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    Paso Doble n°150 : La Buzzocrassie

    Par Toréador | septembre 21, 2009

    A las cinco de la manana…

    Sage comme une image

    Il se trouve que Philippe Sage et moi avons relevé tous les deux une même phrase prononcée lors d’un entretien sur la Matinale de Canal +. Philippe, qui n’était pas d’accord avec l’auteur de la phrase (Henri Guaino, pour ne pas le nommer) en fait un billet. Et comme je suis d’avis contraire, voici en miroir ma contre-analyse.

    Qu’a dit Guaino, à propos de la vidéo d’Hortefeux ?Je trouve qu’on rentre dans une société étrange dans laquelle on ne peut plus rien dire, plus rien faire … Vous savez, la transparence absolue, c’est le début du totalitarisme. La transparence, ça veut dire qu’il n’y a plus d’intimité, plus de discrétion, plus rien n’a d’épaisseur dans la transparence, à commencer par les êtres, d’ailleurs …

    Contrairement à Sage, j’ai trouvé cette phrase pleine de bon sens. Et je m’insurge lorsque mon cher confrère blogueur explique que nulle part sur l’internet on ne trouverait une « volonté de transparence« . Au contraire : c’est toute la société (et pas seulement l’internet) qui exige la transparence de l’action publique. Le citoyen estime qu’entre deux élections, il a un droit permanent à l’explication, une espèce de droit de regard sur l’action des gouvernants.

    Le coup d’image permanent

    Qu’il s’agisse du voyeurisme de certains magazines (que j’analyserais comme l’appropriation par la plèbe de la vie privée de son élite), des demandes continuelles pour que soit levé tel ou tel secret défense (aucun secret ne peut tenir face à l’opinion), de l’émergence de ce que les américains appellent « accountability » : tous les signaux vont dans le même sens.

    Je mettrais volontiers dans la même famille la télé-réalité (ou la manière de bâtir sa notoriété non pas sur son talent, mais sur son vide tout en exposant sa nudité*), la dictature des sondages (où l’on prend pour parole d’évangile non pas ce que disent les gens mais ce que « quizze » la masse), et les blogs (ou le déni de la fonction sociale du journaliste, que n’importe quel citoyen saurait occuper).

    La souveraineté a été royale puis nationale. Et maintenant la voici opinionale.

    Bottom-Up Totalitarism

    En introduction, deux bémols par rapport aux dires de Philippe. Nicolas Sarkozy, comme Philippe le relève, s’est lui-même fait l’apôtre de la transparence, il est vrai. Mais on notera qu’il s’y est brûlé les ailes : son divorce l’a mis quelque temps en difficulté, et ses pépins de santé ont pris des proportions gigantesques. De plus, Philippe Sage omet – volontairement ou involontairement – de préciser que Guaino a été plus prudent que ce qu’il laisse entendre. La transparence absolue c’est LE DEBUT du totalitarisme.

    Mais là n’est pas l’important. Car en se focalisant trop sur la transparence, Philippe Sage ne s’est pas interrogé sur celui de totalitarisme. Le mot semble en partie mal choisi par le scribe du Président : un régime totalitaire tente de s’immiscer jusque dans la sphère intime de la pensée, il est vrai, mais  c’est toujours pour imposer une idéologie.Or là, quid ?

    Sauf que le totalitarisme que pointe Guaino n’est pas ce old fashioned totalitarisme mais un type nouveau, une idéologie a-idéologique venue de la foule qui fait de la masse son principe et son but. La dictature du « on », cette masse informe qui bruisse & buzze sans forcément savoir où elle va et ce qu’elle veut mais qui interdit à son élite de la diriger au nom de l’égalitarisme.

    Voilà mon interprétation de la « prophétie » de Gaino : le risque que nos démocraties représentatives périssent d’un mouvement populaire mais incontrôlé de simili-démocratie réelle. Ce Fuhrër là ne saurait être tué dans un attentat, car chaque citoyen, tel le Janus de l’Antiquité, en deviendra le bourreau et l’avatar.

    Nous sommes tous des « Small Brothers »

    * Notez que le concept même de « secret story » est là encore de dévoiler tout sur chacun.
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    Sujets: Paso Doble | 9 Comments »

    9 réponses “Paso Doble n°150 : La Buzzocrassie”

    1. Oppossùm Says:
      septembre 21st, 2009 at 8:15

      Excellent.

    2. Toréador Says:
      septembre 21st, 2009 at 8:50

      Oppossum est revenu :-) yeah !

    3. L'hérétique Says:
      septembre 21st, 2009 at 10:22

      J’opine du chef pleinement à ce que tu as écrit.

    4. HERMES Says:
      septembre 21st, 2009 at 10:53

      Excellent texte! Ayant eu l’intention d’écrire sur ce thème, inutile que je le fasse. Seulement la transparence qu’évoque Guaino est purement conjonturelle: totalitaire quand elle menace le pouvoir… mais que dit-il de l’exhibitionnisme de Sarkozy qui, à l’instar de la télé-réalité, est le signe de cette transparence, de cette omniprésence totalitaire?

    5. Toréador Says:
      septembre 21st, 2009 at 12:37

      Sarkozy est plus le symptôme d’une société, un « enfant de la télé » pour reprendre le titre d’une émission célèbre. Il surfe sur la vague mais n’a pas de réflexion sur H20 !

    6. Bob Says:
      septembre 21st, 2009 at 15:27

      Pas totalement convaincu.

      Considérons ces deux types de transparence :

      – la transparence top-bottom : le « old fashioned » totalitarisme, i.e. l’appareil d’état contrôlant chaque aspect de la vie de ces citoyens (à la manière de « 1984 »).

      – la transparence bottom-top : totalitarisme de contre-pouvoir, les citoyens exercent un contrôle sur le gouvernement, ses représentants et tous les échelons de l’état.

      Si j’appelle de tout mes vœux cette seconde option, je lis dans les propos d’Hortefeux (et ceux de Peillon, voir chez Dagrouik: http://www.intox2007.info/index.php?post/2009/09/18/Vincent-Peillon-sur-Parlons-Net) une autre critique, la transparence « bottom-bottom » : les citoyens exerçant une pression sociale immense sur leurs congénères en cherchant la petite phrase, la pensée déviante par rapport à la norme, en les mettant en pâture sur le net (e.g. bidule aurait des propos homophobes, untel tromperait son conjoint, chose vote F.N. via vidés et audios).
      Au final on obtiendrait une forme de totalitarisme soft, où la pensée « déviante » serait contrôlée par les citoyens eux-mêmes, et où toute opinion dissidente subirait soit une autocensure, soit un bucher en place publique.

    7. Toréador Says:
      septembre 21st, 2009 at 17:40

      Je trouve que la pression sociale bottom-bottom a largement décru, au profit d’un contrôle social anonyme. Je m’explique. Dans la vie de tous les jours, plus personne ne vous sanctionne socialement parce que vous avez une maîtresse, un bâtard, que vous êtes homo, que vous êtes noir ou jaune (quoique – du moins pas ouvertement). Les gens se replient sur eux-mêmes. Il n’y a qu’à regarder un autobus où 3 petits cons font le souk : les gens considèrent qu’il n’est pas de leur devoir de les arrêter ou de les réprimander. La société moderne passe par le repli sur soi et la cellule « familiale ».
      Là où vous avez raison, c’est que l’internet devient en revanche un outil facile de pression sur l’autre, parce qu’il est sans danger et sans risque. Mais c’est une pression sociale « stupide », sans prédigéré éducatif derrière.

    8. Philippe Sage Says:
      septembre 21st, 2009 at 18:48

      Oh la la, mon « cher confrère », il fallait y voir malice de ma part. A savoir que, avec ma mauvaise foi habituelle (ligne de conduite) je voulais montrer que Guaino était dans le rôle de « l’arroseur arrosé ». Qui l’a voulu la transparence ?
      Oui, le citoyen exige la transparence. Mais pourquoi ?
      Oui, les blogs participent de cette volonté de transparence, et sans, très, trop souvent (comme je l’écris) se poser les questions essentielles, y compris d’éthique, de justice et de respect de la dignité d’autrui. Je le dénonce, même. C’est un billet à charge contre une certaine blogosphère, moutonnière, qui met en péril l’internet. Sa possible crédibilité. Une blogosphère pauvre, qui refuse même le débat (elle appelle ça un troll, la pauvrette – eh bien va donc vivre dans le monde – pas si – merveilleux de Walt-Disney, Madame la blogosphère). Une blogosphère qui symbolise de plus en plus le désastre culturel. Qui buzz comme une crétine, pour exister (c’est une bien pauvre existence). Qui se jette, morfale, sur la première dépêche AFP venue pour mordre dans ses proies favorites, sans même le début de la queue d’une analyse. Cette blogosphère wikiesque, servile.
      Et oui, mille fois oui, la transparence absolue c’est le début du totalitarisme. Je suis d’accord.
      Donc, nous le sommes aussi. Ma dérision, me perdra ;-)

    9. Toréador Says:
      septembre 21st, 2009 at 21:43

      Et tu as vu, on discute en toute transparence !
      C’est limpide !