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Banderille n°307 : Les Médiocrates
Par Toréador | juin 16, 2009
I(nnocence)-Télé
J’aime le journal d’i-télé, surtout parce que je connais un peu Laurent Bazin et que je le trouve très équilibré (quoiqu’un poil de droite). C’est donc un journal que je suis avidement tous les matins.
Hélas, i-télé m’a déçu. La chaîne a fait très fort récemment dans l‘à peu-près journalistique*.
Premier exemple : l’airbus tombé à la mer. Dans un premier temps, la chaîne s’est jetée (comme d’autres sans doutes) sur la non-info nimbée de mystère total. Nuit et brouillard. Elle a fait défiler dans la lucarne toute une série d’hypothèses qui se sont révélées infondées. On retiendra pour mémoire la foudre et le givre**. Et je passe sur les débris de bois triomphalement présentés comme des restes de l’avion englouti…
Et le flot con … tinue…
Deuxième exemple : la grippe A en France. Branle-bas le combat. Hier, la chaîne a bombardé l’opinion avec des bombes à pandémie et des armes de terreur massive (premier cas en France ! 7 collégiens touchés !) avant de s’apercevoir (il suffisait d’interroger les médecins) que nos 7 nains ont eu un peu de fièvre et se portent comme un charme.
Dernier exemple : Hortefeux, interrogé sur le plateau de cette même chaîne, a eu le malheur de répéter que, lorsque votre déficit social double en un an, vous n’avez guère d’options sur la table à part augmenter les cotisations, la durée de cotisation ou baisser les pensions. Le « scoop », remodelé, a été qu’Hortefeux annonçait le passage à la retraite à 67 ans… info démentie ensuite par l’intéressé. Pendant ce temps là, Nicolas Sarkozy a fait un discours incroyablement lucide à l’OIT… Et nul n’en a parlé !
L’été iranien et Joe Assassin
On se demande parfois si le story-telling n’a pas pris le pas sur le journalisme d’investigation. Sur l’Iran, je n’ai pas vu par exemple un défenseur de Mahmoud Ahmadinejad ni même l’ambassadeur d’Iran. Juste des journalistes en duplex expliquant (depuis Téhéran) qu’ils avaient vu passer un corps qui était peut-être mort.
Envoyés TRES spéciaux dites-donc !
Les cigales de la presse chantent donc l’été iranien. Elles ont envie de croire qu’elles vont commenter en direct la chute du régime islamiste en Iran, un nouveau mur de Berlin en prime, juste au poil entre Rolland Garros et le Tour de France. Je crains qu’au contraire, en excitant le peuple et ses folliculaires, on ne finisse par accélérer la répression brutale d’un régime désemparé.
Mais une tragédie, c’est pas mal non plus pour les médias (le printemps de Prague ça se « vend » aussi bien que la grève de Solidarnosc).
Courbe-toi, fier Sicambre !
La presse écrite n’est pas en reste. Je signale à ma fort modeste audience que depuis des semaines, votre serviteur n’a plus l’heur de plaire au maître du seul journal du web, Vendredi. On ne répond plus à mes mails***. D’ailleurs, je ne suis plus publié. Pourquoi ? Précisément, depuis un fameux billet (Vendredi, Abuzz de confiance) où je me suis permis de critiquer la main qui ne me nourrissait pas**** mais que j’alimentais.
Déception. Moi qui croyais participer à l’émergence d’un nouveau média, je découvre que Vendredi ne sélectionne pas le « meilleur de la blogosphère » mais se contente de reproduire ceux qui vont « dans le bon sens« . Ce que d’aucuns reprochent à Sarkozy, Vendredi – et les médias en général – le reproduisent à petite échelle.
Sarkozy a embauché Besson dans son équipe, mais ce n’est visiblement pas la politique de Robinson Crusoë.
Je remarque que mon collègue Sébastien, de Kiwis, n’existe aux yeux de Vendredi que lorsqu’il critique Sarkozy. C’est nier sa subtilité intellectuelle. Le journal entier est devenu progressivement un creuset d’anti-sarkozysme. Cela ne fait pas une ligne politique (ask to PS), et, sans surprise, cela ne saurait constituer une ligne éditoriale. Sur 85 votants à mon sondage dédié au journal, vous n’êtes d’ailleurs que 24 (28%) à le lire et l’apprécier.
Bref, vous l’aurez compris, je m’interroge sur la plus value de ma lucarne de télévision et sur l’indépendance de la presse écrite. Et maintenant, sans transition, une page de publicité…
* Et je ne parle même pas de la météo qui se trompe 1 fois sur 2 !
** Pour ma part, je m’en tiens à ma circonspection originelle et je pense que le plus logique serait que l’avion se soit disloqué en plein vol à cause d’une vitesse excessive, suite à un mauvais fonctionnement des sondes.
*** Je précise toutefois qu’on m’a invité le 4 juin pour fêter chez eux je-sais-plus-quoi. Vu leur attitude des derniers mois, j’ai estimé que cela ne valait pas de sortir du placard mon costume de torero et mon masque de Vendetta.
**** Tous mes revenus ont été reversés, via Sébastien de Ca Réagit, à des ONG.
Tags: Airbus A447, Grippe A, Hortefeux, indépendance, Iran, Mahmoud Ahmadinejad, OIT, qualité de l'informationSujets: Banderille, Toréador critique littéraire et médiatique | 8 Comments »





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juin 16th, 2009 at 13:18
Si ça peut te rassurer, tu n’es pas le seul à n’avoir plus été publié depuis quelques temps
Ca vient, ça va. Faut pas s’en faire.
juin 16th, 2009 at 16:42
Sur la suffisance journalistique, voir le billet de Philippe Bilger ce jour: http://www.philippebilger.com/blog/2009/06/la-cur%C3%A9e.html
J’en retiens ce paragraphe « La presse écrite se serait-elle moquée d’Alain Minc qui se repaît de la défaite de François Bayrou ? Aurait-elle jugé ridicule l’intervention de Guy Bedos qui ridiculise volontiers les autres ? Je ne crois pas. Ce sont des tâches subalternes pour des journalistes qui prétendent ne pactiser qu’avec l’intelligence et laissent le menu fretin de la vie et de la pensée, la comédie sociale, politique et médiatique, à l’instantanéité d’Internet et des blogs. » qui résume bien l’autisme qui règne dans ce milieu.
Bilger termine en déclarant (il parle des blogs et d’Internet): « Mais il y a une grande force dans notre faiblesse. On ne se plaint pas. ». Je pense que nous sommes plusieurs à partager son avis.
juin 16th, 2009 at 17:56
Salut,
A vrai dire, personne, à part les anti-sarkozystes professionnels, n’est publié chaque semaine dans Vendredi.
Tu as raison pour la ligne éditoriale, autant que lorsque tu dis que je suis publié que lorsque je chie Sarko (ou le système capitaliste). Peut-est ce piquant de lire et de voir les mecs du camp d’en face se questionner sur ce que eux considèrent comme des faits immuables.
Mais en même temps, Rosselin ne fait pas mystère de tout cela, il dit même dans son dernier numéro, avoir souhaité créé un Canard enchainé du web. Nous y sommes !
Donc oui Vendredi est un canard orienté politiquement. Mais il l’assume donc, dur de leur en faire procès il me semble.
juin 16th, 2009 at 18:01
Ce qui pose problème, en l’occurrence, est l’absolue hémiplégie de la presse en France.
Ou bien on a des étatolâtres figaroliens qui encensent bêtement l’action sarkozienne, ou bien on a des étatolâtres libérationiens ou lemondistes qui compissent chaque fait et geste du camp d’en-face. On y ajoutera toutes les nuances (du pastel au plus sombre) de ces deux parfums et on aura fait le tour.
Aucun autre type de discours. Vendredi/Rosselin ne se démarque pas de ce point de vue. Effectivement, il est honnête puisqu’il le sait et le dit, mais ça fait toujours un de plus.
juin 16th, 2009 at 22:51
Je lis le canard enchaine et j’aime ! je ne le trouve pas oriente
juin 17th, 2009 at 21:27
Oui, mais justement, le Canard est l’exception qui confirme la règle : il ne vit que de ses ventes. 0 subventions, 0 pubs.
Je ne partage pas sa ligne, et pas toujours ses avis, mais je reconnais au Canard une bonne qualité générale et des infos pertinentes. C’est, quasiment, le seul journal intègre que je connaisse en France. Par contraste, ça en dit long sur les autres pour lesquels Gamelle est autant ce qu’ils font que ce à quoi ils lapent.
juin 18th, 2009 at 9:25
Je suis bien d’accord.
Et puis le Canard enchaîné n’a pas de parti pris, sinon celui de l’indépendance. Certes, il est alimenté et donc peut-être en partie manipulé, mais c’est pour moi le Canard le plus utile de la république.
C’est aussi le seul qui permet un véritable pont démocratique. Normalement, le secret des alcôves est réservé aux initiés. Le Canard, lui, vend pour 1€20 ces secrets à qui veut les connaître. Quelque part, il rééquilibre l’asymétrie d’information.
juin 20th, 2009 at 12:44
sacré billet.
bon, c’est une grande question que tu soulèves : peut-on être objectif ? Je ne crois pas, et si la presse est subjective, c’est aussi parce que nous aimons ça. Le Figaro c’est à droite et Libé à gauche, c’est pratique.
Dans mes articles « monde » je me réfère souvent a des agences de presse russes ou chinoises, leur subjectivité confrontée à la notre est riche d’enseignement.
Quant au Canard, il n’est pas objectif et il est aussi manipulé d’une certaine manière. Il faut donc en tenir compte, dans la page 2, pour deviner a qui profite la vacherie écrite (peut-être la source ?).
Le journaliste ne peut pas être objectif, mais ce qu’on lui demande c’est d’être honnête, ce qui est un peu différent.