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Paso Doble n°134 : Le passif d’une illusion
Par Toréador | avril 22, 2009
A las cinco de la tarde…
« Qu’est-ce que le Tiers État ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À être quelque chose.»
Emmanuel Joseph Sieyès : Qu’est-ce que le Tiers État ? (1789)
Soyons réalistes, exigeons le possible
Je vous parle d’un temps que les moins de dix ans ne peuvent pas connaître. La mondialisation en ce temps là, accrochait ses lilas aux balcons des fenêtres.
Exercice – Relisez cet article de l’OCDE d’il y a deux ans et goûtez-en le caractère résolument irréversible : « Le moment semble donc idéal pour procéder à des réformes, et plusieurs pays de l’OCDE vont effectivement dans ce sens. Tous les pays doivent en permanence s’ajuster au contexte mondial, mais pour certains, les réformes sont particulièrement nécessaires (…) Des intérêts acquis, les inquiétudes des personnels ou des dispositifs institutionnels profondément enracinés et difficiles à modifier peuvent encombrer la voie des réformes (…) L’expérience montre que la libéralisation des marchés de produits est un bon précurseur des réformes du marché du travail. En effet, l’intensification de la concurrence comprime les marges des entreprises et oblige les travailleurs à modifier leurs revendications. En outre, ces réformes stimulent la demande, elles accroissent l’emploi et les salaires, facilitant ainsi les réformes suivantes.«
Le grand principe simplificateur du discours public se fondait tout entier sur l’idée d’inévitabilité.
Exemple :
La mondialisation était irréversible;
Les réformes structurelles étaient indispensables;
L’adaptation au nouvel ordre économique mondial était incontournable…
C’était une époque où le débat n’était plus marqué par l’utopie mais par le possible et le devoir. L’euro, la déflation compétititive, le respect des règles de Maastricht, l’Etat modeste. Il n’y avait pas d’autre politique possible.
Eux
Pendant ce temps-là, on mégotait sur la situation de ce qu’on appelait autrefois le « Tiers-Monde », fragilisé par les évolutions incohérentes du dollar. Alors que l’aide publique au développement était de 80 milliards de dollars en 2004, le montant annuel du remboursement de la dette était d’environ 370 milliards.
2,5 milliards de personnes, soit 40 % de la population mondiale, vivaient avec moins de 2 dollars par jour. 1,1 milliard d’entre eux vivaient avec moins de 1 dollar par jour. Ceux-là n’ont guère profité des décennies de dérèglementation : Selon le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le développement), l’écart des revenus entre les 5% les plus riches et les 5% les plus pauvres de la planète atteint aujourd’hui 74 pour 1 en 2005, contre 30 pour 1 en 1960.
Une sous-préfecture, trop loin
Pourquoi vous dis-je ceci ?
Parce que le FMI a estimé que les dépréciations d’actifs ont coûté 4 054 milliards de dollars à la Finance mondiale, dont les 2/3 pour les banques. Les Etats ont donc englouti 1 351 milliards de dollars.
Connaissez-vous la dette cumulée du Tiers-Monde ? 2 800 milliards de dollars.
En d’autres termes, si les Etats avaient consacré au traitement de la pauvreté ce qu’ils ont gaspillé pour « corriger » les effets néfastes de la Finance, ils auraient pu effacer la moitié de la Dette de 5 milliards d’individus.
L’utopie était possible, mais nous ne l’avons pas vue.
1 350 milliards, c’est aussi faire vivre quasiment pendant 1 an 40% de la population mondiale.
C’est 17 ans d’aide publique au développement.
D’après l’ONU, les donateurs devront augmenter leur contribution à l’aide au développement de 18 milliards de dollars par an d’ici 2010 s’ils veulent honorer les engagement pris précédemment. Soit un peu plus d’1% de la somme consacrée aux subprimes. 1% pour réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015, par exemple.
Si les pauvres du monde n’étaient pas si ignorants de tant d’injustice, je crois qu’eux-aussi, ils auraient dévasté la sous-préfecture de Compiègne.
Heureusement pour nous qu’ils ne peuvent pas lire les rapports de l’ONU et du FMI : quatre africains sur 10 ne savent ni lire, ni écrire…
Tags: chiffres, développement, libéralisationSujets: Paso Doble | 10 Comments »





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avril 22nd, 2009 at 17:23
Bon. Billet émouvant et profond à défault d’être réaliste…
Car tu sais comme moi que ce n’est pas en arrosant les pays pauvres de liquidités (4000 ou même 10.000 milliards de dollars) que ca fera partir la machine.
Les injustices, les vrais, sont à chercher dans les accords de l’OMC qui bloque de manière complétement scandaleuse la compétition mondiale sur les matières premières et repousse de ce fait les pays qui n’ont pas encore grand chose d’autres pour se battre.
Ca remonte aussi à la sécurisation des pays, le respect des frontières, l’arrêt de la corruption. Bref le billet vert n’est pas La solution, même si il y contriburait je suis d’accord avec toi.
avril 22nd, 2009 at 17:26
Très juste et en plus en raisonnant de manière Cynique voilà ce que je peux dire: Effacer la dette de pays pauvre, c’est leur donner de l’air, et donc y créer des facilité de croissance .. Oh miracle et qui en profiterait en partie ? devinez qui: EUX, NOUS et les autres.
avril 22nd, 2009 at 17:31
Seb, quand tu supprimes la dette tu « n’arrose pas de liquidités » les pays pauvres, mais leurs débiteurs à la limite !
avril 22nd, 2009 at 17:33
Seb, peu de gens se demandent pourquoi des bateaux de pêche UE se font pirater dans l’océan indien… Et pourquoi les bateaux de pêche sénégalais servent à remonter les côtes vers l’UE.
avril 22nd, 2009 at 18:00
@ Dagrouik. Ce que je voulais montrer avec ce billet c’est que le débat actuel qui porte sur l’injustice sociale nous frappe par la proximité de la douleur. Mais si nous avions mieux connaissance des inégalités mondiales, nous nous rendrions compte de la répartition immmorale des revenus sur cette planète.
avril 22nd, 2009 at 19:09
Bonjour Toréador,
VOir ceci :
http://www.city-journal.org/2009/bc0410gs.html
S’il était aussi simple, le capitalisme et ses états se saigneraient à blanc pour le faire. Hélas l’économie ne ment jamais.
avril 22nd, 2009 at 19:47
Cher Fantôme
L’article ne parle pas de la réduction de la dette mais de l’APD. Il est donc partiel.
En outre, si je suis son raisonnement, il faut supprimer le rmi et les minima sociaux ?
C’est la technique de la jungle économique appliquée au globe…
avril 22nd, 2009 at 23:37
Ce genre de comparaison a toujours un effet sidérant : la force objective des chiffres vient saper toute résistance au vertige devant le spectacle de cette montagne de malheur.
Tellement Kolossal que notre misérable culpabilité ne peut en éponger que quelques minuscules gouttes.
Le problème est que sans être fausse, cette présentation est un peu déformante :
- d’abord les milliers de milliards qui semblent déversés pour pallier à la destrution de valeur, bien que paraissant sortir magiquement comme le lapin du chapeau du magicien, sont en réalité produits dans la douleur, la précipitation, et, en fin de compte ne sortiront, après un long et tortueux chemin que de notre poche. Le prix payé est considérable (J’ai lu que les américains « pourraient » voir leur niveau de vie baisser, à terme, de 50%) et les risques de faillite d’Etats se profilent …
Bref ce qu’on fait pour nous meme ne peut être comparé à ce qu’on aurait pu faire pour les pays les plus pauvres.
- Ensuite , je suis persuadé que la dette des pays pauvres n’est pas le fond du problème . Le problème c’est un fonctionnement. Il y a dette et dette, comme dit l’autre … bref, on aurait beau tout rembourser qu’une situation identique se serait reconstitué . Le système (que l’origine en soit un excès ou un devoiement du ‘libéralisme’ -je suis prudent H16 rode souvent chez Toré ces derniers temps-) produit cette situation avec non pas la complicité mais le renoncement culturel de ces pays dont l’identité est depuis lontemps plus ou moins dissoute et dévalorisée par les valeurs et les signes de réussites, démocratie, liberté, niveau de vie, espérance de ceci, émancipation de cela et tout le patchoul qu’on exporte en même temps qu’on marchande avec eux. Un peu comme l’eau-de-vie chez les indiens.
La globalisation c’est aussi ça : une course effrénée de toute la planète pour sauter à la fois tous les stades de toutes les évolutions en même temps .
Finalement l’archaïsme, le refus, le fondamentalisme religieux, le négationnisme, le complotisme, le terrorisme sont des réactions quasi ‘humanistes’, des vents de fraîcheur, des havres de paix, des attitudes de bon sens, des protections légitimes contre les marchands souriants et cyniques et les droit-de-lhommistes emplis de compassion et de culpabilité.
Je m’égare comme à chaque fois, mais tu m’as compris Toré !
Ainsi donc, l’écart de 1 à 30 passant de 1 à 74 entre les extrêmes en 45 ans n’ a aucun sens en lui même. D’ailleurs la crise, bonne fille aura tôt fait de tout niveller par bas, en rendant
avril 22nd, 2009 at 23:49
… (suite après une fausse manoeuvre … je suis un balot )
… D’ailleurs la crise, bonne fille aura tôt fait de tout niveller par le bas, en rendant donc au néant ce qui n’était qu’illusion !
Bref, il ne s’agit pas d’une Utopie qu’on aurait négligemment laissé passer, il s’agit d’un joli saccage auquel on a donné opiniâtrement toutes ses chances.
Bon je veux bien admettre que ça partait de bons sentiments , entre autres. Celui de vaincre la pauvreté , de promouvoir la démocratie et un certain idéal de l’homme émancipé et … satisfait dans ses besoins …
Mais bien entendu, Toré, je ne me sens pas pour autant en désaccord avec toi.
avril 23rd, 2009 at 0:17
Hum effectivement ces chiffres reflètent des réalités différentes. On notera que les américains « acceptent » de réduire de moitié leur niveau de vie pour sauver leur modèle de consommation mais pas pour partager avec leurs frères du sud.
Après, on peut penser que les mêmes causes produiront les mêmes effets, mais le surendettement trouve sa racine dans la politique de dollar fort menée par la FED sous Reagan. C’est la fin du système du dollar indexé sur l’or qui a causé la perte économique du Sud.