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    Banderille n°357 : Atomes cocus avec la Science

    Par Toréador | mars 15, 2011

    Les bons cons font les mauvais tsunamis

    Comme la vérole sur le bas-clergé, les anti-nucléaires se sont jetés sur les corps encore chauds des victimes japonaises pour remettre sur le tapis leur crédo rétrograde . Comme charognards médiatiques alléchés par le fumet d'aubaine du drame nippon, on ne fait pas pire. Dommage que le débat politique ne fonctionne qu'à coups d'urgences. Haïti n'intéresse plus personne, la mode c'est le paysan de Sendai*. Dr Ross est demandé au bloc 1. 

    Pourtant, cette Croisade anti-atome est stupide. D'abord, à part l'Eglise Catholique du Moyen-Age ou les Talibans, plus personne à part Mamère, mon père, mes frères et mes soeurs écologistes ne soutient sérieusement qu'on puisse "désapprendre" une avancée scientifique. Je regrette que l'Homme ait inventé la mine anti-personnel, les bombes bactériologiques et la télé-réalité, mais hélas le progrès est amoral et il passe parfois par des étapes intermédiaires terribles pour aller vers des avenirs radieux.  Science sans conscience n'est qui ruine de l'âme. 

    Ainsi, en inventant le feu, l'homme a permis la pyromanie, mais aussi le chauffage ; le feu grégeois mais aussi la combustion ; les autodafés, mais également les mash-mallows grillés le soir au coin du feu. Faut-il désapprendre le feu au motif qu'il peut ravager des centaines d'hectares lorsque le temps est trop sec ?

    Ensuite, sortir du nucléaire tout seul ne sert à rien : ce n'est pas parce que nous nous chaufferons demain avec des brindilles et du papier crépon que nous ne nous prendrons pas un nuage radioactif sur la tête.  Alors, autant poursuivre les travaux pour sécuriser le plus possible des centrales que nous vendrons à nos voisins. 

    Enucléez-moi ou éclairez-moi

     Sortir du nucléaire à l'heure où les énergies fossiles promettent de polluer et d'infecter tout le Sud et où leur prix va exploser, est-ce vraiment raisonnable ? 

    Sortir du nucléaire à l'heure où les énergies renouvelables sont encore balbutiantes, et font parler d'elles plus pour leurs vertus spéculatives que leur développement industriel, est-ce vraiment envisageable ? 

    Sortir du nucléaire, alors que c'est la marque de notre savoir-faire Français et que c'est peut-être de là que se fera le prochain saut industriel du XXIème siècle, n'est-ce pas suicidaire ? 

    Nos ancêtres Néerdanthaliens n'avaient pas de centrales nucléaires. Nos ennemis les dinosaures, non plus. Leur empreinte énergétique était nulle, et nul ne se souvient plus de leur empreinte. 

     

    * Etant déjà allé à Sendai, je dois d'ailleurs dire qu'il n'y a pas beaucoup de "ruraux". J'ai le souvenir d'une ville lambda avec tout ce qu'il y a de plus urbain.  

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    Sujets: Banderille, Toréador critique la Gauche | 10 Comments »

    10 réponses “Banderille n°357 : Atomes cocus avec la Science”

    1. falconhill Says:
      mars 15th, 2011 at 9:35

      Ce billet est tout simplement magnifique… Un peu de raison, ça fait un bien fou… (merci)

    2. mtislav Says:
      mars 15th, 2011 at 10:56

      Cela m'a toujours paru extrêment audacieux d'aller construire des réacteurs nucléaires à proximité de zone sismiques. Le problème en l'espèce n'est pas celui de la recherche scientifique mais celui d'une industrie. Et en France, nous avons le lobby qui la soutient et qui a bien gangréné les esprits. A tel point que ce qu'un Allemand ou un Suisse conçoivent (une fin du nucléaire), un Français devrait se l'interdire. L'argument moral est amusant (les anti-nucléaires se jettant sur le corps encore chaud des victimes…) mais les victimes dont il est question sont (malheureusement) encore à venir. De toutes façons, ce n'est même pas la question. Si nos dirigeants ainsi que ceux de l'industrie nucléaire pouvait abandonner un brin de leur superbe, ce serait un tout petit progrès au moins en terme de lucidité. J'entendais ce matin la patronne d'Areva :
      Les investissements dans le domaine de la science ne sont pas extensibles à l'infini. Ce qui est misé sur le nucléaire ne le sera pas ailleurs.
      Quant au "savoir-faire" français, celui du Concorde par exemple, il est toujours plus raisonnable de comprendre à un moment donné qu'on a plus à gagner à le passer par profits et pertes qu'à s'y accrocher. Pour Anne Lauvergeon, "on va éviter la catastrophe nucléaire". Le problème, c'est qu'elle s'est déjà produite et qu'elle est incapable de le reconnaître. C'est ce de cette façon que le lobby nucléaire communique : par le déni.
      Bref, je ne suis pas d'accord avec toi… Un idiot comme tu l'écris. C'est toujours tentant de se chercher un adversaire… (à sa mesure ?)
      Une chose est sûre, s'il y a une croisade qui mobilise d'énormes moyens financiers, c'est celle des nucléaristes. J'espère qu'après ce qui est en train de se passer, on sera au moins obligés de réfléchir à certaines abérrations régulièrement dénoncées par le Réseau "Sortir du nucléaire", loin des feux de l'actualité et de l'urgence.
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       

    3. Seb CaReagit Says:
      mars 15th, 2011 at 11:12

      J'adore cette conclusion. Je me bats sur twitter depuis vendredi sur ces sujets là… Difficile de faire entendre raison a une population qui apprécie le bruit médiatique et voit dans toutes prises de paroles politiques un complot malsain pro nucléaire.
      @FalconHill dit le bon mot "un peu de raison". Ca manque.

    4. Toréador Says:
      mars 15th, 2011 at 11:38

      @ Mtislav
      Je ne suis pas convaincu par les éléments. Le nucléaire est une chose, bâtir une centrale sur un risque sismique en est un autre. Les Japonais qui n'ont ni gaz, ni pétrole, devraient se chauffer comment d'ailleurs ?
      L'Allemagne ne conçoit pas la fin du nucléaire : elle n'y est carrément jamais entrée… et la Suisse c'est pareil. On ne réfléchit pas de la même manière sur le nucléaire lorsqu'on est, comme la France, l'un des principaux exportateurs d'électricité d'Europe….et qu'on a le nucléaire civil depuis 30 ans. 
      Pour l'instant, je n'(ai pas vu de croisade des nucléaristes. 
      Sur le Concorde, cela n'a rien à voir avec le sujet. La France a-t-elle renoncé à l'aviation à cause de Gonesse ?
       

    5. Vince Says:
      mars 15th, 2011 at 13:40

       
      Ne vous trompez pas sur mes intentions, je ne suis pas un écolo forcené adepte du blocage des trains. Je suis juste un citoyen lambda qui a eu l’occasion de s’intéresser à cette fameuse filière du nucléaire, et qui a vraiment l’impression qu’on le prend un peu (beaucoup ?) pour un con.
       "à l'heure où les énergies fossiles promettent de polluer et d'infecter tout le Sud" . Le mythe du fameux nucléaire "propre", enfoncé dans les crânes depuis des décennies par ce même lobby pro-atome, est quand même bien battu en brèche par les faits : une énergie si "propre" que la produire engendre des déchets dont la dangerosité n'est plus à prouver. Une énergie si "propre" que les centrales en fin de vie, du fait de la radioactivité, sont en train de devenir des casse-têtes ingérables pour les autorités. Rappelons que la filière du nucléaire ne retraite qu’une petite partie des déchets. Le reste fait l’objet de solutions brinquebalantes et indigne d’un pays qui se veut «  a la pointe du nucléaire » : un article de Rue89 sur l’enfouissement sauvage http://www.rue89.com/node/144765 . Mais nul doute que les pro nucléaire disposent de grand jardin permettant d’enterrer quelques milliers  de fûts.  Et on ne parlera pas de Tricastel ou de Cadarache.
      « Faut-il désapprendre le feu au motif qu'il peut ravager des centaines d'hectares lorsque le temps est trop sec ? ». Il faut oser comparer le feu et le nucléaire. Le feu est présent dans la nature en tant que risque depuis la nuit des temps. Et l’homme a rapidement appris à le combattre et à le domestiquer. Le feu peut certes ravager des dizaines d’hectares, mais il ne condamne pas une terre pendant des centaines d’années après son passage. La radioactivité est elle aussi présente autour de nous à l’état naturel. Mais elle n’est devenue dangereuse uniquement quand l’homme s’est mis en tête de la domestiquer. Incolorore, inodore, tuant à petit feu, il ne sait toujours pas se protéger efficacement contre elle, au contraire du feu justement. A moins que certains ne prétendent que déboiser autour d’une centrale empêche toute propagation du risque (comme les frontières qui arrêtent les nuages radioactifs)
      Je me demande si certains ont déjà mis les pieds dans une centrale nucléaire justement. Vu les conditions de sécurité, les alertes et recommandations. Senti la tension qui peut y régner lors de phases à haut risque. Assister aux étapes d'un arrêt de tranche par exemple. Savez vous messieurs, que l'entretien des réacteurs n'est pas effectué par nos gentils amis d'EDF (ceux qui nous facturent l'électricité au prix fort), mais par des travailleurs précaires : Rue89 y consacrait un excellent article en mai 2009 : http://www.rue89.com/tele89/2009/05/12/la-precarite-des-travailleurs-du-nucleaire-nuit-elle-a-la-sante . Et je vous recommande également le blog du Decontamineur : http://www.ledecontamineur.com/ . C'est cela aussi la réalité du nucléaire. Certains le dénoncent depuis longtemps, et ne sont pas franchement reçu à l'Elysée ou au JT de TF1 toutes les semaines. Dans le genre « bruit médiatique », la filière du nucléaire et Madame Lauvergeon sont bien plus efficaces. Un peu de transparence en la matière ne ferait pas de mal à Areva, EDF et consort.
      Le problème de la filière du nucléaire française est le même que celle de l’automobile avec le diesel(ou de l’agriculture intensive des années 60-70): N’avoir privilégié qu’une solution, avoir mis tous ses œufs dans le même panier et s’être évertué à tuer dans l’œuf toute autre projet ou technologie, pour s’assurer un rendement maximale. Par-dessus, on ajoute un équipement à marche forcé pendant des années (un bel exemple est le radiateur électrique), histoire de rendre le public dépendant. Et quand au final, l’opinion fini par renâcler, quand le tabassage marketing ne marche plus (accoler le terme propre à une technologie ne la rend pas propre pour autant), on explique doctement qu’il est impossible de faire marche arrière, et qu’il ne faut pas sacrifier un « savoir faire » français, élevé au détriment d’autre savoir faire tout aussi tricolores, mais n’ayant pas eu l’heure de promettre un rendement suffisant. Mieux vaut foncer tête baissée sans penser aux conséquences, et faire l’autruche  quand ça tourne mal.
      Personne (et surtout pas moi) ne prétend qu’il faudrait manu militari arrêter les centrales et sortir à toute vitesse du nucléaire. N’en déplaise au pro-nucléaire, mais moins de centrales ne signifie pas se chauffer à la bougie. Au lieu de pousser des cris d’orfraies à chaque expression d’un doute, peut être aurait-il fallu que les pro-nucléaires privilégient plus tôt d’autre énergies : la géothermie par exemple, qui existe depuis le 18e siècle, mais qui avait contre elle de gêner le lobby du charbon de l’époque (toujours la même histoire). Idem pour le solaire (dont l’Etat vient de broyer la filière et les emplois qui allaient avec). Et que dire du bois de chauffage ? Les énergies renouvelables sont certes encore balbutiantes, mais c’est d’abord et surtout parce qu’on les a volontairement bridées pendant des années au profit du tout nucléaire.
      A l’heure où on constate les dégâts d’une politique exclusive du pétrole et de ses dérivées sur notre économie, on est en train de reproduire les mêmes erreurs avec le nucléaire…. Capable d’engendrer 1000 fois plus de problèmes (et de dégâts) que l’or noir. Et pas seulement quand on construit des centrales en zones sismiques. Et il faudrait applaudir et se taire ? 

    6. Toréador Says:
      mars 15th, 2011 at 17:24

      @ Vince. Il y a beaucoup beaucoup de points dans ton argumentation et j'ai peur d'en rater. Tout d'abord, pour un cotoyen lambda, je trouve que tu suis quand même très bien la problématique, même si à mon avis il faut se garder de se renseigner auprès d'une seule et même source (merci Rue89). 

      J'ai relevé une série de points de désaccord :

      - Certes le nucléaire n'est pas le feu. Un accident nucléaire condamne plus durablement qu'un incendie une terre. Reste que, si le feu est dans la nature, les atomes utilisés également. Et que si je prends en compte les superficies concernées par les incendies, la fréquence, et la rapidité de propagation, j'ai plus de chance de mourir carbonisé que d'un cancer radioactif. 

      - L'Etat n'a pas "broyé" la filière du solaire : un effet d'aubaine gigantesque a provoqué l'apparition d'une bulle spéculative qui a enflé, obligeant l'Etat à mettre le hola pour sauver son budget. 

      - Quand tu parles de "durée de pollution", je te rappelle que nous respirons aujourd'hui le carbone émis au siècle précédent. Là encore, c'est une différence avec le déchet radioactif qui est localisable… 

      Maintenant, je pose une question : combien d'accidents nucléaires en France ces 40 dernières années ?

       

    7. Spacey Says:
      mars 15th, 2011 at 17:29

      Sauf qu'en temps "normal", ces questions ne sont guère débattus. J'aime comment Schneidermann renverse les choses car si le nucléaire peut rester, pourquoi ne pas traiter le problème tranquillement et rationnellement?
      Je me suis laissé doucement convaincre par son billet en tout cas.

    8. Vince Says:
      mars 15th, 2011 at 19:10

      Toréador,
      Je reconnais que les sources citées ne sont pas forcément exhaustives. Mais il faut reconnaître que Rue89 est un des rares médias "fiables" donnant tribune aux anti nucléaires (j'entend pas là que Ru89 n'set pas liè au mouvement écologiste, et pas encore sous la coupe du lobby du nucléaire). Et d'ailleurs, preuve en est pas plus tard qu'aujourd'hui avec une tribune offerte à un "faux nez" de la filière : http://www.rue89.com/planete89/2011/03/15/apres-le-point-godwin-voici-le-point-tchernobyl-des-ecolos-195047 . Pour ma part, je ne me suis pas confronté seulement à ça. J'ai pu constater de visu ce qu'il en est. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas à l'avantage des pro nucléaires
      Pourquoi est ce si compliqué d'obtenir une vraie transparence de la part de la filière nucélaire ? Au delà ce ça, pourquoi systématiquement traîner dans la boue les personnes réclamant légitimement des informations ? A force de cacher et nier, le lobby du nucléaire s'expose forcément à la vindicte et à la rumeur. 
      Ta question est intéressante, mais il conviendrait de se mettre d'accord sur ce qu'est un incident de type nucélaire. Nous sommes bien d'accord que ceux qui agitent l'exemple de Tchernobyl sont excessifs : l'incident de l'époque était dûe à de l'apprentie sorcellerie, avec une structure inadaptée et un réacteur fonctionnant au delà de ses limites, sans aucun respect des normes de sécurité. Mais même si celà ne peut pas arriver en France, combien d'incident "mineures" ont été cachés ? Combien de dépassement des limites dans les rejets de vapeur irradiée ? Combien de fuite dans les circuits de refroidissement ? Autant de problème pouvant avoir des conséquences bien plus grave qu'un incendie de forêt ou un carambolage sur l'autoroute. Sauf que ça ne se voit pas, ne s'entend pas, et que les victimes ne sauront peut être jamais qu'elles ont été contamminées. On est bien loin des belles paroles quand au principe de précautions…

    9. h16 Says:
      mars 15th, 2011 at 23:43

      Un des incidents les plus graves je crois, sur un site nucléaire a eu lieu en 1982, sur le site de Super Phénix : http://www.transfert.net/a8775
      Il s'agissait d'une attaque au lance-roquette du chantier, avouée en 2002 par … un militant écologiste.

    10. Toréador Says:
      mars 16th, 2011 at 0:12

      @ Spacey. L'article est bon et exact  : les nucléocrates se sont comportés de manière très opaque dans les années 70. Ils ont beaucoup évolué (en bien). Reste que je pense que les grands projets ne peuvent avancer que si on ne perd pas 10 ans à établir le "consensus". Surtout que dans le cas d'espèce, il n'y en aurait jamais eu…

      @ Vince. EDF communique régulièrement sur les problèmes de ses centrales : l'entreprise n'a rien caché de la tempête de 1999, où nous sommes passés à coté d'une catastrophe importante. Tout dernièrement, il y a eu un incident de niveau 1 et une autre de niveau 2. Personne ne dit que le nucléaire est sans risque : rien n'est sans risque dans nos sociétés. Les gens souhaiteraient avoir le progrès sans le risque, c'est antinomique. Seule la caverne de Paléolithique était sans risques : les problèmes ont commencé le jour où nous en sommes sortis.