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    Paso Doble n°131 : La Désolidollarisation du Monde

    Par Toréador | mars 31, 2009

    A las cinco de la tarde…

    Mardi, c’est Kiwis !

    Cette semaine, j’ai décidé de collecter quelques billets de la kiwisphère et de les assaisonner à ma sauce. Le but du jeu est d’arriver, sans dénaturer le billet, à réunir le plus de Kiwis à partir d’un thème que j’ai trouvé particulièrement bien traité. Cette semaine : cinq Kiwis à l’honneur, Edgar, Seb, H16, Gaulliste libre et Gauche Totalitaire.

    Chinons des billets sur le Net

    Mon collègue Edgar a braqué cette semaine son projecteur sur la proposition chinoise de créer une monnaie de référence nouvelle synthétique, appuyée sur 4 devises internationales, pour remplacer le dollar. Je n’ai guère compris si la Chine imaginait une autre monnaie que les droits de tirages spéciaux du FMI, ou pas – Mais peu importe. Sur le fond, je salue son billet, même si je trouve qu’il a « loupé » sa conclusion,  qui se restreint à un constat sur l’inutilité de l’Europe (les Européens ont défendu le dollar…) .

    De son coté, mon collègue Laurent, qui traite du même sujet, s’est laissé à un exercice utopiste de rapprochement Europe-Chine. Je n’y crois pas, pour la simple et bonne raison que l’hégémonie ne se partage pas, et que les Chinois ont été tout aussi négligents et égoïstes que les Américains en laissant le yuan exagérément se sous-évaluer.

    En réalité, la proposition chinoise doit s’analyser bien au-delà des limites de la seule Europe. Elle répond à la fois à une vraie nécessité économique, mais aussi est le signe d’un basculement géopolitique évident.

    Nec fluctuat sed mergitur

    Sur la nécessité économique, autant le dire comme je le pense, le cours flottant du dollar s’est révélé être une catastrophe. Tigre sorti de sa cage, il a tout d’abord ravagé l’équilibre financier des pays en voie de développement. La politique du dollar fort menée sous Reagan par la FED a accru le surendettement des pays d’Amérique Latine, aux devises indexées sur la monnaie étasunienne. Dans les années 80,  le dollar fort afait exploser la dette du Tiers-Monde. On parle du SIDA, mais le dollar yoyo a plus fait de morts en Afrique que la pandémie.

    Couplée avec son rôle de devise principale dans le commerce international, le dollar flottant a également déresponsabilisé la superpuissance qui était justement chargée de réguler le système économico-financier qu’elle avait elle-même bâtie. En creusant des déficits abyssaux, l’économie des Etats-Unis s’est bâtie sur un endettement gigantesque, une course en avant dans la croissance financée sur du vent.

    Maquillée par la complexité croissante des produits financiers, la bombe à retardement des subprimes a fini par exploser. Désormais, l’Amérique entend racheter cette dette de la manière la plus bête qu’il soit : en fabriquant du dollar. 300 milliards rachetés, comme le souligne Seb. Une inflation monétaire qui permet de supprimer de la Dette en saturant le marché des devises…

    Our money, your problem

    Si personne n’a jamais instruit le procès du dollar, c’est parce que la majorité des économistes de la planète sont américains, et que personne n’ira se tirer une balle dans le pied. Aux Etats-Unis, le libéralisme est un produit d’exportation et le keynésianisme financé par les autres une doctrine officieuse, à droite comme à gauche

    Dans les universités françaises, en revanche, le dogme libéral fait que la flexibilité est moderne, et la rigidité mauvaise. On enseigne à des générations d’étudiants que le système de changes fixes était dépassé, que les étalons or étaient une hérésie*.

    Pourtant, force est de reconnaître cependant qu’en matière de stabilité et de  croissance, si je compare 1944-1971 et 1971-2009, il n’y a pas photo.

    Le soleil se couche à l’Ouest…

    Mais le point le plus important de l’article d’Edgar n’est pas seulement sur l’économie.

    Une révolution politique s’annonce : le système de Bretton Woods est indissociable de la prédominance américaine. Les Etats-Unis sont les propriétaires-bailleurs du système : ils financent le FMI, la Banque Mondiale et leur monnaie est tout naturellement reine en son royaume.

    Leur déclin, accéléré par une gestion hasardeuse de l’appareil productif, ne peut donc que coïncider avec une révolution institutionnelle dont la fin du dollar n’est qu’un aspect : révision des procédures de vote au FMI et à la Banque Mondiale, disparition du G8 au profit du G20. Ce big-bang, s’il se fait, nous atteindra. Ouvrons les yeux : notre siège au Conseil de sécurité est un anachronisme.

    … et se lève à l’Est

    Samedi soir, je suis allé voir « Les trois royaumes », exaltation par John Woo de la Chine antique.

    Depuis plusieurs années, la Chine se met en scène : comme les Etats-Unis au début des années 50/60, elle revisite ses grands mythes, elle sensibilise le monde à son patrimoine par le canal culturel, elle impose par le pharaonisme et le gigantisme de ses productions. Les « Trois Royaumes », outre le fait qu’il est un excellent film, véhicule toute une série de messages :

    - Le choix du sujet, si loin de l’histoire de l’Occident, nous est imposé par la puissance qui maîtrisera demain peut-être l »industrie cinématographique mondiale.  Aurevoir les cow boys, les péplums et les films sur le grand Siècle.

    - La Chine a désormais les moyens de produire du grandiose. Hollywood n’a plus qu’à bien se tenir.

    - Les valeurs véhiculées par les films chinois sont clairement confucianistes : sacrifice de l’individu pour l’intérêt général, loyauté envers le chef, amour de la patrie.

    Oui, la crise des subprimes restera comme le basculement du monde. La Chine rachète à tout va, à l’aide de ses 2 000 milliards de dollars de réserves de change, les entreprises en difficulté. Elle affiche une santé insolente et commence à menacer les Etats-Unis de leur retirer leur suprématie. Elle se bâtit un soft power culturel. Il aura fallu à peine vingt ans pour que le monde se redécouvre une bipolarité…

    *Dans un autre registre, la Commission européenne doit être la dernière au monde à croire au principe de la concurrence pure et parfaite.
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    Sujets: Paso Doble | 8 Comments »

    8 réponses “Paso Doble n°131 : La Désolidollarisation du Monde”

    1. Blanc Cassis Says:
      mars 31st, 2009 at 6:08

      Si les Chinois veulent une monnaie de référence, c’est en effet qu’ils ont peur de la chute du Dollar qui permettrait aux USA de rembourser leur dette à bon compte et faire du protectionnisme.
      Ce que les Chinois ne veulent pas, c’est aussi réévaluer leur monnaie dont le cours ne correspond pas à la richesse de la Chine.
      En Chine, il existe un conflit interne dans le « PC » Chinois. Le PC urbain souhaite poursuivre sa politique industrielle en s’appuyant sur une main d’oeuvre corvéable à merci, issue des campagnes (i milliard d’esclaves) et que l’on renvoie chez elle, manu militari, sans indemnités dès qu’une usine ferme.
      Le PC rural, voudrait que les campagnes bénéficient des progrès économiques de la Chine.
      Le PC Chinois ne souhaite pas se démocratiser de peur de perdre le pouvoir financier et le Tibet est utilisé sciemment comme bouc émissaire pour que les Chinois oublient les dérives financières et politiques de la classe dirigeante actuelle corrompue jusqu’à la moelle. Les neo-conservateurs occidentaux seraient presque considérés comme des centristes en Chine.
      J’espère donc que l’Europe et la France ne rentreront pas dans ce jeu de go planétaire qui pourrait être mortel.
      En effet, indépendamment de leur stratégie monétaire, le PC Chinois essaye de faire main basse sur l’Afrique avec des méthodes encore plus brutales que celles des la Grande-Bretagne et de la France à l’époque du début des colonies.
      Il utilise la Corée du Nord, l’Iran, pour faire trembler l’Occident et le Japon ainsi que la Corée du sud.
      La Russie, forte de ses ressources minières et énergétiques mais vieillissante et dépeuplée, pourrait bien faire rapidement les frais de cette stratégie, ainsi que l’Inde déstabilisée régulièrement par des attentats soutenus par le Pakistan ou à travers le conflit du Cachemire.
      Le PC chinois, tente d’isoler la France de l’Europe pour mieux faire comprendre à l’Allemagne qu’elle pourrait voir sa balance d’exportation très excédentaire se détériorer si elle venait à défendre le Tibet qui sert de prétexte.
      Il nous reste à nous serrer les coudes entre Européens, avoir de saines relations avec les USA et la Russie, développer la coopération avec l’Amérique du Sud et aider au développement adulte de l’Afrique qui pourrait être notre bombe à retardement.

    2. Laurent, gaulliste libre Says:
      mars 31st, 2009 at 7:10

      @ Toréador,

      Je n’ai pas dit que je croyais à ce scénario (j’emploie à dessein le conditionnel). Je crois juste que cela pourrait être la solution pour mettre fin le statut du dollar. En fait, je suis complètement d’accord pour dire que ce rapprochement n’est pas prêt de se faire…

    3. Toreador Says:
      mars 31st, 2009 at 7:28

      @ Blanc Cassis. Les entreprises chinoises ont commencé à brutalement se retirer d’Afrique. La Russie s’est associée à la Chine dans l’OCS. L’Inde et le Pakistan sont rentrés depuis plusieurs années dans un processus de paix, qui est effectivement mis en danger par les extrémistes des 2 cotés. Néanmoins, l’Inde a une dissuasion nucléaire suffisante pour que la Chine ait multiplié par 7 ses échanges commerciaux depuis 10 ans.

    4. edgar Says:
      mars 31st, 2009 at 11:37

      Eh kiki, ce n’est pas parce que je relève que le position européenne sur le sujet est idiote que je n’ai pas remarqué que l’enjeu de la proposition chinoise est mondial.

      C’est bien parce que l’enjeu est à la hauteur des problèmes d’aujourd’hui que la position européenne est inacceptable.

      Pour les considérations géopolitiques de blanc cassis, elles relèvent du comptoir où l’on sert ce genre d’apéritifs.

      Si dans trente ans la Chine a assis sa croissance sur la demande intérieure et que le yuan remplace le dollar, on regrettera de ne pas avoir choisi l’option panier de devises en écoutant les clausewitz du mardi matin.

    5. Toréador Says:
      mars 31st, 2009 at 14:04

      @ Edgar. Si j’étais 100% d’accord, ce serait louche non ? Déjà, sois heureux : je fais ma une sur toi !
      J’adore la petite pique en fin de commentaire. In cauda venenum.

    6. edgar Says:
      mars 31st, 2009 at 16:13

      sur internet, personne ne sait que vous êtes…un serpent

    7. Blanc Cassis Says:
      avril 1st, 2009 at 3:34

      @ Edgar : j’aurais préféré comptoir du cybercafé :-)

    8. Olé n°147 : Cinéma Paradiso | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” Says:
      avril 1st, 2009 at 10:20

      [...] La vraie urgence est la refonte du système financier international, la redéfinition du rôle du dollar, et la problématique de la relance coordonnée. Or, ce sont des points de l’ordre du jour [...]