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    Banderille n°299 : Maximilienne de Robespierre ?

    Par Toréador | avril 18, 2009

    La technique de Jericho

    Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu une bonne ségolade à nous mettre sous la dent. Heureusement, privée de parti, Ségolène Royal entend faire exister sa faction. Un mélange malhabile d’orgueil démesuré, de goût du scandale et de moralisme revisité l’a ainsi conduite par deux fois à présenter ses excuses à l’étranger pour des propos tenus par Nicolas Sarkozy. 

    Qu’importe le fond de ce qu’elle critique, la technique est la bonne : en transgressant le code des us et coutumes de la vie politique, Ségolène Royal parvient à faire parler d’elle à peu de frais tout en se positionnant sur un créneau politique singulier, celui de la Dame des Vertus. 

    Admirons donc au passage tout la subtilité venimeuse de sa stratégie qui consiste à prendre d’assaut la scène nationale par l’extérieurune vieille antienne dans l’ »arsenal Royal » de conquête du pouvoir – tout en empruntant à Sarkozy ce qu’elle lui reproche, l’art de la transgression. 

    Royal est adepte de la technique de Jericho pour prendre les place-fortes qui lui résistent : tourner autour en soufflant dans des cors de chasse.



    La repentitude

    Ceci étant dit, je ne sais trop si nous devrions nous réjouir d’avoir deux voix de la France, un canal officiel et un canal réservé à Jeanne d’Arc et à la « résistance à l’occupant ». Non seulement nous devons apparaître comme passablement ridicules à l’étranger, mais notre message politique risque de se déligitimer de lui-même. La route est droite, mais la repentitude est pentue…

    Mais n’est-ce pas finalement l’objectif de Ségolène ? Provoquer la Crise qui la placera en état de sauver ce pays ?

    Dé-légitimer. Telle est l’arme de guerre que Ségolène Royal entend opposer à tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont été en mesure de questionner son ambition d’accéder au pouvoir suprême, qu’il s’agisse de Martine Aubry (« Nous avons rassemblé la moitié des voix et sans doute un peu plus…« ), de Nicolas Sarkozy, ou d’un simple journaliste (« M’auriez vous posé cette question si j’étais un homme ? »).

    Il y a finalement chez Ségolène Royal, la femme des jurys-citoyen, un déni de réalité et un idéalisme un peu illuminé qui la rapproche de Maximilien de Robespierre, l’homme des comités de salut public. Les deux ont en commun un parcours peu éblouissant et des idées très générales et très théoriques sur la société.

    Qu’on se le dise, comme Robespierre, Royal se sent investie par un Peuple idéalisé dont elle entend être la Pythie de Delphes unique. Son peuple ne se partage pas. L’ordre juste est-il un ordre de Saint-Just ?

     

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    Sujets: Banderille, Toréador critique la Gauche | 9 Comments »

    9 réponses “Banderille n°299 : Maximilienne de Robespierre ?”

    1. walkmindz Says:
      avril 18th, 2009 at 20:30

      Métaphore douteuse et diversion évidente
      À la croisée de chemins handicapés par un passif, plus qu’un passé, les options de mutation offertes sont restreintes.
Entre un jusqu’au-boutisme originel pillé par les niches modérément extrémistes et le copier/coller de façade de la fenêtre d’en face relevant plus du marketing que la pratique citoyenne pour tous, on peut considérer que nous assistons aux effets secondaires de l’excès de suffrage universel.
      La troisième voie, celle de la remise en question structurelle et l’analyse personnelle du parti est aussi utopique qu’hypocrite car les résultats de ce type d’opérations de fond forceraient la masse à la même autocritique qui dérangerait sa sieste existentielle.
      La suite ici :
      http://souklaye.wordpress.com/2009/03/21/best-of-anticipation-le-parti-socialiste-sera-droite-ou-ne-sera-pas/

    2. Toréador Says:
      avril 18th, 2009 at 21:01

      Pas besoin cher lecteur, voici le billet de Walkmindz réécrit par votre serviteur et dépassé de ses fioritures pédantesques :
      Le même billet, réécrit et débarrassé de son pédantisme :

      En cette veille d’élection européenne, faisons le point sur le clivage droite/gauche et ses artifices idéologiques.

      Par exemple prenons au hasard, un parti devenu une coquille vide qui fait de la trahison un mode de promotion. Je veux parler du PS, prisonnier de son héritage, qu’il a du mal à le concilier avec ses tentations libérales.

      Le P.S est à un carrefour peuplé d’impasses. D’un coté, la voie radicale, de l’autre coté la tentation de copier la Droite. En fait, il s’agit là, selon moi, des conséquences du suffrage universel.

      La voie intermédiaire, qui entend « rénover », est en effet une hypocrisie et un utopisme car cela supposerait que les militants se remettent en cause.

      Le parti en est réduit au conflits de personnes, à la fois captivant et ridicule, un conflit d’images et de perceptions.
      Du coup, c’est le royaume du coup d’éclat médiatique permanent.

      Gouverner un peuple par la démocratie dans un monde globalisé est dépassé parce que ce qui compte c’est finalement plus l’étiquette démocratique que les idées qui la sous-tendent.

      On a banalisé la démocratie et donc tué le politique dont ce que nous avons aujourd’hui n’est plus que l’écume d’un mouvement.

    3. Mancioday Says:
      avril 19th, 2009 at 3:51

      Le premier pardon était légitime compte tenu de ses origines. Le second est totalement démago et n’aura impact positif. Dans le fond Yves Jégo a raison, elle se tourne en ridicule en faisant cela.

    4. Pierre Says:
      avril 19th, 2009 at 14:50

      Moi je dirais juste une chose : Vive Robespierre, Vive les Jacobins, et à bas les Royalistes !

    5. h16 Says:
      avril 19th, 2009 at 20:31

      Je note que cette Ségolène réussi fort bien à fédérer les kiwis ; on retrouve le thème chez moi et chez le Gaulliste, avec dans les trois cas un traitement différent :)

    6. Belgo5.0 Says:
      avril 19th, 2009 at 20:57

      je l’savais que tu avais peur des femmes.

      Elle te castre, hein…

      ça esplike le blaze « toréador » : transfert..

    7. Erick Says:
      avril 20th, 2009 at 11:01

      « L’ancien ministre socialiste Jack Lang a demandé lundi « à nos amis espagnols » d’excuser et de pardonner Ségolène Royal du « faux pas » après que elle a présenté ses excuses à José Luis Zapatero, pour des critiques qu’aurait tenues Nicolas Sarkozy. »

      AP repris par Yahho! Infos

    8. Une Royale exaspération « Pensées d’outre-politique Says:
      avril 20th, 2009 at 12:48

      [...] par un Peuple idéalisé dont elle entend être la Pythie de Delphes unique”, comme dirait Toreador. Mystique, Ségolène [...]

    9. Oppossum Says:
      avril 20th, 2009 at 21:15

      Le coup est bien joué à moyen terme , car très bien reçu par tous ceux avec lesquels , et ils sont nombreux chez les socialistes, elle entretien un lien affectif.
      Consternation chez les autres (socialistes) , mais consternation envieuse.
      Envieuse et admirative , car comme justification, elle se contente de se situer tout naturellement dans le sillage du sarko-bashing névrotique, que ses petits camarades pratiquent quotidienement mais qu’ils mettent en veilleuse juste sur ce coup-là.

      Elle admet même (sur la 2 , ce soir) que sarko n’aurait fait que ‘reprendre’ une phrase initiée par un interlocuteur … mais au fond, on s’en fout non ? Parce que ça colle bien à la vulgarité du reste , même si probablement il ne s’agissait effectivement que d’un bon mot .

      Après tout sa réaction d’un burlesque sans grande conséquence témoigne à la fois d’une saine fausse naïveté et d’une intuition bien calibrée.

      Et en fin de compte elle oblige pas mal de monde à se démasquer et force une clarification plutôt salubre : Sarko n’a probablement pas été animé par un désir d’insulter Zapatero … mais il serait bon qu’il cesse d’utiliser ces talonettes douteuses pour se sentir supérieur aux autres dirigeants.

      … et en ce qui concerne ses excuses à Dakar, là aussi , même si son culot frise l’irresponsabilité, il faut avouer que cela nettoie un côté assez désagréable du discours de Sarko à l’Afrique, qui avait un aspect très paternaliste dans sa franchise.
      Il y a des façons de dire la vérité qui, sans être ni injurieuses ni malveillantes, sont strictement inutiles, sauf à se donner l’image de « celui qui dit les choses ».

      Objectivement bien joué me semble-t-il , malgré le petit tollé probablement organisé , de façon tout à fait compréhensible, en catastrophe par qui vous savez avec le concours de qui vous savez , ce qui se comprend encore mieux !

      Bon ma bienveillance envers icelle, n’est due qu’à une perspective , un savoureux contraste entre l’effet menthol d’une Icône Royale Givrée et le marigot des vieilles bêtes fatiguées du PS, accrochés pathétiquement les unes aux autres.