le « Casse-toi, pauvre con » qui font débat mais la forme des propos lancés par le président lors de discours tout à fait officiels.

      Morceaux choisis:

       » S’il y en a que ça les démange d’augmenter les impôts »;
      « On se demande c’est à quoi ça leur a servi? »;
      « J’écoute, mais je tiens pas compte ! »;
      « On commence par les infirmières parce qu’ils sont les plus nombreux »;
      Sarko aime aussi manger les mots, on ne compte plus ses « Ch’ais pas », « ch’uis », « m’enfin », « y a »;
      Et puis le président aime aussi tutoyer à tout va: « Attends, attends ! ».
      Face à ce constat, les linguistes s’interrogent: Sarkozy, brillant avocat dans le civil, s’exprime-t-il vraiment comme un charretier? Beaucoup en doutent et avancent une autre explication: le président s’adapterait à son public. Ainsi, lors d’une visite d’usine, Sarko se lâcherait plus volontiers pour « faire peuple ».

      Ses erreurs de français désormais mises en exergue vont enrichir les caricatures de son personnage. Mais Sarkozy, premier personnage de l’Etat, ne pourra pas se permettre d’être ridiculisé à l’instar de son pote Hallyday et de son « ah que Johnny aime chanter »… Alors Sarko va-t-il prendre des cours de français ou arrêter vouloir « faire peuple »?

    10. Toréador Says:
      mars 23rd, 2009 at 14:19

      Sarkozy n’aime guère la francophonie de toutes façons !